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Quel travail voulons-nous ? Résultats de l’enquête de Radio France

QueltravailvouslonsnousradiofranceLundi 23 janvier Radio France a dévoilé les résultats de sa grande enquête sur le travail. Plus de 7000 personnes ont répondu au questionnaire et 3000 auditeurs ont témoigné de leur rapport au travail. Pour aller plus loin, une journée spéciale était organisée au Théâtre du Rond-Point à Paris. Une journée de débat avec des personnalités politiques, des syndicalistes, des chercheurs, universitaires et psychologues du travail que nous avons suivie pour vous.

Une vision paradoxale du travail
Si on devait résumer la problématique du travail aujourd’hui à la lueur de l’enquête Radio France, le constat est simple : il y a ceux qui n’ont pas de travail et ceux qui en ont trop. Mais l’enquête Radio France montre aussi qu’il y a des visions assez paradoxales de la valeur travail. Un regard d’abord un peu négatif sur le travail du XXIème siècle perçu comme un « tuyau de descente sociale » alors qu’il devrait contribuer à élever le niveau social d’une génération à l’autre. Ainsi, 50% des personnes interrogées estiment que leur situation n’est pas meilleure que celle de leurs parents. Et elles sont encore plus nombreuses (60,8%) à penser que la situation de leurs enfants va encore se dégrader. Une désillusion qui montre le « peu de confiance dans l’avenir » selon la sociologue Dominique Méda.

Des relations amoureuses au travail pour 25% des répondants

Autre point négatif : l’insatisfaction au travail due à l’absence de perspectives professionnelles, le manque d’effectifs et l’obsession de la rentabilité. Face à cette frustration, beaucoup de répondants envisagent alors de changer de travail (43,1%), de métier (17,7%) ou d’entreprise (10,6%). Dans ce contexte, la retraite apparaît également comme « une rupture positive pour démarrer une nouvelle vie ». Mais en même temps, une majorité des personnes qui ont participé à l’enquête (55,1%) se disent contentes d’aller au travail le matin. Est-ce en partie parce qu’un quart de l’échantillon reconnaît avoir eu des relations amoureuses dans le cadre professionnel ?

Autre élément « positif ». La situation au travail se serait améliorée ces dernières années. Et à la question « Quand vous pensez au métier de votre enfant, quelle est pour vous LA priorité ? » La réponse est claire : un métier épanouissant (75,4% des réponses), un métier sûr (8,6%) ou un métier utile pour la société (3,9%). Le bon niveau de salaire n’arrive qu’en 4ème avec 3,6% des réponses.

Un constat sévère… et après ?
Au final, l’enquête montre d’un côté, un diagnostic sévère sur le monde du travail, une critique féroce de la marchandisation du travail et de l’autre, une aspiration à une autre organisation de la vie sociale qui donnerait la priorité à la famille et au temps libre. Une « conception à la fois plus large et énigmatique » du travail selon le comité scientifique qui a piloté l’enquête.
Les politiques présents (Cécile Duflot, Marine Le Pen, Pierre Laurent, François Hollande et Xavier Bertrand) n’ont pas manqué de commenter ces résultats et d’avancer des propositions. Mais, et c’est un autre enseignement intéressant de l’enquête, la confiance dans l’action des politique pour améliorer les choses semble considérablement émoussée. A la question « à qui faites-vous le plus confiance pour assurer votre bien-être au travail ? » 1,6% seulement des personnes citent les responsables politiques. Ce qui a fait dire à François Hollande, non sans humour, « moins de 2% à se répartir avec tous les autres candidats, ça ne fait pas grand-chose… »
Le constat est le même au niveau de la lutte contre le chômage : 82% des personnes interrogées n’ont pas confiance dans les politiques pour régler le problème. Et le service public de l’emploi apparaît encore moins crédible quand on parle de recherche d’emploi : Pôle emploi est cité seulement par 1% des jeunes répondants comme un moyen de trouver leur premier emploi. A peine plus pour les autres tranches d’âge.

La course à la productivité mise en cause
Face à ce tableau un peu sombre, les intervenants présents lors du débat de lundi étaient à peu près unanimes. La course à la productivité, à la rentabilité du travail, entraîne une dégradation de la qualité du travail. Mal vécu par les salariés qui ont envie de bien faire, la baisse de la qualité du travail a des conséquences désastreuses : moins de temps pour faire le même boulot, plus de pression, des systèmes d’évaluation pilotés d’en haut… Les salariés en souffrent : burnout, tentatives de suicides, stress, insomnies et arrêts maladies se multiplient. Mais pour Yves Clot, psychologue du travail « c’est bien le travail qui est malade, pas les salariés ».
A travers les témoignages des auditeurs, lus sur scène par Ariane Ascaride et Philippe Torreton, le monde du travail apparaît effectivement comme une machine qui s’emballe, parfois jusqu’à l’absurde. Comme dans les Temps modernes de Charlie Chaplin qui illustre la couverture du livre synthétisant l’enquête de Radio France.

Comment faire alors pour transformer le travail ? Chaque mouvement politique avance des pistes. Un « contrat de génération » pour faciliter l’embauche des jeunes et le maintien dans l’emploi des seniors du côté du candidat socialiste qui propose aussi une notation sociale des entreprises. Du côté des écologistes, Cécile Duflot avançait elle l’idée d’un « malus temps partiel » pour les entreprises et une révolution écologique de l’économie qui pourrait créer un million d’emplois. Mais le vrai problème (et la solution) est ailleurs.

Peu ou pas de démocratie dans l’entreprise
Pendant les débats, tous les intervenants ont reconnu que la démocratie en entreprise restait à construire. Et que justement, pour régler le problème de la « qualité empêchée » du travail, il valait mieux demander leur avis aux salariés eux-mêmes. Or, d’après les nombreux témoignages des auditeurs et les questions dans la salle du théâtre de Jean-Michel Ribes, il est aujourd’hui très difficile pour les salariés d’exprimer leurs avis librement. Sauf peut-être dans les PME où la communication est plus « directe », comme le soulignait Jean-François Roubaud, président de la CGPME.

Le slogan « travailler plus pour gagner plus » ne remporte plus les suffrages

Dialogue social et changement concerté seraient ainsi les maîtres-mots d’une transformation collective du travail. Et pour réduire l’écart entre le travail prescrit (celui qu’on demande aux salariés) et le travail réel (celui qu’ils sont matériellement capables de faire), il n’y a pas 36 solutions. Il faut partager le travail. Pour Pierre Larouturou, la solution, expérimentée avec succès dans l’entreprise Mamie Nova par exemple, c’est la semaine de quatre jours.
Réduire le temps de travail pour le partager et créer de l’emploi… On en revient à l’éternel débat sur la réduction du temps de travail. D’ailleurs, dans l’enquête Radio France, un autre chiffre mérite d’être signalé : 74,5% des personnes interrogées se disent favorables aux 35h. Il serait peut-être temps d’en reparler ? A condition de sortir du débat politique caricatural qu’on a eu à ce sujet. Cela signifie aussi en termes plus politique que le fameux slogan « Travailler plus pour gagner plus » ne fait plus recette. Seulement 4% des personnes interrogées y adhèrent encore. « Travailler autant pour autant d’argent, mais travailler avant tout » remporte plus de suffrages : 51,2%, soit une courte majorité.

Les résultats complets de l’enquête sont disponibles sur le site de Radio France où on peut aussi consulter les témoignages des auditeurs. Le livre « Quel travail voulons-nous » est lui aussi disponible depuis lundi. (Editions les Arènes, 250 pages, 18,50 euros).

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Commentaires
  1. Laurent RODRIGUEZ
    25 janvier 2012 - 12h42

    @FmR,

    Merci pour ce feedback sur cette enquête passionnante ! Dont les résultats sont certes parfois un peu sombre… Mais avec de vrais espoirs (notamment sur le partage et l’épanouissement) et bien souvent à contre pied de nos politiques qui ne savent qu’être dans la caricature et la posture… D’ailleurs, que peuvent-ils comprendre au monde du travail ? Vu qu’ils n’y participent pas activement !
    Quand à la démocratie en entreprise, c’est un vrai sujet de fond et certainement un des enjeux des années à venir ! Car là, le retard est grand, très grand…

    Au plaisir d’échanger avec toi sur ce thème.

  2. FmR
    25 janvier 2012 - 13h10

    Merci de ton commentaire Laurent. Je partage ton point de vue sur l’éloignement malheureux des politiques par rapport à la réalité sociale. J’espère que pour la présidentielle ils parviendront à élever le débat, notamment sur les temps de travail et la démocratie en entreprise. Au plaisir de te lire et d’échanger aussi avec toi !

  3. Pierre-Antoine
    25 janvier 2012 - 17h19

    FmR, ce reportage sur cette journée évènement « Quel travail voulons-nous ? », plutôt cet après-midi de débats, témoignages, tables rondes, films… au Théâtre du Rond-Point est très riche. Je peux en témoigner. J’y étais présent du début à la fin comme annoncé sur mon blog (« Quel travail voulons-nous ? », la journée évènement du 23 janvier http://acqualin.blog.nordjob.com/in…). Et je peux ajouter que pour moi ce fut passionnant et qu’il y a encore beaucoup à dire à la fois sur l’enquête et sur ce qu’il s’est passé dans la salle Renaud- Barrault (billet à venir sur le blog).

    En fait, ce qui ressort de cette exploration du rapport au travail c’est un rapport à la vie de la cité et à la politique au sens le plus noble du terme. Comment on vit tous ensemble collectivement. Est-ce que l’on accepte le capitalisme d’aujourd’hui et son rapport de classe dominant-dominé qui s’exprime partout et surtout dans le travail avec tous les risques de désagrégation de la société qui y sont liés ? Ou veut-on vraiment changer les choses ? C’est-à-dire le partage des richesses à l’échelle mondiale et ensuite du pays.

    S’il y a eu une once de pessimisme dans cet après-midi, c’est Dominique Méda qui l’a exprimé sur cette question en conclusion du dernier débat. En disant que « le changement serait si grand et si profond avec une si grande remise en cause qu’elle n’y croyait pas ».

    @ + Pierre-Antoine

  4. FmR
    25 janvier 2012 - 17h36

    Merci de ton retour Pierre-Antoine, je ne savais pas que tu y étais dommage qu’on ne soit pas croisés sur place ! J’ai hâte de lire ton billet d’autant que j’ai loupé la conclusion du débat !

  5. Sylve
    25 janvier 2012 - 19h15

    @ FmR
    Merci pour cet excellent retour pour celles et ceux qui, comme moi, n’ont pas pu assister à cet événement. Je suis assez d’accord sur les divers commentaires car je constate, au fil des formations que je délivre sur la prévention des risques psychosociaux, que beaucoup de personnes sont, ou ont été, en souffrance au travail et qu’elles aspirent de plus en plus à l’épanouissement et à plus d’équilibre vie privée-vie professionnelle. D’autant que le temps de travail se trouve aujourd’hui de plus en plus décalé avec des surcharges de travail de plus en plus conséquentes, alors que d’autres peinent à trouver un emploi. Les outils de communication (courriels professionnels à la maison etc…) permettent d’être joignables à tout moment etc… Cela doit faire l’objet effectivement d’un vrai débat politique et citoyen ! Cela fait des années que je me bats sur ce sujet par l’intermédiaire de mon blog et aujourd’hui de mes formations en prévention, espérons que dans quelques années mon blog devienne obsolète et mes formations inutiles…

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