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Qui sont les boomers ?

L'expression "ok boomers" qui a fait le tour du monde, en tout cas d'Internet, peut-elle se résumer à vieux con ? En partie certainement, mais ça n'est pas si simple.

Pour la jeune génération, les boomers incarnent une génération de jouisseurs incapables de comprendre les enjeux économiques et environnementaux actuels. (Getty images /DaniloAndjus)

Pour ceux qui n’auraient pas surfé sur Internet (une expression très ok boomer) depuis fin 2019 – une éternité, on est bien d’accord – l’expression « Ok boomer » est devenue virale après une intervention de Chlöe Swarbik, jeune députée du Green Party en Nouvelle-Zélande. Alors qu’elle dénonçait les dégâts des décisions cour-termistes prises par les politiques, elle assène un « Ok boomer » à un collègue qui l’interrompt avant de poursuivre son intervention. L’équivalent d’un « tais-toi vieux con » sans appel. Interrogée par Le Parisien, la députée LREM Audrey Dufeu Schubert s’est d’ailleurs inquiétée d’une formule donnant « dans la censure de la parole des personnes âgées (…). Cela participe à l’âgisme, qui est, en effet, une forme de racisme, du moins une discrimination ». Ce à quoi il serait tentant de lui répondre « Ok boomer » malgré son jeune âge (39 ans).

La notion de boomers renvoie à une classe d’âge assez précise qui, pour faire simple, inclut tous les plus de 60 ans, soit 32,7 % de la population française. Une génération fustigée pour un peu tout : son pouvoir d’achat de riches retraités, son consumérisme à tout crin, ses souvenirs libertaires de mai 68 de gens bien établis, son jeunisme aberrant et même ses idoles de jeunesse qui, par leurs comportements, résument les propositions précédentes (ah que coucou Jojo).

— CrazyBomb (@CrazybombWorld) January 29, 2020

« Ok boomer », une réponse à l’effondrement ?

Un résumé facile et obséquieux ? C’est en tout cas la réponse qu’ont trouvé les millenials taxés de « fragiles » par leurs aînés. Une manière aussi, pas très sympa, de les renvoyer à leurs conditions de senior dont la racine latine (senex) signifie sénile… Mais qu’ont-ils fait de si mal ces boomers ? Pas grand chose à part profiter d’une vie qui pour nombre d’entre eux a souvent mal commencé : lait rationné d’après-guerre, famille détruite et précarité. Avant de se rattraper largement : les Trente glorieuses – qui expriment l’idée d’une période anormalement rose – leur ont permis de jouir de tout le confort moderne et de voir leur pouvoir d’achat croître en permanence, de changer d’emploi facilement même pour ceux dépourvus de diplôme. Aujourd’hui les baby-boomers sont tous ou presque à la retraite. Et là encore on les jalouse. Surtout ceux qui, nés après 1975, vont subir la réforme Macron. On les envie de percevoir une rente souvent supérieure aux rémunérations des salariés, d’avoir pu s’acheter des biens immobiliers avant qu’ils atteignent des prix astronomiques. Bref de s’être gavé. En plus, ils vivent longtemps ! Comprendre que leurs enfants ne perçoivent pas d’héritage avant leurs 50 ans ou que cet argent saute une génération pour aider les petits-enfants à payer les études ou autres.

Pourquoi leur en vouloir ? Les jeunes générations oublient qu’elles sont nées dans le confort et qu’elles rêvent ni plus ni moins d’égaler les conditions de vie de leurs parents. Justement, l’expression « ok boomer » est le signe d’une inquiétude plus générale sur l’après. L’effondrement, qu’il soit attendu par certains comme le nouveau Grand soir qui renversera le capitalisme ou craint, car justement il mettra un terme à notre civilisation thermo-industrielle, est en effet une réalité qui se profile plus que jamais. « Ok boomer » est donc une façon de leur dire : « vous nous avez bien mis dans la m…e avec vos bagnoles, votre agriculture pleine de pesticides et tout le reste ». En parallèle, cette même jeunesse montre son désarroi et son désaccord en se filmant sur les réseaux sociaux, elle pense que se déplacer en trottinettes réduira les émissions de CO2 (heureusement certains pédalent) et partage ses photos de voyages au bout du monde qu’elle a pu se payer grâce à des vols low-cost. Pas tous, évidemment. La crise des Gilets jaunes est aussi-là pour rappeler une pauvreté réelle dans le pays sans qu’on y voit toutefois l’envie d’un changement de monde mais plutôt une vaine tentative de s’accrocher à la relativement douce vie promise par le fait d’appartenir à la classe moyenne. Cette fameuse CSP qui se délite, laissant percevoir une société de plus en plus duale avec d’un côté les pauvres, de l’autre les ultra-riches.

Lutte générationnelle

Entre les deux, il y a aussi Greta Thunberg, égérie de la lutte contre le réchauffement climatique, qui tente de nous dire un autre futur est possible, sans que l’on sache bien lequel. D’autant que dans sa génération, certains n’hésitent pas à vendre des pulls « Ok boomer » avec une farouche envie de s’enrichir, vite, très vite. Et qu’il est difficile de les blâmer de vouloir jouir et profiter. C’est certainement ce qui explique le succès de l’expression née dans un contexte d’inégalités économiques croissantes et de changement climatique, deux menaces existentielles que n’ont pas à craindre les boomers. De leur dire laissez-nous gérer l’après, vous n’avez plus voix au chapitre. C’est également l’expression d’une lutte de générations comme il y en a toujours eu : les vieux s’accrochent et les jeunes les poussent de leur branche.

Avant de lancer un « ok boomer » à l’auteur de l’article, sachez qu’il appartient à la génération « Y » à prononcer « Why » en anglais, soit pourquoi. Pour quelle raison, dans quelle intention, pour quelle cause ? Espérons que la génération suivante soit, à l’inverse, celle du comment…

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