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Ces seniors qui ont su rebondir

Ils ont 50, 61 et 54 ans. Gaston, Franck et Marie-Hélène sont ce qu’on appelle des seniors. Dans le monde professionnel, un senior est un salarié de 50 ans et plus, et aux yeux des gens, c’est quelqu’un qui, potentiellement, n’est déjà plus bon à rien. Pour preuve, entre 2008 et 2015, le nombre de chômeurs seniors a presque triplé en France (+ 182 %).
Et pourtant, il en est pour qui le chômage se présente comme une seconde chance. Après une longue période sans activité et pas mal de d’embûches, Gaston, Marie-Hélène et Franck ont su rebondir grâce à une nouvelle formation ou un nouvel emploi. Il a fallu se motiver, réapprendre à apprendre et parfois tout remettre en question à l’heure où l’on aspire à plus de tranquillité au travail. Au final, c’est pourtant bien une nouvelle vie professionnelle qui s’offre à eux. Retour d’expériences palpitant.

Gaston, 61 ans, étudiant

« La vraie raison de mon départ, c’est mon âge »

Après un DUT informatique obtenu en 1977, Gaston a travaillé plus de 40 ans en tant qu’informaticien dans de grandes entreprises. Gaston a fait ce qu’il appelle une « carrière rectiligne. Rien à redire. J’ai continué à me former tout au long de ma carrière pour me maintenir à niveau mais globalement tout se passait bien et je pensais finir ma vie professionnelle de cette façon » explique-t-il. Cet ancien programmeur (équivalent d’un développeur aujourd’hui) est ensuite devenu chef de projet. A ce stade-là, « on ne fait plus de technique. On en fait plus que de la coordination ».
Gaston aurait dû partir en retraite dans un an, à 62 ans. Mais il en fut autrement. Il quitte finalement l’entreprise en 2016 par le biais d’une rupture conventionnelle. Un coup dur pour lui qui ne s’y attendait pas. « Officiellement, j’ai quitté l’entreprise pour une toute autre raison que mon âge. Mais il est certain que c’est à cause de ça » explique-t-il.

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Depuis, ses recherches d’emploi n’ont pas abouti. Il y a bien eu quelques échanges de contacts mais aucun n’a débouché sur un rendez-vous : « Je savais que c’était lié à mon âge et à mon niveau de salaire. Je ne peux l’affirmer de façon certaine mais le fait de ne plus être dans le coup, c’est clairement un handicap ». Alors quand Gaston a découvert, par le biais de Pôle Emploi, la formation proposée par l’école 42. Il a hésité : « Je ne pensais pas que ça m’était destiné. Pour moi, cette formation était réservée aux jeunes. Mais en réalité, c’est exactement ce qu’il me fallait ».

« Etre avec des étudiants jeunes, ça donne un coup de frais »

Gaston intègre alors la promotion des 25 seniors sélectionnés par Pôle Emploi pour intégrer cette école de l’excellence. Il passe avec succès les épreuves de sélection. « Etre avec des étudiants jeunes, ça donne un coup de frais. Ce sont des mordus et la passion nous gagne. C’est idéal pour se remettre dans le bain ». Le senior a relevé le challenge haut-la-main. Il va désormais se mettre en recherche d’un stage avant de trouver un emploi. Gaston compte partir en retraite à … 67 ans !  Il a très envie d’une belle nouvelle expérience professionnelle avant de laisser sa place à la nouvelle génération.

Marie-Hélène, 54 ans, en reconversion professionnelle

« J’ai vu cette période de chômage comme une chance »

Marie-Hélène aime expliquer qu’elle est en reconversion professionnelle. Elle le répète d’ailleurs plusieurs fois au cours de l’entretien. « J’aime bien le dire, ça fait jeune d’abord et puis surtout ça fait actif. Rien à voir avec le fait de dire « je suis au chômage » ». La cinquantaine pimpante, elle a connu une longue, très longue période de chômage : « Presque trois ans ». Une éternité pour elle…

Cette ex-employée d’une société d’assurances a très mal vécue son licenciement : « D’abord, parce que je ne m’y attendais pas. Et ensuite, parce que j’ai eu très peur ». Le chômage a commencé avec une petite baisse de moral qui s’est transformée en « grosse déprime. C’est simple : on nous fait comprendre qu’on est plus bon à rien. C’est extrêmement difficile à vivre ». Peu à peu, elle s’est retrouvée dépassée, non par les nouvelles technologies ou le changement de sa mission mais par « tous les « à côtés » : des collègues plus jeunes, plus en forme, qui font de meilleurs chiffres, qui sont moins fatigués et qui coûtent moins cher ». Marie-Hélène s’est sentie comme mise au placard. Comme on ne peut pas licencier quelqu’un à cause de son âge, tout le monde s’est mis d’accord : c’est donc une rupture conventionnelle qui a été conclue.

« Aujourd’hui, je peux faire absolument ce que je veux »

Pour le moment, Marie-Hélène ne sait pas encore où elle va. Mais elle veut rebondir vite. Elle a intégré un réseau local d’entrepreneures : « Je me pose des questions sur la création d’entreprise. Ça pourrait me plaire de créer quelque chose autour du monde des cosmétiques. Peut-être de la vente à domicile ». Marie-Hélène est très active sur les réseaux sociaux professionnels et réfléchi à faire une formation. « C’est certain que c’est plus difficile pour nous. Le monde actuel nous est plus « hostile ». Mais on n’a pas le choix si on veut rester la tête hors de l’eau. Alors j’ai vu cette période de chômage comme une chance. C’est une nouvelle vie qui commence. Quand on arrive à se persuader de ça, on se sent plus léger et c’est plus facile. J’étais persuadée que je resterais toute ma vie dans la même entreprise. Aujourd’hui, je peux faire absolument ce que je veux. C’est merveilleux ! ». Une petite renaissance en somme.

Franck, 50 ans, cadre senior dans une entreprise de conseils en informatique

« Ce ne sont pas nos compétences qui ont disparu, mais le regard des autres qui change »

Franck était informaticien dans une entreprise d’assurances, qu’il a quitté fin 2015, alors qu’il venait tout juste d’avoir 48 ans. « Nous n’avions plus de vision commune avec mon entreprise. Ça s’est fini sur une rupture conventionnelle, en bons termes » raconte-t-il.

Immédiatement après, il s’est remis à chercher du travail mais cela a été plus difficile qu’il ne l’imaginait : « On a moins de retours. En informatique, pour les gens qui ont entre 30 et 40 ans, il y a 10 offres par jour qui vous correspondent. Mais des postes de managers qui concernent des salariés plus âgés comme moi, il y en a peu. Une fois qu’on a dépassé un certain âge (environ 45 ans), c’est beaucoup plus compliqué. C’est tout le paradoxe du secteur de l’informatique : c’est un secteur qui recrute énormément mais dans lequel il y a beaucoup de chômage » explique-t-il.

 « Il y a une obsession du jeunisme »

Pole Emploi le contacte alors pour lui annoncer qu’il est sélectionné pour passer les épreuves de la piscine à l’école 42 : « C’était risqué pour moi. Je n’avais pas touché une ligne de code depuis plus de 15 ans. En étais-je toujours capable ? Allais-je m’adapter à une population plus jeune ? ». Franck décide de tenter sa chance. Au départ il se sent un peu en décalage : « Nous n’avons pas les mêmes usages vestimentaires. Les étudiants vous vouvoient, ce qui met une certaine distance. Mais je voulais m’intégrer alors je me suis inscris à plein de choses : un réseau de startups au sein de l’école, un Hackathon, une association qui s’intéresse aux notions d’intelligence artificielle (IA) mais aussi dans une association de paintball… Et puis c’était parti ! Un peu comme une nouvelle vie » sourit-il. Pour Franck, les seniors apportent autant aux jeunes que le contraire : « Evidemment que les façons de faire en informatique ont changé mais il y a toute une série de notions similaires qui ont juste changé de nom. La logique reste la même » explique-t-il.

« Il faut prendre le temps de réfléchir à ce qu’on veut vraiment »

Pour lui, la difficulté en tant que senior est moins liée à un manque de compétences ou de dynamisme qu’au regard jugeant, et  en particulier sur les seniors : « Il y a une obsession du jeunisme. Un employeur préférera engager un jeune plus malléable. Ce n’est pas que nos compétences ont mal évolué ou ont disparu, c’est le regard que nous portons les uns sur les autres qui n’est plus le même. On nous regarde comme des vieux ».

A 50 ans, Franck n’a même pas fini sa formation qu’il a déjà trouvé un nouvel emploi. Depuis le 4 janvier 2017, il est cadre senior dans une entreprise de conseil informatique dans le domaine de la finance. Pour lui, chercher un nouveau poste à tout prix et tout de suite n’a pas de sens : « Le monde du travail a changé. Pour les seniors qui sont restés toute leur vie dans la même entreprise, cela peut être déstabilisant. Il faut faire une pause et prendre le temps de réfléchir à ce qu’on veut vraiment ».

  • Nicolas Sadirac, Directeur général, école 42

A la très réputée école 42, on croise désormais des apprentis codeurs de 50 ans et plus. La formation qui leur est dédiée a été créée en partenariat avec Pôle Emploi. « Nous avons tenté l’expérience à titre expérimental. Le mélange des populations se fait finalement assez bien » explique Nicolas Sadirac, co-fondateur de l’école. Pour intégrer 42, les seniors doivent avoir plus de 50 ans et être chômeur de longue durée (au moins 2 ans). Une présélection est faite par Pôle Emploi. Puis les élèves passent les fameuses épreuves de « la piscine » (des tests informatiques) avant d’intégrer la formation pour un an. D’après Nicolas Sadirac, 70 % des seniors ont retrouvé un emploi après la formation et on retrouvé de la confiance en eux. C’est donc ce qu’on peut appeler une vraie réussite.

À lire également :
42, l’école parisienne pour former les seniors chômeurs au code informatique

(Photo istockphotos by getty / svetikd)

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Commentaires
  1. Barbier
    8 mars 2018 - 9h13

    Je suis actuellement en poste de conductrice de machine automatique depuis 28 ans dans une entreprise de papiers je souhaiterais changer de travail mais j’ai 50ans. Une grande lassitude s’est installée ainsi qu’une fatigue du aux 48 heures par semaine. Changer pour faire quoi ? La question je ne sais pas comment m’y prendre je pense avoir besoin d’aide

  2. dimitri
    15 octobre 2018 - 11h22

    Les principales capacités fonctionnelles et physiologiques déclinent, de manière générale mais de façon très variable selon les personnes, dès la cinquantaine d’années et cette altération s’accélère à partir de 60 ans. La tendance à l’augmentation de la durée de la vie professionnelle (réforme des retraites notamment) impose de reconsidérer les aménagements du poste, de l’organisation et de l’environnement de travail des seniors… :  » La prévention des risques professionnels des seniors  » : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/ergonomie-au-poste-de-travail/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=164&dossid=344

  3. eudes
    16 octobre 2018 - 14h33

    ah ah ah ..tu parles d’un exemple
    la promo école 42 de pole emploi
    une seule fois et pour les plus talentueux…!

    pas franchement généralisable

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