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Vie professionnelle : « il y a une soif de liberté et une envie profonde de sortir du salariat »

Dans son dernier essai, « Travail, la soif de liberté« , Denis Pennel, directeur général de World Employment Confederation, revient sur les changement en cours sur le marché du travail. Entre les slashers – ces actifs qui mêlent plusieurs activités, par besoin financier ou pour exercer des missions plus satisfaisantes que leur job alimentaire – mais aussi les indépendants, les startuppers, les makers, etc., il estime que la servitude volontaire des individus au salariat est proche de la fin. Les actifs rêvent d’être davantage autonomes et si le CDI reste, encore aujourd’hui, le Graal pour s’intégrer à la société, son rôle de moins en moins protecteur montre les limites d’un cadre en voie d’obsolescence. 

Dans le cadre de notre série « Tribunes RH », Denis Pennel explique aujourd’hui que si le salariat n’évolue pas, ses jours pourraient bien être comptés…

Le salariat paraît avoir toujours existé mais c’est un cadre juridique assez récent. Il a été imposé au 19ème siècle lors de la première révolution industrielle. A l’époque, les paysans ont été déplacés des campagnes vers les villes car les entreprises manquaient de main-d’oeuvre. Robert Castel évoque à ce sujet « l’indigne salariat ». Ce n’est que plus tard, avec les mouvements ouvriers et l’acquisition d’avantages sociaux, que le salariat est devenu acceptable (servitude volontaire).

« Les jeunes n’ont plus envie d’attendre la retraite pour s’éclater »

Aujourd’hui, qu’est-ce qui pourrait empêcher la disparition du salariat ? Avec les nouvelles technologies, les entreprises n’ont plus besoin d’avoir cette main-d’œuvre sous la main puisque les actifs peuvent ramener leur travail à la maison. Et même si cela ne concerne pas tous les salariés, l’économie repose tout de même à 70 % sur les services.
De plus, les études le prouvent, les salariés veulent plus d’autonomie. Mieux formés, ils se managent facilement tout seuls. La société a également profondément évolué : d’un modèle de consommation de masse, on constate un renouveau de l’artisanat. Entre l’envie de redonner du sens à son travail et, en parallèle, les enjeux écologiques, les actifs se tournent vers des métiers manuels pour s’épanouir professionnellement et produire des biens de qualité. Il y a une soif de liberté et une envie profonde de sortir du salariat inspiré du taylorisme. Ce n’est pas la fin du travail mais un désengagement de l’entreprise.

Tous freelances et indépendants en 2030 ?

Si les chiffres du salariat évoluent peu, environ 80 % des actifs sont sous ce statut, on constate néanmoins depuis 2011-2012 que le nombre d’indépendants monte en flèche. Certains sont peut-être contraints de créer leur entreprise pour éviter le chômage mais de nombreux indépendants ont choisi leur situation. La frontière entre salariat et indépendant est aussi de plus en plus poreuse avec les pluriactifs, des actifs qui ont un emploi salarié et, à côté, leur auto-entreprise par exemple.

Vers une renaissance des guildes des travailleurs

L’envie d’entreprendre est belle et bien réelle. Actuellement, ceux qui créent de l’emploi sont des diplômés Bac +5. Le monde de l’entreprise leur paraît sclérosé, trop bureaucratisé entre les réunions interminables et les nombreux reportings. De fait, les actifs ont envie de se sentir acteurs de leur vie. Et par rapport à la génération précédente, ils n’ont pas envie d’attendre la retraite pour s’éclater.

Le marché du travail a aussi profondément évolué. Il y a une multiplication des contrats de travail – CDD, CDI, CTT, CDI intérimaire – et des plateformes en ligne mettent en relation entreprises  et freelances. Quant au CDI à vie, censé protéger les salariés, cela est de moins en moins vrai. Aujourd’hui, l’espérance de vie d’une entreprise est de 15 ans, au bout de 5 années les compétences techniques des employés sont obsolètes et 1/3 des CDI actuellement signés prendront fin dans un an… Nécessairement, les actifs vont occuper plusieurs emplois durant leur carrière professionnelle et auront différents statuts.

Cela soulève plusieurs enjeux : comment assurer une protection sociale à tous et, à travers la formation, comment faire évoluer les compétences des actifs et leur permettre de développer des « softskills », des compétences personnelles davantage valorisées que les seules compétences techniques ? Face à ces évolutions, les agences intérimaires semblent évoluer vers les anciennes guildes de travailleurs chargées d’accompagner les travailleurs. Selon moi, la relation au travail sera en effet de plus en plus triangulaire avec, au centre, un agent de carrière.

Si les choses paraissent très complexes, il faut au contraire chercher à les simplifier. En revoyant notre code du travail, en encourageant les nouvelles formes de travail, tout en assurant un cadre juridique protecteur. C’est la « simplexité », la simplification du complexe !

« Le travail, c’est ce qui fait que l’on se développe en accomplissant une activité qui nous tient à coeur. L’emploi, ce n’est que ce qui nous permet de gagner un salaire » (Bernard Stiegler)

Travail, la soif de liberté, Comment les start-uppers, slashers, co-workers réinventent le travail, 264 pages, Edition Eyrolles, 18€

(Crédit Photo : David Plas)

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Commentaires
  1. Steve
    1 décembre 2017 - 10h08

    Le rêve… tous précaires.
    Pour l’instant, les indépendant sont peu nombreux et je pense que l’on peut s’en sortir sans trop de soucis en étant heureux, mais quand sera-t-il demain si ce modèle qu’on essaye de nous vendre devient la norme?
    Concurrence entre indépendants accrus, lutte pour avoir des petits marchés en baissant les prix, aucune protection sociale, plus de barrières pour contrôler le temps de travail, plus de solidarité entre travailleurs…
    Sincèrement, ça ne me fait pas rêver, je préfère encore le salariat.
    Ce modèle ne pourrait être viable selon moi qu’avec la mise en place du revenu universel.

  2. laffitte
    7 décembre 2017 - 15h40

    bonjour
    un article pour l’entretien de vendredi

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