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Apprendre à ne pas être indispensable, tout un art

Certains d’entre nous finissent l’année avec des jours de vacances non pris, et ce phénomène est particulièrement répandu chez les salariés américains. Pourquoi est-ce donc si difficile de lâcher prise et de prendre du temps pour soi ? Parce que personne ne nous a jamais enseigné cette compétence élémentaire…

Pourquoi diable craignons-nous tellement de laisser une partie ou l’ensemble de nos tâches à d’autres pour un temps ? Il y a bien sûr les raisons habituelles : l’inquiétude de perdre son emploi, la culpabilité de prendre des congés alors que personne d’autres ne part… Mais il y a également une croyance bien ancrée dans l’esprit des salariés et des managers : « Nous aimons penser que si nous sommes partis, l’entreprise ne fonctionnera pas aussi efficacement » explique Jeffrey Pfeffer, professeur de comportement organisationnel à la Stanford Graduate School of Business.

Selon un sondage mené en 2015 aux Etats-Unis par le spécialiste du recrutement de cadres Korn Ferry, 67 % des dirigeants américains avaient soit reporté ou annulé les plans de vacances en raison des demandes au travail, et 57 % n’avaient pas l’intention d’utiliser leur temps de congé alloué. Chaque nouvelle année, de nombreux américains se lamentent ainsi des jours de vacances qu’ils n’ont pas utilisés l’année précédente… Alors que dans des pays européens comme l’Autriche, l’Allemagne et la France, les travailleurs bénéficient de 30 jours de repos par jour ou plus et les utilisent !

De l’incapacité à déléguer…

Beaucoup de salariés ne prendraient pas tous leurs jours de congés du fait de leur incapacité à déléguer. Selon John Hunt, professeur de London Business School, seulement 30% des managers pensent qu’ils « délèguent bien ». Les salariés pensent quant à eux que seulement 33% de leurs managers savent réellement déléguer. « Nous ne savons pas comment gérer nos propres équipes sans nous » analyse Jeffrey Pfeffer.

Pourquoi sommes-nous si mauvais à déléguer ? Tout simplement parce que « nous ne voulons pas le faire » explique le chercheur. Il est en effet dans la nature humaine de penser que les tâches sur lesquelles nous travaillons sont correctement réalisées du fait de notre travail. Une étude a révélé par exemple que vous parierez davantage sur tel ou tel jeu au casino si vous êtes le seul à y jouer. Pour le professeur Pfeffer, « c’est l’illusion du contrôle. Nous pensons que tout ce dans quoi nous sommes impliqués est mieux réalisé grâce au travail que l’on a fourni ».

« Travailler à vivre » vs « vivre au travail »

Un principe particulièrement vrai aux États-Unis. Alors que les firmes américaines et leurs dirigeants mettent davantage l’accent sur les efforts individuels, en Europe et au Canada, c’est le collectif qui prime, considéré généralement comme plus important pour le succès de l’entreprise que n’importe quel individu. Selon Rick Lash, senior partner chez Korn Ferry Toronto, les Européens prônent des valeurs différentes : ils « travaillent à vivre » là où les Américains « vivent au travail ». Aux États-Unis, les réussites individuelles sont en effet encouragées dès le plus jeune âge et sont régulièrement « célébrées » tout au long de la vie.

Ne pas prendre de congés a plus d’impact que vous ne le pensez

Ne pas prendre ses vacances a des conséquences négatives sur la productivité du salarié, et ainsi sur la performance de l’entreprise et plus globalement sur l’économie du pays. Au Japon par exemple, les salariés ont en moyenne droit à 20 jours de congés mais la plupart n’en prennent qu’une dizaine. Ce surinvestissement au travail amène de nombreux actifs au burnout voire carrément au « karoshi » , soit la mort d’avoir trop travaillé. Face aux conséquences néfastes sur la santé des japonais et pour relancer la consommation, le gouvernement japonais réfléchi à la possibilité d’imposer carrément aux actifs du pays de prendre un minimum de jours… un comble ! Tout aussi sérieusement, selon une autre étude, en France, le coût caché du présentéisme représenterait entre 14 et 25 milliards d’euros par an dans le monde alors que l’absentéisme ne coûterait « que » 7 milliards aux entreprises et 9 milliards à l’Etat.

Si vous faites partie de cette catégorie de français pour laquelle il est difficile de prendre tous ses jours de congés, remettez-vous en cause et pensez aux impacts sur votre santé mentale, votre productivité, celle de votre entreprise… Voire carrément à la santé économique du pays si cela ne suffit pas !

Source : bbc.com

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