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La reconversion professionnelle n’est pas toujours un long fleuve tranquille

[LONG FORMAT] Se reconvertir est un choix difficile à prendre et qui n'est pas toujours à la hauteur de ses espérances.

55 % des personnes reconverties se disent plus épanouies contre 22 % qui répondent le contraire. (Getty Images/creatarka)

On sait ce qu’on quitte mais on ne sait pas ce qu’on prend. L’adage est particulièrement connu des actifs qui ont fait le choix de se reconvertir professionnellement. Selon un sondage du groupe AEF paru en 2017, neuf Français sur 10 auraient déjà pensé à se reconvertir mais seulement 28 % se sont lancés. Pourquoi un tel écart ? Parfois l’envie de changement n’est que l’expression d’un ras-le-bol passager, il vaut mieux dans ce cas réfléchir à quitter son entreprise que son métier, et puis il faut aussi être vraiment sûr que l’on ne souhaite plus exercer son métier. Sans quoi, la reconversion est une désillusion. Comme Pierre, ancien journaliste devenu ébéniste. Comme 70 % des personnes interrogées, il pensait que changer de métier lui permettrait de trouver une activité en phase avec ses valeurs. « Je n’étais plus investi dans mon travail et je repensais à mes rêves de gosse, à mes désirs d’exercer un métier passion. J’ai profité d’un plan social pour suivre des formations et j’ai eu la chance de trouver assez facilement un emploi dans ce domaine ». La réalité n’est pas à la hauteur de ses espérances. En lieu et place de beaux meubles conçus de A à Z, son travail se limite à monter des cuisines aménagées. « J’ai peut-être trop foncé. Dans un premier temps, j’aurais dû tester le métier d’ébéniste et chercher à comprendre ce qui ne me plaisait plus dans celui de journaliste ».

Mais l’idée n’est pas de décourager à changer de vie. Pour 55 % des personnes reconverties, ce choix les rend d’ailleurs plus épanouies sur les plans personnel et professionnel, contre 22 % qui estiment le contraire, selon un sondage OpinionWay pour l’Afpa. Dans tous les cas, changer fait rêver. Selon un sondage Ipsos 79 % des Français déclarent qu’ils « aimeraient se réinventer » et 47 % estiment qu’ils « passent à côté de la vie ». Comme le souligne le journal Le Temps, tout plaquer est devenu la « nouvelle mythologie contemporaine ». Avec ses codes et ses modes, à l’image de ce titre de Grazzia : « Tout plaquer… et devenir artisan végétal ».

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De la communication à la restauration en retournant à la communication

Marie a exercé pendant six ans en agence de communication dans le secteur de l’alimentaire. Jusqu’à ce qu’elle ressente l’envie de « faire quelque chose de concret, de trouver du sens à [son] travail ». Convaincue que ce secteur doit évoluer pour faire face aux défis environnementaux, cette passionnée suit une formation à l’Ecole de Boulangerie et de Pâtisserie de Paris et passe un CAP pâtisserie, « car c’est très technique ». Son objectif à court terme : monter son propre restaurant. « Pour la cuisine, j’avais déjà suivi des cours du soir et je possédais de bonnes bases ».

« La reconversion n’est pas toujours une fin en soi »

Elle démarre comme commis, intègre différents restaurants, se spécialise dans la restauration végétarienne et grimpe au fur et à mesure les échelons. En parallèle, elle est sollicitée pour écrire deux livres de cuisine. Mais, finalement, l’envie de monter son restaurant s’évapore. « Mon compagnon ne travaille pas dans ce milieu donc nous n’étions pas toujours en phase. Et puis, c’est un métier très bruyant. Et il est difficile de trouver le bon business model. Surtout, j’avais évolué et il était à nouveau temps que je trouve une activité professionnelle qui réponde à mes valeurs, mon projet de vie ». Retour à la communication, après cinq ans dans la restauration, mais cette fois au sein de l’ONG Max Havelaar. « Ce métier concilie tout ce que je recherchais : agir sur l’environnement dans un secteur qui me plaît. Aujourd’hui, j’ai vraiment trouvé un sens à mon métier. C’est d’ailleurs un constat que je fais depuis : il est possible de trouver de l’intérêt à son travail même derrière un ordinateur. J’ai compris que la reconversion, particulièrement valorisée notamment dans l’artisanat, n’est pas toujours une fin en soi. Le but est de trouver son équilibre entre vie pro et vie perso ».

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Emilie s’est, elle, reconvertie par souci de sécurité, à la fois financière et personnelle. Régisseuse son dans le milieu du théâtre, son travail l’amenait à travailler de manière décousue mais aussi en soirées et parfois durant de longues semaines sur les routes. Une vie palpitante – « C’était ma passion, le métier que je voulais faire » – mais qu’elle aura du mal à assumer une fois son premier enfant né. « Deux ans après la naissance de ma fille, je me suis séparée de son père. Le rythme était difficile à tenir d’autant que ma famille ne vit pas à proximité, donc je pouvais rarement me décharger ».

« Je ne désespère pas de retourner à mes premiers amours »

Elle décide finalement de se reconvertir pour trouver un métier plus stable, qu’elle pourrait faire financer, et qui paie les factures. Après s’être renseignée auprès d’organismes de formation, son choix va se porter sur le métier de comptable. « Ce n’est pas le job le plus glamour à la fois sur le papier et dans la réalité, mais ça me permet d’avoir des horaires de bureaux et donc de déposer ma fille le matin à l’école et de la récupérer le soir après ma journée de travail ». Question épanouissement, c’est autre chose… « Très clairement mon ancien métier me manque. J’ai fait ce choix par sacrifice mais ce n’est pas la vie dont je rêvais. Le monde de l’entreprise paraît bien sclérosant et peu intéressant en comparaison avec la vie d’un théâtre. Les rencontres, les discussions, les centres d’intérêt ne sont pas les mêmes. Mais je n’ai pas encore dit mon dernier mot. Même si j’ai bien conscience qu’il sera difficile de retourner dans ce milieu, je ne désespère pas, d’ici quelques années, de retourner à mes premiers amours. Ce que j’ai fait une fois, je peux le refaire ! »

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