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Va-t-on vers des contrats de travail de plus en plus courts ?

« On a réinventé les journaliers ! ». Cette exclamation de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, sous forme de dénonciation, a fait du bruit. Et pour cause. Non seulement la proportion de recrutements en contrats temporaires (CDD ou intérim) ne cesse d’augmenter depuis vingt ans, représentant 9 embauches sur 10, mais la durée des CDD ne cesse de se réduire. Aujourd’hui, 80 % des CDD durent moins d’un mois, et 20 % ne durent même qu’une seule journée ! Faut-il s’inquiéter de ces chiffres ?

En réalité, la part des embauches en CDD a certes progressé depuis le début des années 1990, mais elle n’a pas explosé comme le sous-entend la ministre. Elle était de 76 % en 1993 contre 87 % en 2017. Si ce taux reste très important, son évolution n’est donc pas aussi spectaculaire. En revanche, le taux d’entrée en CDD, c’est-à-dire le rapport entre les embauches en CDD et les effectifs des établissements, a quant à lui bel et bien explosé. Il est passé de 20,5 % à 84 % entre 1993 et 2017, dans les entreprises de plus de 50 salariés, ce qui montre clairement le changement d’attitude des recruteurs…

 Un CDD dure 6 jours en moyenne

Selon le baromètre de la Dares (le service des études du ministère du Travail) sur lequel s’est appuyée la ministre lors de son discours, un CDD dure en moyenne 6 jours désormais. Ainsi en 2017, plus de 8 CDD sur 10 et plus de 9 missions d’intérim sur 10 durent moins d’un mois. Mais là encore, ce chiffre, aussi alarmiste soit-il, inclus toutes les formes de CDD, y compris le CDD d’usage. La durée médiane des CDD est nettement plus longue dans l’industrie (61 jours) et dans la construction (117 jours) par exemple. En réalité, la durée moyenne des CDD a été divisée par un peu plus de 2 depuis le début des années 2000, passant de 112 jours en 2001 à 46 jours en 2017.

« L’emploi temporaire n’est plus un tremplin vers l’emploi durable mais se transforme en trappe à précarité »

Et même dans le tertiaire, où la moyenne d’un contrat temporaire est réellement de 5 jours, la durée est très hétérogène selon les secteurs. L’hôtellerie-restauration, les arts et spectacles, la publicité, la traduction, ou encore la santé seront plus consommateurs des contrats journaliers que les activités de recherche et développement, ou d’informatique (près de 200 jours en moyenne). Cependant, il est vrai que le nombre de contrats très courts a bondi dans le tertiaire : il est ainsi passé de 60 % au milieu des années 1990 à plus de 80 % aujourd’hui.

Et la ministre du Travail d’être clairvoyante à ce sujet : « Ces pratiques posent d’autant plus de questions que nombre de ces personnes sont réembauchées chez le même employeur et enchaînent les contrats. L’emploi temporaire n’est plus un tremplin vers l’emploi durable mais se transforme en trappe à précarité ». Or, là encore, il est indiqué dans les chiffres de l’INSEE que l’emploi temporaire, sensé selon les économistes réintroduire une sorte de flexisécurité à la française tout droit inspirée des pays nordiques, a rarement débouché sur de l’emploi durable. En 1982, environ 50 % des salariés précaires trouvaient un CDI dans l’année. En 2011, cette proportion chute à environ 20 %. Sans compter que les travailleurs les plus concernés sont déjà les travailleurs les plus exposés emplois précaires : les jeunes, les femmes et les seniors.

Résultat : le marché de l’emploi se fracture en deux catégories. Celle qui subit des contrats toujours plus courts et celle qui reste attachée à son emploi. Une situation qui a pour conséquence de voir se réduire la part des personnes embauchées en CDI après une période d’instabilité.

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(crédits/istockphoto.com:PeopleImages)

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