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Salariés zappeurs : « Les éternels insatisfaits peuvent être toxiques pour le groupe »

[LONG FORMAT] Les zappeurs passent d'un job à l'autre fréquemment, restant entre six mois à trois ans dans les entreprises où ils passent. Soif de liberté, envie de changer ou manque d'implication et d'engagement, que se cache derrière ce phénomène de plus en plus répandu ? Éléments de réponses avec Jérôme Ambruster, président d'HelloWork.

 43% des jeunes salariés souhaitent changer de travail dans les deux ans, un chiffre qui grimpe à 61 % pour la génération Z. (GettyImages/shironozov).

Ce phénomène de zapping s’est développé notamment avec les Millenials, peu enclins à passer l’intégralité de leur carrière au sein de la même entreprise comme le faisaient leurs aînés. Ils sont ainsi 43% à souhaiter changer de travail dans les deux ans, un chiffre qui grimpe à 61 % pour la génération Z. Le zapping est plus ou moins courant selon les secteurs et les métiers. Ceux qui demandent un engagement conséquent ou dont l’accès est réglementé – comme la médecine, le droit ou encore l’administration – voient leurs salariés rester sur des périodes plus longues. Au contraire, il est plus fréquent de voir des changements de postes réguliers dans les univers guidés par des missions au temps prédéfini (conseil, développement), les jobs saisonniers ou ceux qui sont mal rémunérés. Dans l’hôtellerie-restaurant par exemple, le turn-over est 2 à 3 fois plus élevé qu’ailleurs et seuls deux tiers des salariés sont à leur poste depuis plus d’un an. Qu’en pensent les recruteurs et les chefs d’entreprises ?

Manque de stabilité

 Leurs sentiments concernant ce phénomène est assez mitigé, comme l’explique Jérôme Ambruster, président d’HelloWork : « Je pense que quelqu’un qui reste 6 mois dans une entreprise, ça passe une fois. il a essayé, il a tenté, l’entreprise ne lui a pas plu. Il a peut-être eu envie de changer et d’être plus en phase avec ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas … il n’y a aucun souci. Si ça arrive deux fois il n’a pas eu de chance. Au bout de la troisième fois, soit il n’a vraiment pas de chance du tout, soit il manque de stabilité ».

« Les éternels insatisfaits peuvent être toxiques pour le groupe »

Pour de nombreux recruteurs, les changements de jobs réguliers sont vus comme un manque de loyauté et interrogent. « Je trouve que c’est presque plus problématique quand un salarié s’en va au bout de 18 mois par exemple. Soit c’est quelqu’un qui décide de ne pas s’investir : il est venu 18 mois apporter ses connaissances mais sans trop s’engager, continue Jérôme Ambruster. En tant que patron, j’ai envie de créer une structure avec des gens qui se plaisent et s’épanouissent, donc qui ont envie de rester ».

Pour lui s’engager demande des efforts : « On peut faire un parallèle avec les couples. Si on veut construire et s’investir, cela demande de la patience, du temps, de l’investissement et de la ténacité, particulièrement dans l’adversité. Il ne faut pas s’arrêter dès l’apparition des premières difficultés. Les éternels insatisfaits qui s’en vont tous les ans peuvent être toxiques pour un groupe ».

Après quelques années, les bénéfices de la mise en danger

Si changer de job (trop) régulièrement d’emploi peut nuire à votre carrière, le changement a pourtant du bon. « Un salarié qui s’en va au bout de 4 ou 5 ans, c’est courageux, car il est installé et peut se dire qu’il a moins à prouver. En partant, il se met en danger. C’est comme le sport : il faut en faire régulièrement pour entretenir sa forme physique, sinon les bienfaits s’amenuisent. De la même manière, quand on arrive à un nouveau poste, on est généralement curieux, on garde les oreilles ouvertes, on apprend, on s’adapte. Si on reste 5 ans à ce même poste, on peut perdre un peu de notre attention et de notre curiosité. Ainsi, je trouve plutôt sain qu’un salarié change de poste tous les trois ou cinq ans ».

« Rester seulement deux ans dans un emploi, c’est court pour avoir un impact sur la vie de l’entreprise »

Comment donner envie aux salariés de rester dans l’entreprise ?

Les salariés sont 43% à souhaiter changer de travail dans les deux ans. Un chiffre qui grimpe à 61 % pour la génération Z. Comment alors les retenir et leur donner envie de rester et de s’investir ? Pour Jérôme Ambruster, tout est une question d’équilibre et de timing de vie : « Il y a 30 ans, les salariés faisaient toute leur carrière dans la même entreprise. On ne gère plus notre carrière de la même façon, les salariés ont repris la main sur leur parcours professionnel. Rester seulement deux ans c’est court pour avoir un impact sur la vie de l’entreprise, la stratégie, l’organisation, la manière de travailler. Cela signifie que ces personnes ne veulent pas avoir d’impact : elles viennent vendre des compétences. »

Un constat qu’il souhaite différent dans sa propre société. « Chez HelloWork, nous défendons un équilibre qui n’est pas uniquement lié à ce que l’on fait dans notre travail. Nous y rencontrons des gens que l’on ne connait pas forcément à titre personnel. Nous y créons des projets avec des moyens différents et des reconnaissances différentes de celles dont nous bénéficions à titre personnel. Donner envie à un salarié de rester repose beaucoup sur l’aspect social. Nous passons une partie de nos journées ensemble et il est important d’avoir le plaisir d’être reconnu là où nous sommes. Quelqu’un qui reste quelques mois n’a pas le temps de commencer à apprendre à connaître les gens, il faut sans cesse tout reconstruire partout. Je ne suis pas sûr qu’un lycéen ait envie de changer de lycée tous les ans même s’il n’aime pas toujours aller en cours. Personnellement, j’aurais plus de facilité à partir dans une autre entreprise en emmenant ceux que j’aime ici plutôt que d’y rester s’ils n’étaient plus là. Enfin, pour moi, il est important de bien accueillir des salariés et de leur faire ressentir qu’au-delà de leurs compétences, on est content de les voir chaque jour ». 

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