Fermer
menu

San Francisco : Innover pour mieux régner

Suite des aventures de Clémence, notre jobtrotteuse installée à San Francisco. Cette jeune étudiante de Sciences Po Rennes nous raconte le monde de l’entreprise américaine. Aujourd’hui, elle revient sur sur la nouvelle ruée vers l’or : la technologie. Alors comment travaille-t-on chez Google, Facebook ? Quels sont les us et coutumes de ces jeunes salariés ?

San Francisco : Innover pour mieux régner

En arrivant ici, bien sûr, j’ai pensé à la Silicon Valley, à cette septième puissance économique mondiale que représente la Californie, à Google et à Facebook, à Hollywood et ses studios, aux I-phones et autres innovations du genre, bien sûr j’ai imaginé ces buildings, ces fausses églises, et ses métros que l’on veut garder vieux comme si on voulait se construire un passé, prouver qu’on était là avant. Mais je devinais le visage de ce monde sans en connaître précisément les traits, et ce n’est que quotidiennement, en fréquentant les américains, travailleurs, étudiants, mères aux foyers, et même les expatriés, que j’ai compris qu’ici, encore et toujours, on creuse pour trouver de l’or, et on court pour être le premier.

On « instagrame » sa vie
Ici, on consomme californien, on achète Apple, on « instagrame » son brunch sur Facebook, on publie ses vidéos sur Viméo, on laisse un commentaire sympa via Yelp à propos du bar d’en face, on matte son film sur Netflix , on check les places de parking disponibles en haut de la colline avec cette appli qui vient d’être lancée par la mairie de San Francisco pas plus tard qu’hier. On pense Internet, on se shoote à la nouveauté et on en veut encore. Et parfois, lorsque je repense au fait qu’il y a 50 ans les hippies ont fait de cet endroit leur mère-patrie, je me demande s’ils voudraient aujourd’hui faire exploser toutes les sources d’alimentations électriques de cette ville. En fait, on irait carrément vers le crash mondial. Car c’est ici que tout se passe, c’est sur la Californie que les yeux de la planète entière sont braqués, c’est elle qui semble être l’image en filigrane de ce que seront les autres demain : l’accès au futur, la vision de l’après, c’est le nouvel or qu’on vient trouver ici.

Avec l’arrivée de la bulle internet, et comme se plaisent à dire et redire ceux qui ont vécu les seventies à SF, on a tourné la page des loyers abordables et des cafés sans connexion WiFi où les gens parlent pour de vrai. Sans dresser un tel constat, parce que je n’ai d’une part jamais vécu à SF avant l’invasion technologique et que je ne suis pas encore d’autre part une vieille grincheuse nostalgique, je dois avouer qu’à aucun moment auparavant je n’ai pu deviner, allez disons deux fois sur trois, la profession de la personne à qui je parlais. « Donc, tu es ingénieur? Chouette, une start-up dans quel domaine? hum, oui, je vois très bien (euh, c’est quoi un i-goodie?) ».

Des ingénieurs français très prisés
Très sérieusement, les NTIC absorbent une quantité phénoménale de personnes, principalement dans la vingtaine et la trentaine, et des ingés indiens aux ingés français en passant par ceux fraîchement diplômés de Standford, les possibilités et opportunités d’emplois sont là et bien là. Les navettes qui emmènent ces derniers de la city jusqu’aux grandes compagnies qui les embauchent dans la Silicon Valley sont elles aussi là, chaque matin et chaque soir. Techniquement parlant, bosser à Google, à Apple, ou encore à Facebook revient à vivre une vie de roi (en comparaison d’autres professions dans la région ou encore de ces mêmes jobs dans d’autres pays) : paye hallucinante, assurance prise en charge (et dieu sait que c’est quelque chose d’important ici-bas au pays des journées d’hospitalisations à 10000 dols), gym, spa et piscines à côté des bureaux, repas à volonté et concerts du dernier groupe à la mode à la clé. Forcément, c’est attirant. Je ne m’étonne donc plus aujourd’hui de rencontrer, au détour d’une house-party, ces ingés français (très cotés en Californie) venus tenter leurs chances au pays des chercheurs d’or ; on pourrait presque aujourd’hui rebaptiser la baie de SF « Tech Paradise ».

Ces mouvements permanents, ces va-et-vient de personnes qui ont tout quitté pour tout reconstruire confèrent à l’atmosphère ambiante un genre d’excitation permanente au regard de la nouveauté, une transe créative et stimulante pour deviner quelles seront les applis qui marcheront le mois prochain. Cette communauté de la « tech », à l’image de beaucoup de secteurs professionnels aux USA, jouent le jeu, peut-être plus que d’autres, c’est vrai- du networking.

Networking power : tout est relations, rencontres
Parce que partout et depuis toujours, le travail est lié à l’échange, je ne pourrai passer à côté du caractère spécifique que revêt cet échange dans le monde professionnel californien. Comme je l’ai évoqué dans mon précédent article, les américains accordent une importance parfois démesurée à leurs jobs et j’ai rapidement découvert que cet obsession se répandait à l’extérieur de la structure elle-même au sens où nombreux sont ceux dont les vies sociales se trouvent rythmées par des évènements « professionnels », de la fête de départ au gala de charité en passant par les afterworks entre collègues. A la différence du vieux continent où lors de la nuit tombé et de la fermeture des bureaux, nous rentrons gaiement retrouvés des amis pour un verre ou notre famille pour un repas mitonné au four, les américains sont habitués (en tout cas plus que nous et spécialement dans le monde du business et de la culture à San Francisco, je ne sais rien des villes perdues au fin fond du Missouri, je présume que c’est incomparable) à entretenir leur réseau professionnel jusque tard dans la nuit.

Ainsi, le concept d’afterwork s’affiche comme la marque de fabrique de certains pubs/bars qui font leurs chiffre d’affaire majoritairement de 17h à 21h : se retrouver autour d’une pinte pour un happy-hour fait aussi partie du job. Les évènements de networking sont également légion. Par exemple, les drink entrepreneurs (concept ici exporté par un groupe de jeunes entrepreneurs français) ont pour objectif, une fois par mois, de rassembler de jeunes entrepreneurs souhaitant trouver matière à penser, idées nouvelles, et start-ups à promouvoir, à lancer ou à inventer. Pour avoir assistée à cet événement en particulier, il s’agit avant tout de boire des verres dans un lieu original (rooftops, galeries d’art…) entre amis/collègues, même si les cartes de visite s’échangent à tour de bras, question de formalisme. Il existe une palette d’évènement de networking s’adressant à tout un chacun : des « Women in tech » au « start-up week-ends » en passant par des workshops tels que ceux que j’organise avec mon organisation et qui encouragent la rencontre entre filmmakers de tout poil, et il me semble que c’est précisément cette variété d’échanges qui différencie la Bay Area de l’Europe.

En résumé, la baie de San Francisco ne serait probablement pas le tremplin qu’elle est réputé être sans cette culture du réseau professionnel et cette volonté d’alimenter sans cesse ce dernier de nouveaux noms et donc d’idées et d’opportunités nouvelles. Ainsi, se construire une toile de relations professionnelles avec stratégie est un moyen d’assurer ses arrières dans une société où quelques heures suffisent pour licencier quiconque, d’assurer son futur, celui de ses projets aussi. Le tremplin sert donc à faire un bond en avant souvent, à trouver un associé, un moyen de financement, un support, des partenariats de tout type, mais il sert aussi à rebondir le jour où l’on se voit expulser du monde du travail. Or, comme le sous-entend la philosophie de la Silicon valley « fail fast, fail often, share the results », l’échec se partage pour pouvoir être éliminé, et il est là, le vrai filon d’or.

Recevez l'essentiel de l'actualité RH

En cliquant sur "Recevoir la newsletter", vous acceptez les CGU ainsi que notre politique de confidentalité décrivant la finalité des traitements de vos données personnelles.

Ces articles devraient vous intéresser
Commentaires

Ajouter un commentaire

Il est possible d’utiliser les balises HTML suivantes :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
Ce blog supporte le système Gravatar, pour obtenir le vôtre, inscrivez-vous sur Gravatar.