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« C’est par le territoire que nous réussirons la transformation numérique »

Pierre Verlyck est Responsable du développement de l’Institut Choiseul, think tank indépendant dédié à l’analyse des grands enjeux économiques. Il a participé à la création de la Grande École du Numérique, réseau de formations aux métiers du numérique lancé par le gouvernement. Il nous propose dans cette tribune son regard sur la marche à suivre pour réussir la transformation numérique dans notre pays.

On s’attendait à en voir 600, et c’est finalement 1 800 fablabs, living labs, hackerspaces et autres qui émaillent nos territoires. Lieux hybrides par excellence où se rassemblent des personnes de tous horizons, ces « tiers-lieux » soulignent la capacité du numérique à dynamiser les territoires et nous font faire un pas de plus dans l’âge du « co » : co-créer, collaborer, co-construire. Bref, connecter toujours plus les citoyens entre eux. Et inversement, ces tiers-lieux sont indissociables du développement des technologies et des usages numériques.

Paradoxalement, alors que le numérique permet de dématérialiser toujours plus, c’est une culture du « faire » qui (re)voit le jour dans ces espaces où l’on créé du lien avec l’autre, entre une imprimante 3D et une fraiseuse à haute résolution, à quelques encablures d’un espace de coworking.

Ces mutations transforment profondément nos territoires, qui doivent aujourd’hui s’adapter sous l’effet de la transformation numérique. C’est l’un des plus grands défis économiques, sociaux et sociétaux de notre temps. Une chose est sûre, il faut aller vite, et c’est depuis le territoire que nous réussirons la transformation numérique.

Ce n’est pas depuis Paris que nous réussirons à faire entrer notre pays dans l’ère numérique

Fou celui qui se laisserait tenter par les sirènes jacobines : ce n’est pas depuis Paris que nous réussirons à faire entrer notre pays dans l’ère numérique. Le digital s’y prête volontiers : c’est grâce à une logique de réseau, au plus près du terrain, que nous permettrons à chacune et à chacun de trouver sa place dans la société numérique qui voit le jour. En France, de nombreux territoires innovent et font de l’innovation et du numérique un axe structurant de développement, un projet de « vivre-ensemble » à l’échelle de l’intercommunalité ou du bassin d’emploi. Compétition des territoires oblige, le déploiement de stratégies numériques devient un avantage concurrentiel majeur pour les écosystèmes innovants où l’on créé de la valeur et du lien. Le tiers-lieu devient le symbole du territoire qui se réinvente grâce au numérique. Ni tout à fait publique, ni tout à fait privée, cette dynamique hybride appelle à la coopération toujours plus étroite de tous les acteurs : du citoyen, bien sûr, mais aussi du politique, de l’entreprise ou encore de l’association. In fine, le numérique est l’opportunité -longtemps attenue- de redynamiser notre contrat social.

Que le digital n’aggrave pas les grandes fractures économiques et sociales, mais qu’il participe à leur résolution

La transformation numérique n’est toutefois pas sans danger pour la carte et le territoire. Les mutations à l’œuvre font émerger des pôles ultra-connectés, bénéficiant des infrastructures numériques, des compétences et du poids économique nécessaires pour se positionner en tête de peloton dans la course au digital. Le défi est grand : promouvoir un numérique inclusif, un numérique qui créé du lien et de la valeur pour tous. En résumé : que le digital n’aggrave pas les grandes fractures économiques et sociales qui parcourent notre société, mais qu’il participe à leur résolution.

Trois éléments sont alors nécessaires pour réussir la transformation numérique depuis le territoire :

  • Premièrement, nous réussirons notre entrée dans l’ère digitale si et seulement si nous avons un leadership politique fort au niveau local. Alors que la révolution numérique transforme radicalement l’ensemble des chaînes de valeurs, des secteurs d’activité et des relations entre citoyens et institutions, le politique se doit d’être moteur et accélérateur. Il ne doit pas créer à la place de (tentation bien française !) mais poser un cadre propice au développement des initiatives numériques locales pour permettre au territoire de se réinventer.
  • Deuxièmement, nous avons besoin de compétences numériques pour décrypter les usages et répondre aux nouveaux besoins de la société numérique. Dans son enquête « Besoins en main d’œuvre » 2018, Pôle emploi évalue à 75 000 le nombre de postes qui seraient actuellement à pourvoir dans le numérique. Aujourd’hui, l’enjeu est de mobiliser les acteurs de l’emploi et de l’insertion, les entreprises et les institutions, pour faire entrer le système de formation dans le XXIème siècle et l’adapter aux nouveaux besoins économiques qui évoluent sans cesse au rythme des évolutions technologiques. Nous n’avons plus le temps d’attendre, au risque de prendre un retard fatal. Rappelons-nous de l’avertissement donné à Alice par la Reine Rouge, sous la plume du romancier britannique Lewis Carroll : « Ici il faut courir pour rester à la même place. Pour aller quelque part, il faudrait courir deux fois plus vite« .
  • Enfin, la révolution numérique nous impose plus que jamais d’être à l’écoute des besoins du territoire et d’accompagner les acteurs locaux. La transformation profonde de notre société et de notre économie ne sera pas administrée depuis Paris ; ou alors, nous irons droit dans le mur. Pour ne pas subir cette révolution numérique mais au contraire en faire une opportunité pour tous, il revient à l’État de faire confiance aux territoires et de les accompagner dans ce changement de paradigme.

Digital oblige, c’est par la coopération et la co-construction que nous permettrons à notre pays de se tourner vers demain. Que les makers nous inspirent : il ne nous reste plus qu’à faire.

Crédit image : vm / iStock Photo

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