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Robot DRH : pourquoi l’expérience n’a pas fonctionné

Nous allons vers une digitalisation du recrutement, c’est indéniable. De là à recruter grâce à un robot, on frôle la science-fiction. Pourtant, en avril 2018, c’est bien Vera, intelligence artificielle féminine, qui a été embauchée par L’Oréal pour faire passer des entretiens aux candidats. Créée par une start-up russe, Vera est déjà utilisée par plus de 300 entreprises comme Microsoft, PepsiCo, Castorama, Auchan ou Ikea… Elle est capable de poser des questions et comprend les réponses formulées, laissant toutefois la décision finale à l’entreprise. Pourtant, elle a été licenciée. Retour sur une expérience peu concluante…

Elle parle anglais et russe et a été choisie par L’Oréal en Russie comme recruteur. A priori, Vera avait toutes les qualités : un physique passe partout, une productivité sans égale (avec plus d’entretiens d’embauche passés par jour qu’un humain), une faculté à présélectionner les candidats et une capacité à sélectionner un candidat 10 fois plus rapidement qu’un RH humain… Bref, sur le papier, tout était parfait. Surtout que l’expérience promet une réduction d’un tiers des coûts d’embauche. Vera sélectionne les candidats à partir de cinq sites d’emplois et est chargée de leur faire passer des entretiens téléphoniques et vidéos.

2 millions de candidatures à traiter par an

L’Oréal n’a donc pas eu de mal à se laisser séduire vu les impératifs de recrutement de l’entreprise qui reçoit plus de 2 millions de candidatures par an. Ses équipes en Russie ont opté pour Vera en avril 2018 mais le groupe n’en n’était pas à son coup d’essai puisque sur son site de recrutement anglophone (anglais et américain), le chatbot Mya propose déjà une pré-sélection de candidats. Un outil qui fonctionne tellement bien qu’il sera bientôt expérimenté dans 5 pays dont la France. « Ce chatbot pose des questions préliminaires sans interpréter. Il permet, du côté candidat, d’offrir une meilleure expérience utilisateur et, du côté RH, d’automatiser des tâches à moindre valeur ajoutée pour recentrer le recruteur sur le cœur de sa mission : la détection du talent » explique Natalia Noguera, responsable de la transformation digitale chez L’Oréal, à Exclusive RH.

En ce qui concerne Vera, Natalia Noguera précise : « Nous voyons le digital comme un outil qui va amplifier les capacités humaines de nos RH, surtout pas les remplacer. C’est un sujet qui nécessite beaucoup de précaution ». Tant que Vera s’est auto-licenciée semble-t-il, sans indemnité de départ et tous les inconvénients « administratifs » qui vont avec du coup…

« Pas concluante » : on n’en saura pas plus…

« L’innovation est au cœur de notre stratégie de recrutement. Pour recruter, partout, les meilleurs talents mais aussi les plus divers, nous ouvrons nos horizons à différentes initiatives et laissons nos filiales initier des pilotes qui pourront devenir des bonnes pratiques à l’échelle du groupe. Notre filiale russe a été approchée par Stafori, avec laquelle il y a eu une expérimentation locale, dans un esprit ‘test and learn’ qui n’a pas été concluante » raconte Natalia Noguera, responsable de la transformation digitale chez L’Oréal. L’approche de la start-up russe ne coïncide visiblement pas avec la vision du groupe, qui compte 1200 professionnels RH à l’échelle mondiale, dont 150 recruteurs.

« L’automatisation a du bon : elle libère les RH »

Les algorithmes peuvent-ils remplacer les recruteurs ? Dans le recrutement, l’intelligence artificielle a fait ses preuves maintes et maintes fois et se veut plus fiable que le jugement humain. « La plupart des recrutements aujourd’hui sont réalisés à partir d’un jugement partiel et arbitraire. Les recruteurs ont des habitudes, un univers, et donc des biais : d’appartenance, de perception, de décision… » explique Baptiste Audrerie, psychologue organisationnel depuis 20 ans, executive advisor pour IBM Canada et auteur du blog Futurs Talents.

Pour lui, « l’automatisation a du bon : elle libère les RH et leur fait gagner du temps au niveau administratif et leur permet de se concentrer sur les candidats. La machine est fiable : elle est capable de détecter des compétences dans un CV, dans un discours et de les analyser de manière objective et donc de comparer les candidats sur une base objective. Car il faut bien l’avouer : la fonction RH n’a pas encore réussi, à ce jour, à sortir de ce carcan administratif afin de repenser l’expérience candidats ».

Pourtant, Vera n’a pas réussi à convaincre. A quand un prochain robot recruteur ?

(Photo : istockphoto / AndreyPopov)

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