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Terminologue, un métier à découvrir

Certains métiers mystérieux gagnent à être connus, je vous propose de commencer par celui de terminologue. Que recouvre ce terme un peu barbare ? Réponse avec Caroline Benoit, terminologue au Ministère de la Culture.

En quoi consiste exactement votre métier de terminologue ?

Le terminologue est un linguiste chargé de trouver les équivalents français des termes étrangers dans les domaines techniques. Il traque, fouille, cherche, dans le souci du détail, les termes nouveaux étrangers, qui apparaissent dans la langue française. Il recense et définit les termes, trouve des équivalents, des synonymes, des variantes (lexicales, régionales). Attention, le terminologue ne s’intéresse pas aux mots de la langue courante comme le font les lexicographes (dictionnaires de langue générale type Larousse, Robert) mais du vocabulaire de spécialité comme l’informatique, la chimie, l’aéronautique, etc (lesquels termes passent ou non ensuite dans l’usage quotidien, comme par exemple « puce », « souris », « cédérom »). Le terminologue est aussi celui qui va créer un terme qui manque pour désigner un concept nouveau ou une nouvelle réalité.

Quelles sont les qualités nécessaires à l’exercice de ce métier ?

L’habileté dans ce métier tient dans la gestion des problèmes posés par la polysémie et l’analyse du contexte d’usage. Je m’explique : le mot «coach» selon la discipline, recouvrira deux termes différents, par exemple « entraîneur » dans le milieu sportif ou « mentor » en gestion d’entreprise. C’est à ce moment qu’il faut fouiller dans tous les sens et ne pas s’égarer et se tromper ! Il faut aussi essayer à tout prix que le terme soit le plus transparent possible, intelligible, concis et clair : telles sont les principales contraintes du terminologue.

Mais cette volonté de rester clair dans l’étude de données complexes nous oblige à acquérir une véritable compétence technique dans les domaines de spécialité : c’est pourquoi souvent on recommande de s’initier aux disciplines dans lesquelles on travaille pour assurer la validité de nos travaux. C’est pour cette raison que le contact avec les experts scientifiques et techniques est indispensable. Et puis il faut se tenir constamment informé car les technologies ne cessent d’avancer, de progresser et donc les termes arrivent en chaîne !

C’est un boulot de fourmi ! Dénouer les imbroglios terminologiques, les impossibles équivalences entre les langues, les cas de synonymie inextricables et les confusions sémantiques indémêlables. Patience, résistance et persévérance sont les mots d’ordre.

Est-ce qu’il y a un parcours-type du terminologue ?

Il y a en effet différents parcours : soit on débute par des études générales de type lettres ou langues, puis une spécialisation (DESS) en traduction avec mention terminologie (ce que l’on trouve à l’université de Rennes je crois) ; ou bien une spécialisation en terminologie.
Les études de traduction sont beaucoup plus générales et ouvrent le champ à la terminologie inévitablement, car les deux sont liées. En effet, les traducteurs ne peuvent se passer de terminologues pour faire des traductions correctes. Il est un outil indispensable car il épluche le vocabulaire scientifique que le traducteur ne connaît pas forcément. Tous ces termes techniques sont ensuite consignés dans ce qu’on appelle une base de données terminologiques consultable par tous les traducteurs (exemple de base de données : IATE, la banque de données multilingues des institutions européennes ; il y a aussi celle de la FAO, de l’ONU, de l’UNESCO etc).
Pour en revenir aux études, j’ai, pour ma part, fait des études de Sciences du langage (linguistique) et un DESS de terminologie pur et dur ( !) au Centre de terminologie de l’Institut Marie Haps à Bruxelles, un excellent DESS mais fastidieux comme tout !

Comment êtes-vous arrivée à ce poste ?

J’ai galéré ! Après avoir travaillé dans différentes boîtes de linguistique informatique (chargée de créer des logiciels de reconnaissance vocales, des traducteurs automatiques…), j’ai découvert que le métier de terminologue s’exerçait en majeure partie dans les organisations internationales et de manière nationale dans des institutions de préservation de langue française comme le Ministère de la culture : il y a une délégation chargée de la politique linguistique du français qui se nomme « la Délégation générale à la langue française et aux langues de France »(DGLFLF.)
Mais entre nous, ce n’est pas ici que j’exerce pleinement mon activité de terminologue, car, administration française oblige, il n’y a pas assez d’autonomie dans le choix des propositions et dans le champ d’action de recherche ! Je préférerais travailler (comme je l’ai déjà fait) dans les institutions européennes auprès du service de traduction ou bien dans les grandes organisations internationales car le domaine de la DGLF est trop restreint à la langue française.

Est-ce que les terminologues sont nombreux en France ?

Il n’y pas beaucoup de terminologues car c’est un métier mal connu. Seuls les traducteurs connaissent ce métier et très souvent deviennent eux-mêmes terminologues. Qui plus est, le coût d’un tel service est très cher dans les entreprises mêmes si, à long terme, c’est un investissement car le boulot est bien mieux fait si un terminologue passe avant pour dégrossir le travail !

Généralement, le terminologue exerce son métier dans une boite de traduction pour gérer les terminologies scientifiques dans les documents à traduire.

S’agissant de l’évolution du métier, je pense que l’avènement de l’informatique et des technologies de l’information a bouleversé le rapport à la langue et aux dictionnaires. La linguistique a connu une nette évolution depuis qu’elle s’est trouvée confrontée à l’informatique qui a considérablement enrichi l’approche des langues et des dictionnaires.

Internet a permis aux gens d’avoir à leur disposition des dictionnaires en ligne, des outils facilitant la traduction et le traitement automatique des langue, et ce grâce aux bases de données monolingues ou multilingues, grâce aux traducteurs automatiques, aux dicos de synonymes, de plus en plus disponibles et en libres d’accès.
De plus, les besoins en matière de traduction de manuels scientifiques et techniques augmentent. Le métier de terminologue a subi une véritable révolution et est, à mon sens, voué à se préciser et s’installer.

Vous traquez les mots sur internet ?

Nous traquons partout ! Sur Internet, dans la presse, sur les prospectus publicitaires, commerciaux, partout !!! L’œil est aux aguets ! Le cerveau toujours en alerte, même lorsque je suis chez moi ou en vacances en train de lire quelque chose ! Déformation professionnelle…

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de nouveaux mots que vous êtes chargée de faire connaître au public ?

  • « podcasting »= diffusion pour baladeur (auquel je préfère la proposition des Quebécois « baladodiffusion »)
  • « energy drink » = boisson énergétique
  • « fastfood »= restauration rapide
  • « chat »= dialogue en ligne
  • « homepage »= page d’accueil
  • « video on demand » (VOD)= vidéo à la demande
  • « mobil home »= maison mobile
  • « home cinema » = cinéma à domicile
  • « coach »= entraineur
  • « tie break »= jeu décisif
  • « happy hour »= la bonne heure
  • « un scoop » = une exclusivité
  • « spamming » = arrosage
  • « air-bag » = sac gonflable
  • « firewall » = barrière de sécurité

Pour finir par une question-bateau, le mot préféré d’une terminologue ?

J’aime bien « transbordeur » (pour ferry boat ou car ferry) car pour une fois ce terme a le mérite d’être plus concis en français qu’en anglais !
De manière générale, je trouve que la langue anglaise a cela de particulier qu’une seule graphie regroupe tout un concept, là où il en faudrait plusieurs en français !
J’aime également les mots simples tels que «audition» pour «casting », «mentor» ou « entraîneur » pour «coach», «souris» pour «mouse», «courriel» pour «mail», «mercatique» pour «marketing», «personnaliser» pour «customiser»…

  • Un grand merci à Caroline qui a bien voulu répondre à ces quelques questions. Si vous aussi vous exercez ou vous cherchez un emploi mystérieux ou méconnu, laissez un commentaire je vous contacterai…

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Commentaires
  1. Sébastien
    23 juin 2007 - 1h17

    voilà un bien joli et passionnant métier que voilà. Même si je ne connaissais pas précisément ce métier je soupçonnais malgré moi son existence. Je m’explique : je savais que des personnes travaillaient sur les terminologies en ce sens mais je pensais que c’était tout simplement des spécialistes généralistes des langues, de la linguistique mais pas des terminologues dont c’était le métier. Vivement la description d’autres métiers peu connus!

  2. bertrand
    19 juillet 2007 - 10h39

    Effectivement, il s’agit d’un métier méconnu et indispensable à notre langue française pour éviter et parer à beaucoup d’anglicismes. Maintenant, je ne suis pas certain que la traduction de termes techniques ai une réelle utilité, et parfois sont loin des équivalents français utilisés par les gens du métier.
    Par exemple « Firewall », est traduit par « Barrière de sécurité », or ce que j’en entends c’est qu’on utilise plus souvent le terme de « mur de feu ».
    Ca me rapelle une anecdote, où alors que j’occupais un poste d’administrateur réseau, j’étais littéralement harcelé par un terminologue, qui voulait que je remplace sur TOUTES les pages du site web de mon entreprise le mot « email » par « courriel » … Il a finit par m’agacer et je lui ai fait savoir. Certaines traduction ne passeront jamais dans les moeurs car le mot original est trop ancré dans notre vocabulaire. Toujours dans les termes techniques, de mon côté je me « bats » pour que le verbe « crypter » soit bannis du vocabulaire Français et remplacé par « chiffrer » 😉

    Merci pour la découverte de ce métier méconnu, j’attends, comme Sébastien, avec impatience d’en découvrir d’autres.

  3. Jean-Marie Le Ray
    30 juillet 2007 - 23h16

    Bonjour,

    La terminologie est mal connue, tout comme la traduction, sa soeur aînée :-), mais j’aimerais bien savoir ce que pense une terminologue de métier de ce pavé : http://adscriptum.blogspot.com/2007
    Personne n’a encore commenté parce que j’imagine que personne n’a eu la patience de le lire jusqu’au bout, et dire que ce n’est que la première partie 🙂
    Jean-Marie

  4. FmR
    16 août 2007 - 12h00

    je vais aller voir de ce pas mais je ne sais pas si je tiendrai jusqu’au terme de l’article…

  5. Mathieu
    4 septembre 2008 - 21h17

    bonjour je suis au lycée j’ai 15 ans et je suis très intéressé par une formation pouvant amener à une fonction de terminologue cependant une seule question me titille : j’aimerais savoir si la terminologie peut s’étendre à plusieurs domaines et si oui, peut-elle s’exercer dans plusieurs langages ? j’entends par là qu’en tant que terminologue, il serait possible de donner des équivalents en français aussi bien en espagnol qu’en chinois ou dans quelconque langage ou seulement d’introduire dans notre propre langage, de nouveaux termes ? c’est-à-dire passer par la traduction … est-il possible d’exercer les deux fonctions ? cela reste un peu confus pour moi .. je vous serais reconaissant si vous étiez en mesure de m’éclaircir sur ce point .

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