Fermer
menu

Votre entreprise a-t-elle bien évalué sa dette numérique ?

Dans le monde de l’informatique, la dette technique est une métaphore utilisée pour décrire les conséquences d’un projet mal conçu ou d’un code non optimisé : les erreurs faites ou raccourcis pris dans les phases amont engendrent des coûts supplémentaires lors des phases d’exploitation et de maintenance, ce sont les intérêts de la dette. Dans la mesure où cette dette ne se résorbera pas d’elle-même, il convient de la rembourser au plus vite pour ne pas avoir à payer des intérêts tous les ans. Pour Fred Cavazza, Associé Fondateur de l’accélérateur de grandes entreprises SYSK, nous explique comment, dans le cadre de notre série « Tribunes RH ».

Une accumulation aux intérêts élevés

Pour le web, nous pouvons faire une analogie avec la dette numérique : elle correspond au retard accumulé par une entreprise dans sa transformation digitale. Au siècle dernier, le web était vu comme une curiosité, voire comme une mode. La grande majorité des entreprises s’est donc logiquement entourée de prestataires pour créer leur site web et leur intranet, gérer leurs campagnes de bannières ou d’e-mailing, animer leurs profils Facebook ou Twitter, développer leur application mobile…

Nous sommes maintenant en 2018, et il apparaît comme évident que le web ne va pas disparaître. Pire : vos collaborateurs et clients sont maintenant plus exposés à plus d’informations, offres et services numériques qu’analogiques. Nous évoluons dans un quotidien numérique, votre entreprise se retrouve donc dépendante de nombreux prestataires pour pouvoir opérer tous les supports et activités numériques nécessaires à sa survie. Les budgets et coûts de ces prestations correspondent aux intérêts de la dette numérique, et ils sont proportionnels au niveau d’engagement de votre entreprise dans la transition numérique : plus elle tarde à se transformer, et plus elle est dépendante de ses prestataires. Formulé autrement : plus votre entreprise accumule de la dette numérique, plus les intérêts sont élevés.

La banqueroute numérique, un risque bien réel

J’imagine que votre entreprise sait très bien gérer son niveau d’endettement financier et ses flux de trésorerie. N’allez surtout pas imaginer que la gestion de la dette numérique est du même acabit, que vous avez à tout moment la possibilité de la rembourser en passant voir l’équivalent de votre banquier. Le problème est qu’avec le numérique, nous sommes dans un environnement en perpétuelle évolution, aussi bien en ce qui concerne les technologies (big data, intelligence artificielle…), que les pratiques (réalité augmentée, réalité virtuelle, publicités individualisées…), que les usages (consommation à la demande avec Uber, système d’abonnement avec Spotify ou Netflix…). C’est comme si vous contractiez un prêt dans une monnaie qui prend de la valeur tous les mois : plus vous attendez, et plus les intérêts sont élevés, sur la base d’une dette qui se creuse tous les jours. Une situation cauchemardesque qui reflète pourtant bien le défi auquel doivent faire face les entreprises, celui de la transformation digitale. Rassurez-vous, il n’existe pas de défi que votre entreprise ne puisse relever, à condition de ne pas lutter contre la transition numérique, sinon vous risquez la banqueroute numérique, autrement appelée l’ubérisation.

Faire par un diagnostic numérique est indispensable

La première étape que vous devez suivre est de réaliser un diagnostic afin de mesurer le niveau de votre dette numérique :

  • évaluation de la maturité digitale des équipes (à l’aide d’un test en ligne, l’équivalent du TOEIC numérique) ;
  • évaluation de la maturité digitale de l’organisation (les procédures, les outils utilisés, les circuits de décision…) ;
  • évaluation de la maturité digitale de l’offre actuelle de l’entreprise (par rapport aux nouveaux entrants numériques sur votre secteur d’activité).

Votre dette numérique se décompose donc schématiquement en trois parties. Ce diagnostic numérique est indispensable pour pouvoir mesurer le niveau d’exposition de votre entreprise au risque de disruption digitale. Nous attirons votre attention sur le fait qu’il n’est pas possible de compenser une partie de la dette avec une autre : refondre votre offre ou changer vos outils internes ne sera pas suffisant si vos équipes ne sont pas mises à niveau. C’est un sujet tabou en entreprise, mais il existe une part non négligeable de salariés qui ne possèdent pas les connaissances informatiques de base. Un rapport de l’OCDE publié en 2016 nous confirme ainsi qu’1/4 des adultes sont incapables de se servir d’un ordinateur et que 2/3 ne parviennent pas à compléter une tâche de difficulté moyenne. Ces statistiques sont surprenantes, mais elles pointent néanmoins du doigt des lacunes bien réelles : combien de vos collègues confondent encore les fonctions Reply et Reply all des e-mails ?

Etablir une feuille de route de sa transformation digitale

Une fois le niveau de la dette évalué, il convient de définir une feuille de route de transformation digitale pour pouvoir résorber tous les pans de cette dette : moderniser les outils, raccourcir les circuits de décision, moderniser les outils, repenser l’offre… et surtout faire monter en compétences vos collaborateurs (La maturité digitale est un actif immatériel stratégique). Là encore, il existe un tabou en entreprise : personne n’a envie de passer pour un débutant numérique, d’autant plus que nous savons tous (plus ou moins) envoyer un e-mail ou manipuler notre smartphone. Le problème est que savoir conduire ne signifie pas que vous êtes capable de concevoir ou fabriquer une voiture. Certes, tous les collaborateurs ne sont pas censés être des champions du numérique, mais ils doivent à minima comprendre les enjeux du numérique. Ceci dans le souci de diminuer la réticence au changement.

« Réduire sa dette numérique est un chantier sur le long terme »

Pour mener à bien sa transformation digitale, votre entreprise doit être en capacité de gérer en interne un certain nombre de projets. Ceci nécessite l’acquisition de compétences pointues, mais ne concerne qu’un nombre réduit de collaborateurs. En revanche, créer une digital team ne vous permet pas de résorber votre dette, cela ne fait que la reporter sur les collaborateurs non formés. Il convient donc de n’abandonner personne en chemin et de veiller à la diffusion de la culture digitale auprès de chacun des salariés, avec un objectif double : lutter contre les a priori (“le numérique, ce n’est pas pour nous”) et adresser les peurs latentes (“avec le numérique, je vais perdre mon emploi”).

Au final, réduire sa dette numérique est un chantier sur le long terme, un travail de terrain à mener auprès de l’ensemble des collaborateurs pour faire évoluer les mentalités et créer les bonnes conditions pour pouvoir opérer des transformations en profondeur (cf. Adapter sa stratégie dans un monde digital). Mais le plus important est de prendre conscience que dans un environnement numérique en constante évolution, le travail d’acculturation et de montée en compétences ne sera jamais achevé. Oui, nous sommes bien en train de parler de formation continue et de slow learning, des pratiques qui sont tout à fait adaptées au contexte de transition numérique.

(Photo : Shutterstock)

Recevez l'essentiel de l'actualité RH

En cliquant sur "Recevoir la newsletter", vous acceptez les CGU ainsi que notre politique de confidentalité décrivant la finalité des traitements de vos données personnelles.

Ces articles devraient vous intéresser
Commentaires

Ajouter un commentaire

Il est possible d’utiliser les balises HTML suivantes :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
Ce blog supporte le système Gravatar, pour obtenir le vôtre, inscrivez-vous sur Gravatar.