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Belgique : des salariés se font implanter une puce électronique sous la peau

Implanter une puce électronique dans le corps de ses salariés, un peu comme dans celui de son animal domestique… C’est la proposition insolite qu’a fait le patron d’une entreprise belge spécialisée dans le marketing digital à ses salariés fin 2016. Huit employés se sont portés volontaires et se sont fait implanter une puce électronique sous la peau.

Une identification sous-cutanée qui leur permet de passer les portes de l’entreprise sans badger et d’activer automatiquement leur ordinateur. Rien de plus qu’un « projet ludique » pour le porte-parole de NewFusion Vincent Nys, interviewé par l’agence de presse Belga. De son côté, le Président de la ligue des droits de l’Homme belge Alexis Deswaef interrogé par rtbf s’inquiète des dérives possibles d’un tel système pour la vie privée des salariés.

Big Brother is watching you !

Ce dernier voit à travers ce puçage humain la possibilité pour l’employeur de fliquer ses employés. La puce contient en effet des données personnelles sur l’employé qui la porte, ce qui préoccupe particulièrement Alexis Deswaef :

« C’est un réel danger. On flique dorénavant les employés au plus profond de leur chair »

Selon lui, c’est même plus que cela : « C’est un outil de contrôle total. On peut savoir à quelle heure l’employé a commencé son service, quand celui-ci a pris sa pause cigarette ».

« Un iPhone est dix fois plus dangereux qu’une puce » 

Vincent Nuys, le porte parole de NewFusion, se veut pourtant rassurant : « Personne n’est obligé, il s’agit en fait d’un projet ludique : l’idée provient d’un collaborateur qui oubliait souvent son badge. […] Le public réagit avec inquiétude et incompréhension, ils ont un sentiment de ‘big brother’. Mais je crois qu’un iPhone est dix fois plus dangereux qu’une puce. »

Voir le reportage d’RTBF sur la société NewFusion

Juste « faciliter la vie des salariés »

L’investissement s’élève à 100€ par employé pour l’entreprise. La puce, de la taille d’un grain de riz, a été implantée sous la peau de huit employés volontaires, plus exactement entre le pouce et l’index. « Cette technologie offre de nombreuses possibilités », explique le porte-parole de NewFusion. Elle est en effet « dotée d’une mémoire, ce qui permet d’y insérer des cartes de visite. Si vous placez un smartphone devant, vous pouvez transmettre vos données de contact immédiatement à quelqu’un » précise-t-il.

Grâce à ce dispositif, NewFusion espère gagner en productivité en facilitant les déplacements de ses employés, et en leur évitant de perdre du temps à chercher leur pass, à badger ou à allumer leur ordinateur. Elle devrait également réduire ses coûts liés à la perte des badges.

Pas sûr que l’agence de communication et de marketing digital trouve un réel intérêt économique à l’implantation de ces puces dans le corps de ses employés, mais en attendant, elle s’est octroyée une bonne campagne de communication.

Une technologie déjà appliquée au travail

L’initiative n’est pas nouvelle puisqu’en avril 2016, le groupe Sanofi avait équipé ses 3000 employés de Gentilly de puces électroniques RFID –  une technologie d’identification par radiofréquence – officiellement afin de « collecter des données anonymisées sur l’utilisation des locaux ». Il ne s’agissait pas là d’une implantation dans le corps humain, mais d’avoir la puce sur son porte badge. Des puces traçant le moindre déplacement des salariés, de leur entrée à leur sortie de l’entreprise en passant par les toilettes ou la salle de pause.

En 2015, dans l’entreprise suédoise Epicenter, 450 des 700 salariés avaient accepté volontairement l’implantation du même type de puce RFID sous leur peau, ce qui leur permet d’accéder aux locaux et d’utiliser la photocopieuse d’un simple geste de la main. Il serait intéressant de savoir ce qu’ils en pensent après 2 ans d’utilisation.

L’humain connecté : entre inquiétudes, engouement et avancées

Elargie à d’autres champs que le travail, l’utilisation de puces RFID comporte de nombreux bénéfices. Aux Etats-Unis, un ingénieur a par exemple inventé les armes intelligentes en concevant un fusil d’assaut qui ne répond qu’à son propriétaire grâce à un implant RFID, dans un objectif de sécurité.
Le suédois Hannes Sjöblad, biohacker fondateur du collectif de bio-curieux BioNyfiken et adepte de l’implant électronique, explique ainsi : « Je peux ouvrir les portes de mon bureau, entrer dans ma salle de sport, cumuler mes points fidélité chez divers commerçants d’un simple geste de la main. Je n’ai plus à me préoccuper de bien avoir avec moi mes clés, mes cartes, etc. ». Pour lui, l’exploitation de cette technologie dans le domaine médical promet également des avancées intéressantes : enregistrer l’activité physique, faire une analyse de données multiples et détaillées ou encore délivrer très rapidement des informations essentielles sur le porteur en cas d’accident…

Un drôle de mode sévit également depuis quelques années : l’implantation de puce sous-cutanée lors d’une « implant-party ». En juin 2015, le journaliste du Point Guillaume Grallet a testé l’évènement lors du festival Futur en Seine à Paris. Il s’est ainsi fait injecté, entre le pouce et l’index, une puce NFC de la marque Dangerous Things ! encapsulée dans un tube long de 12 millimètres et large de 2 millimètres. Son témoignage est drôle : il signe un « contrat d’implantation » et un chèque de 80 euros, intègre sur sa puce des informations personnelles (nom, groupe sanguin, personne à contacter en cas d’urgence), s’inquiète des hackers, se demande s’il va devenir bionique…

Appliquée au travail, l’utilisation des puces reste à démontrer tant elle peut encore être remplacée par des technologies moins intrusives. Et avec les puces, quid du droit à la déconnexion ? Une chose est sûre : l’implantation de ce type de technologies sous la peau des travailleurs n’a pas fini de susciter le débat.

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