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Travail : demain tous nomades ?

Les « digital nomad » sont de plus en plus nombreux à travers le monde. Leur profil a également profondément évolué. Aujourd’hui, tout le monde ou presque peut en effet travailler à distance grâce à une connexion Internet dans un pays étranger. Des entreprises proposent même des séjours organisés pour travailler en voyageant. Une année ou quelques mois en mode « remote year ». En parallèle, les territoires, en France et ailleurs, se dotent de tiers-lieux et d’espaces de coworking pour accueillir ces actifs ultra mobiles. Clément Marinos, maître de conférence à l’Université de Bretagne sud et chercheur au Laboratoire d’économie et de gestion de l’ouest, décrypte ce phénomène.

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Comment définir les nomades numériques ?

C’est la traduction française de « digital nomad », soit des actifs qui ont une activité lucrative tout en étant mobiles grâce aux technologies numériques. Cette tendance concerne plusieurs catégories, aussi bien des freelances dont les clients sont situés à distance et n’exigent pas de relations en face-à-face que des entrepreneurs qui gèrent leur société depuis Bali ou encore des télétravailleurs, des salariés qui peuvent travailler depuis n’importe où, sans l’exigence de se rendre dans les locaux de leur entreprise.

Au départ, le nomadisme numérique est lié à la diffusion de l’accès à Internet dans un nombre croissant de territoires (couverture 4G et haut-débit) et il concerne plutôt les métiers du web  (webmaster, community manager, etc.) mais de plus en plus on voit des gens qui exercent leur métier différemment, comme des enseignants à distance ou des traducteurs. Dans un espace de coworking à Audierne (29), j’ai pu par exemple rencontrer un chef d’entreprise anglais qui coordonne ses 70 salariés à distance. Les profils semblent donc de plus en plus variés.

On voit apparaitre, du moins à l’étranger, des entreprises qui proposent des « remote year », à qui s’adressent ces programmes ?

Le plus souvent, ce sont des jeunes trentenaires qui, après une première expérience professionnelle, veulent voyager tout en travaillant (ou l’inverse). Ils s’adressent alors à des agences qui organisent des programmes comme la « remote year » (année lointaine en français, ndlr). C’est un nouveau créneau du nomadisme numérique. Pendant un an ou quelques mois, vous voyagez tout en conservant le confort nécessaire pour travailler. Cela coûte environ 2 000 dollars par mois, il faut donc se dégager des revenus suffisants mais ensuite, tout est pris en compte : logement, déplacements, nourriture, etc. Il y a une envie de poursuivre sa vie étudiante sans larguer totalement les amarres. C’est même peut-être aussi le prolongement de l’adolescence, bien que l’on voit de plus en plus de couples avec enfants voyager de cette manière. Ils se font leur expérience de « backpacker » tout en poursuivant leur activité professionnelle.

Les sociétés qui proposent ces services, comme les actifs qui les choisissent, soulignent l’ouverture au monde et le dépaysement bien sûr, mais aussi une augmentation de la productivité et de la créativité, ce qui a de quoi interroger ! Ils créent une communauté à l’étranger, réseautent comme dans un espace de coworking classique, mais les pieds dans l’eau à Bali ou face au Tage, à Lisbonne.

Vous vous intéressez également aux tiers-lieux, aux espaces de coworking. Ils sont de plus en plus nombreux, ils sont par exemple passés en Bretagne de quelques-uns au début des années 2010 à près d’une centaine aujourd’hui…

En effet, face à l’augmentation du nombre de travailleurs solitaires qui ont besoin de sociabilité, de nouveaux espaces voient le jour. Ces actifs mettent en avant le fait que se rendre dans ces lieux les motive à travailler et leur ouvre la possibilité de nouer des relations, parfois sous le contrôle social des autres coworkers.

Du côté des collectivités, il y a un enjeu à capter ces nouveaux travailleurs mais il y a aussi probablement un effet de mode et de mimétisme. C’est l’idée de s’équiper parce que le voisin l’a fait. Autre point intéressant, c’est que les tiers-lieux qui fonctionnent le mieux sont souvent des structures fondées par l’animateur du site, celui qui a fédéré la communauté. Au quotidien, celui-ci aide les coworkers à réseauter et à échanger des bons plans. Lorsque l’animateur est un agent des collectivités locales, il y a, du fait des horaires notamment, moins de réactivité et la structure est plus figée, moins dans l’état d’esprit de ces actifs. C’est donc un challenge à relever !

Dans les grandes villes, on assiste également à de nouveaux modèles économiques. Des entreprises comme Wework exploitent des immeubles entiers pour créer des espaces de coworking un peu particuliers. Face au coût très élevé du logement, ces sociétés proposent de petites chambres pour les coworkers. C’est le versant précaire de beaucoup de ces métiers et du renchérissement des loyers dans les grandes métropoles.

Est-ce un mouvement de fond, demain les actifs seront-ils tous digital nomad ?

Les tendances montrent que le nombre de nomades va sans doute augmenter. En France, on est un peu en retard mais comme ailleurs il y aura de plus en plus de travailleurs indépendants, de travailleurs à distance et de chefs d’entreprise mobiles. D’ailleurs, quand vous regardez du côté des fondateurs des premiers espaces de coworking à Paris, certains ne se sentent plus aujourd’hui des aventuriers comme cela pouvait être le cas il y a une dizaine d’années. Ils se tournent vers d’autres défis concernant plutôt les espaces ruraux ou périphériques.

Le coworking en chiffres :

Fin 2017, 1,2 million de personnes ont travaillé dans un espace de coworking.
Les espaces de moins de 10 membres ont chuté de 23 à 12 % quand ceux de plus de 150 personnes ont augmenté de 13 à 19 %. Ces lieux comptent en moyenne 129 membres contre 76 il y a un an. Il existe désormais 13 800 espaces de coworking contre 11 300 un an plus tôt.

(Source : Global Coworking Survey)

Photo : Istock Poike

 

 

 

 

 

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