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La technologie rend les entreprises plus flexibles et améliore les conditions de travail

Dans le Tome 3 de son rapport sorti fin 2017, le Conseil d’Orientation et d’Emploi (COE) établit un lien positif entre le degré de numérisation de l’entreprise et l’adoption de modes d’organisation du travail flexibles tels que le travail en équipes autonomes, la polyvalence, ou encore la décentralisation des décisions…

La révolution numérique ne prône pas un modèle unique d’entreprise

La transformation numérique n’est pas déterminante dans l’adoption de nouveaux modes d’organisation du travail comme l’entreprise libérée, l’entreprise étendue, l’innovation participative, l’organisation horizontale ou l’intrapreneuriat… Ces nouveaux modes d’organisation ne sont ni plus ni moins des approfondissements et un renouvellement des pratiques post-tayloriennes. La numérisation pousse même certaines entreprises à pousser encore plus loin le modèle tayloriste en permettant d’augmenter les cadences et d’automatisation d’une partie des tâches (ex : le voice picking sur les plateformes logistiques). On parle alors de « pratiques néo-tayloriennes ».

On assiste plutôt à une hybridation de différents modes d’organisation du travail au sein même des entreprises. Pourtant, elle a amené avec elle certaines tendances pour le COE : « le brouillage progressif des frontières des entreprises et leur ouverture progressive sur un écosystème local ou international toujours plus large et plus diversifié. » En d’autres termes, les entreprises adoptent peu à peu des modes de fonctionnement différents et innovants grâce à la technologie. Elles « tâtonnent » et expérimentent pour adapter leur organisation du travail aux nouveaux enjeux économiques.

Numérisation et automatisation ont des effets ambivalents sur les travailleurs

On assiste à plusieurs effets : un éclatement spatiotemporel de l’entreprise traditionnelle ; une intensification de la collaboration, interne et externe ; une transformation des contrôles (plus nombreux et surtout plus indirects) ; une baisse des contraintes physiques et d’un surcroit de contraintes psychiques. Une conséquence est cependant clairement négative quant à l’utilisation du numérique : le renforcement de l’isolement des non-utilisateurs.

Le COE a retenu trois indicateurs transversaux pour juger des effets du numérique : l’intérêt, la complexité et l’intensité du travail. Grâce à une étude quantitative, le Conseil met en évidence que « la probabilité de juger son travail intéressant, complexe et intensif augmente avec un usage plus intensif du numérique. Cette contribution du numérique se vérifie jusqu’à une certaine part du temps de travail (autour de 60 à 80 % du temps selon le cas en moyenne). Au-delà, la contribution du numérique devient négative pour l’intérêt et l’intensité du travail, et stable pour sa complexité. »

L’innovation peut aussi être une source d’amélioration des conditions de travail

Pour limiter les effets négatifs de la révolution numérique, il est possible de créer les conditions favorables à l’amélioration, à la fois, de la performance économique de l’entreprise et des situations de travail des personnes. L’innovation technologique peut même être une source d’amélioration des conditions de travail et peut :

  • enrichir le travail et le rendre plus intéressant mais aussi dans certains cas l’appauvrir et le vider de son sens,
  • contribuer à réduire les efforts physiques et les postures contraignantes,
  • déplacer les contraintes ou augmenter le niveau d’attention cognitif et la complexité du travail,
  • rendre le travail plus intense (en particulier les contraintes de rythme) ou donner plus de liberté en favorisant une meilleure gestion du temps de travail par la personne,
  • encourager l’autonomie mais aussi les contrôles,
  • rendre plus flexible l’organisation des lieux et du temps de travail,
  • intensifier la coopération et la collaboration au sein de l’entreprise et les partenaires extérieurs ou au contraire isoler.

« Les périodes de grandes transformations donnent lieu à bien des fantasmes et bien des frayeurs aussi. Mais les technologies ne sont qu’un potentiel : c’est à nous de décider de ce que nous en ferons » comme le souligne Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil.

Tirer le meilleur parti de la technologie

L’intégration de la technologie peut être bénéfique aux individus comme à l’entreprise. Cela nécessite cependant certains compromis et des périodes de transition. Et mettre en place des conditions favorables dépend de différents acteurs. D’abord, l’entreprise elle-même, et ce à différents niveaux : la direction (la stratégie), l’équipe (le management intermédiaire), les individus (les managers et les salariés), les partenaires sociaux mais aussi l’Etat (le législateur, stratège des politiques publiques).

Pour le Conseil, le dialogue social est un levier essentiel « pour accompagner la définition de la stratégie des entreprises et permettre l’indispensable appropriation collective des enjeux avec toutes ses conséquences en termes d’évolution des métiers, d’organisation du travail, de contenu du travail et des situations de travail ». La négociation sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) se révèle particulièrement adaptée aux enjeux.

Elle reste toutefois assez mal ou peu utilisée par les entreprises, trop souvent cantonnée à une logique de gestion de l’emploi à court terme alors qu’elle revêt, de base, une vocation prévisionnelle. Elle a en effet pour mission d’intégrer toutes les implications de la transformation numérique sur l’évolution des emplois, des métiers, des compétences et des modes de management. Mais face à une transformation technologique permanente et aux incertitudes qui l’accompagne, la GPEC doit s’enrichir d’outils et indicateurs de suivi, d’adaptation et d’action en continu. D’où la nécessité, en premier lieu, de mieux identifier les métiers et les compétences de demain.

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