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Reconversion, changement professionnel : pourquoi est-ce si difficile de franchir le pas ?

Chaque début d’année, c’est un peu la même chose : on peine à se motiver au travail et on pense déjà aux prochaines vacances… Pourtant, on a beau « en avoir marre » et aspirer à autre chose, finalement, les années passent et on reste. Alors pourquoi diable est-ce si difficile pour certains d’entre nous de franchir le pas du changement d’emploi ? Eléments de réponse avec notre expert de la question, le journaliste Yves Deloison, auteur du livre Changer de job chez Héliopoles et du blog toutpourchanger.com.

Plus de 80 % des salariés envisagent une remise en question professionnelle selon la dernière enquête RegionsJob. Que t’évoque ce pourcentage ?

Ce chiffre est un bon indicateur du mal-être, ou tout au moins de l’insatisfaction que ressentent beaucoup d’individus dans leur vie professionnelle. Il évoque plus, selon moi, les frustrations et les incompréhensions liées à des méthodes de management ou au fonctionnement des entreprises plutôt qu’une réelle envie de changement. Bien souvent, entre le déclaratif et sa concrétisation, la différence est énorme.

Il faut surtout regarder ce qu’il y a derrière cette volonté : manque de satisfaction, besoin de changer… Trouver l’origine de son aspiration au changement est sans aucun doute le premier travail à mener.

Quand la motivation n’est plus là, comment reconnaître ce qui nous gêne vraiment : s’il faut juste monter en compétences, changer d’entreprise, ou carrément changer de métier ?

Il faut se poser des questions très basiques. La première étape est de pointer du doigt la ou les sources d’insatisfaction professionnelle. Difficultés relationnelles avec ses collègues, sa hiérarchie, fatigue liée aux trajets, ras-le-bol de l’enfermement dans un bureau ou du manque de mouvement (ou le contraire), horaires ou organisation du temps de travail difficiles… Est-ce le contexte dans lequel on évolue qui pose problème ? Les missions ?

Certaines questions peuvent se régler en changeant d’entreprise mais pour d’autres, c’est le métier qui pose problème. En isolant les motifs d’insatisfaction, on peut assez vite savoir ce que l’on peut changer ou pas dans sa vie professionnelle. Puis-je exercer mon métier dans un autre type d’entreprise : plus petite ou plus grande, privée ou publique ?

Chaque début d’année, c’est un peu la même « rengaine » dans la tête de beaucoup de salariés : marre de son travail, envie de changement… Et pourtant, les années passent. Pourquoi est-ce si difficile de changer, de sauter le pas ?

Evidemment dans la balance, il y a le niveau d’envie qui s’oppose à la peur du changement, de l’inconnu. Le questionnement est le lot de chacun d’entre nous, avec différents niveaux de réticences. La maturité et l’expérience, le parcours, l’entourage, ou encore l’âge sont des critères peuvent influer sur le fait que quelqu’un va sauter le pas de la reconversion ou non.

Résister au changement est finalement assez courant et naturel. Les histoires de changements de vie réalisés du jour au lendemain dont certains médias font échos sont de belles histoires mais qui sont éloignées de la réalité. Les histoires sont généralement romancées et occultent la phase d’introspection et de réflexion avant le changement, qui peut parfois durer plusieurs années.

« Tout le monde n’a pas les mêmes aspirations, les mêmes besoins »

Tout cela pour dire qu’il est difficile de se mettre en mouvement et c’est normal, sauf bien sûr si l’on n’a pas le choix. Sécurité de l’emploi, revenus stables… Pourquoi prendrait-on des risques face à une situation rassurante ? D’autres personnes ne peuvent se contenter de ce confort matériel et vont franchir le pas. Tout le monde n’a pas les mêmes aspirations, les mêmes besoins, ni les mêmes contraintes familiales et financières…

L’expérience professionnelle forge également notre capacité à changer, selon si l’on a travaillé dans une entreprise où il fallait trouver des solutions par soi-même ou dans une société où tout était très organisé. Notre angoisse face au changement est aussi liée à notre histoire personnelle…

Toujours est-il que changer demande énormément d’énergie. Mais les choses ne sont pas figées. Si le changement ne se fait pas maintenant, il peut se faire plus tard, à un meilleur moment.

Quels sont les paramètres à évaluer pour limiter le risque d’échec ?

Pour éviter que la peur de l’échec ne vous empêche de passer à l’action, il est préférable, dans tous les cas :

  • De repérer les avantages et inconvénients de la nouvelle situation
  • D’essayer d’être objectif
  • De mieux se connaître
  • Et très important, d’apprendre à connaître le métier vers lequel on se dirige : comme pour les métiers manuels par exemple, qui peuvent être plus “physiques” qu’on ne le pense. En parlant par exemple avec des personnes qui exercent le métier qui nous intéresse et en passant du temps avec elles en situation de travail. Il faut dépasser sa timidité car le jeu en vaut la chandelle.

Il y a aujourd’hui de plus en plus de moyens pour passer quelques jours dans un cadre de spécifique : Compte Personnel de formation, Pôle Emploi, certains organismes spécialisés dans la découverte de métiers…

« Le premier moteur c’est l’envie »

Dans les histoires de reconversion que tu retraces sur ton blog toutpourchanger.com, quel est selon toi le point commun des personnes qui réussissent ce tournant ?

Le premier moteur c’est l’envie. A force de se poser la question, petit à petit, les personnes “reconverties” ont affiné leurs aspirations. Il y a un processus de prise de conscience, un cheminement. A partir de cette base, on se fixe un objectif et on construit son projet. Et un jour, une discussion, un article lu… le déclic arrive : on saute le pas.

De nos jours, pour beaucoup de salariés, le manque de temps pèse parfois plus que l’entreprise ou le métier exercé. Penses-tu que les entreprises peuvent travailler sur ce point afin de conserver leurs bons éléments et entretenir leur motivation ?

L’entreprise poursuit des objectifs qui ne sont pas forcément compatibles avec les aspirations de tel ou tel salarié. Chacun évolue : la politique de l’entreprise, le salarié aussi. Le mieux est de trouver une solution lorsque les deux parties ne s’y retrouvent plus. Les grands groupes ont les moyens d’accompagner leurs salariés au changement, voire dans la création de leur entreprise. C’est plus difficile pour les petites entreprises.

Devenu journaliste et écrivain après une reconversion professionnelle radicale, Yves Deloison collabore à L’Express, L’Etudiant, Pleine Vie, Le Courrier de l’Atlas et de nombreux titres nationaux dont le nouveau magazine Vraiment. Il est également l’auteur de plusieurs livres dont « Un chemin d’herbes et de ronces » (publié chez First en 2018) ou « Heureux comme un Français en France » (Presses de la Cité, 2016).

Passionné par les questions liées au changement et à la reconversion, il a écrit d’autres ouvrages sur le changement chez Héliopoles, Hachette et Le Chêne. Conférencier, il intervient sur les sujets liés à l’égalité femmes-hommes, les stéréotypes, le sexisme ou les reconversions.

(Photo : istockphotos by Getty / Michail_Petrov-96)

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