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Pourquoi les salariés boudent-ils les réseaux sociaux d’entreprise ?

Plus de la moitié des sociétés françaises sont dotées d’un réseau social d’entreprise (58 %) et 26 % envisagent d’en adopter un d’ici peu. Un taux qui monte à 85 % des entreprises cotées au CAC 40. Pourtant, dans les entreprises qui en sont déjà dotées, le succès n’est pas au rendez-vous : seulement 25 % des managers l’utilisent et les collaborateurs sont encore moins nombreux. Des résultats décevants comparés à l’investissement que les RSE représentent : le coût moyen par salarié est estimé à 5 €. La chaire intelligence RH et RSE soutenue par le cabinet de BDO, pointe du doigt les lacunes de ce canal de communication intra-entreprise pourtant à la mode.

Un fossé entre l’investissement, les promesses et les usages réels

Si les réseaux semblent être l’un des moyens privilégiés pour inciter au partage des connaissances et à la résolution des problèmes opérationnels directement entre collègues, leur taux d’utilisation demeure faible en réalité : les managers ne sont que 25 % à les utiliser et les collaborateurs encore moins. De plus, le RSE ne tient pas franchement ses promesses : au-delà de reproduire virtuellement la hiérarchie d’entreprise, il ne favorise pas tant que cela le travail collaboratif et permet surtout à certains collaborateurs de se mettre en avant pour se faire bien voir de leur hiérarchie…

Il semblerait en effet que, plutôt que de provoquer des connexions entre les membres des différents services ou différentes équipes de l’entreprise, les réseaux sociaux d’entreprise se superposent tout bonnement aux canaux hiérarchiques existants. Pour preuve, la structure virtuelle des réseaux sociaux d’entreprise est quasiment identique à celle de l’organisation hiérarchique : les managers créent des groupes dont sont membres, majoritairement, leurs équipes. Rares sont les salariés qui viennent contribuer ou même adhérer aux groupes virtuels qui ne sont pas créés par leur propre manager.

Entre infobésité, légitimité et peur de la surveillance

Pourquoi si peu d’intérêt ? Il en existe plusieurs : la sur-sollicitation digitale des salariés les amènent à se montrer réfractaires à l’utilisation d’un énième moyen de communication, c’est « l’infobésité » ou « l’effet millefeuille ». Les sondés évoquent également des doutes sur la fiabilité des informations partagées.

Loin de transformer les modes de travail vers un « tout collaboratif » et de booster l’engagement, les RSE reproduisent plutôt les écueils de l’entreprise actuel plutôt que de les effacer. Leur retour sur investissement est donc faible, alors que leur facilité d’usage n’est pas en cause. Les véritables raisons sont en effet plus politiques que technologiques.

D’abord, certains douteraient de la qualité des informations qui circulent sur la toile interne. Mais selon la Chaire intelligence RH, la raison principale est la légitimité. Certains salariés craignent de contribuer par peur du jugement des autres mais également par peur d’une évaluation négative sur la pertinence de leur contribution. De plus, difficile de « trouver le bon ton » sur un réseau social, certes, mais qui est un espace professionnel malgré tout. D’autres redoutent carrément d’être vus comme déloyaux s’ils contribuent à des groupes créés par d’autres managers que le leur.
Enfin, une part des collaborateurs craint la surveillance dont ils pourraient faire l’objet via le RSE : « Est-on certain qu’il n’existe pas une tour de contrôle, du côté des équipes RH, qui apprécierait la quantité et la qualité des contributions ? » questionne l’auteur de l’étude.

Passifs pour la plupart, réfractaires pour beaucoup

Au final, seuls 17 % des salariés utilisent fortement les réseaux sociaux d’entreprise. L’auteur de l’étude, Jean Pralong, les appelles « Les Adopteurs ». La plupart des collaborateurs se montrent « passifs » (48 %) et ne voient pas l’utilité d’un RSE auquel ils n’accordent aucune confiance, ni en termes de légitimité, ni en termes d’efficacité. Les réfractaires sont tout de même 29 % et redoutent le jugement autant que la surveillance. Enfin, une infime part des salariés (6 %) tire son épingle du jeu : ce sont les tactiques, qui utilisent les RSE pour être bien vu plutôt que pour être efficace.

Les réseaux sociaux internes à l’entreprise sont loin d’être aussi populaires que leurs homologues personnels comme Facebook. La rigidité hiérarchique et bureaucratique a-t-elle déjà eu raison d’eux ? Toujours est-il que les entreprises ont tout intérêt à mieux définir la fonction qu’elles souhaitent donner à ces réseaux pour en garantir une utilité optimale et favoriser le travail collaboratif. Mais également, faire preuve de transparence sur l’utilité qu’elles en ont réellement afin de mettre en confiance leurs salariés.

  • Etude « RH#RSE : mode collaboratif ou collaboratif à la mode ? Pourquoi les réseaux sociaux d’entreprise peinent encore à développer des comportements collaboratifs » : données récoltées auprès de 1206 répondants dont 32 % appartenant à des entreprises de plus 5000 salariés.

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Commentaires
  1. Alain Garnier
    29 novembre 2017 - 14h19

    Cette situation est en effet réelle dans les déploiements à large échelle des RSE qui ont souvent été le fait de la DSI. … avec un outil qui est souvent le même … celui de Microsoft…

    Quand on descend au niveau des métiers. Pour des déploiements qui ont un usage clair, alors le constat change du tout au tout. On arrive a des taux d’usages plus importants et surtout un utilité indiscutable au quotidien dans le business.

    Mais cette forme « réussie » n’est pas compatible avec un déploiement par le SI du même système pour tous. … Il faut réfléchir au plus prêt du terrain et du métier. Adapter l’outil au contexte (et non l’inverse). Cela demande plus d’efforts… Mais cela paye!

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