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Post-workism : une société sans travail est-elle possible ?

Métro-boulot-dodo, c’est le quotidien des salariés modernes. Même si ce rythme prête à la critique, il paraît difficile d’en imaginer un autre. Dès l’enfance, on s’y prépare en jouant à « quand je serai grand, je serai… » L’école et plus tard l’université, les centres d’apprentissage et les grandes écoles ont pour obligation de former de futurs employés, chercheurs, médecins, banquiers, ouvriers. Quelle que soit la profession, l’idée reste la même : s’insérer sur le marché de l’emploi. Ceux qui en sont exclus involontairement sont souvent plongés dans le désarroi. Quant aux rares qui ne souhaitent pas jouer le jeu, ils sont considérés comme des marginaux.

Pourtant, cette norme est de plus en plus difficile à respecter. Autour des 10 %, le taux de chômage en France est depuis longtemps endémique.

Trepalium, une série d’anticipation diffusée sur Arte en 2016, imagine un futur où 20 % de la population est en emploi quand les autres 80 %, les zonards, ont pour seul espoir d’être tirés au sort et d’intégrer le « quota d’emploi solidaires triés sur le volet ». Une situation absurde qui amène un des protagonistes à se demander s’il est « vraiment obligatoire de travailler pour avoir le droit d’être quelqu’un ? » Une question que de plus en plus de personnes seront amenées à se poser au cours de leur vie. Les carrières linéaires, sans période de chômage, sont rares. Quant aux jeunes diplômés, ils trouvent un emploi de plus en plus tard et les seniors sont encore trop souvent mis sur le banc de touche. En toile de fond, l’avènement des robots laisse supposer un monde où l’humain n’aura plus qu’à se tourner les pouces. Toutes les professions sont touchées, mêmes celles considérées comme intellectuelles : une intelligence artificielle plus vraie que nature est déjà capable de présenter les informations, les pilotes d’avion ne servent quasiment plus à rien, les chirurgiens sont moins fiables qu’un bras mécanique. Même les artistes sont concernés

Pourtant, malgré tous ces signes avant-coureurs d’une société sans travail, nous construisons encore nos identités sur l’emploi. Ce dernier nous définit et nous classe socialement. Un article de The Guardian rapporte ces mots de Joanna Biggs, un auteur britannique : « Le travail c’est… la façon dont nous donnons du sens à nos vies quand la religion, les partis politiques et les communautés s’écroulent ». Et demain, quand lui aussi aura disparu ?

Post-workism : ils pensent la fin du travail

Dans ce courant de pensée, certains intellectuels imaginent l’ère du post-work, soit le grand remplacement par les robots. Le « post-workism », selon eux, ne doit pas être vu comme un fléau mais au contraire comme une promesse d’un monde meilleur. Une société où l’on travaille moins ou plus du tout serait plus égalitaire, plus agréable, plus réfléchie. Toute l’expérience humaine serait transformée en mieux. David Graeber, le plus connu de ces penseurs, s’est fait connaitre avec un ouvrage sur les « jobs à la con ». Sa thèse : les employés occupent de plus en plus des jobs vides de sens, créés uniquement pour occuper l’humain. Le succès de son livre semble lui donner raison. David Frayne, un jeune universitaire se demande, lui, dans Le refus du travail, qui sont les plus utopistes, ceux qui pensent la fin du travail ou « ceux qui pensent encore que l’emploi continuera comme il est ? » 

Pour appuyer leur thèse, ces différents auteurs rappellent que le travail est une idéologie relativement récente. L’historien Benjamin Hunnicut la date au 16ème siècle avec le protestantisme qui promettait qu’un dur labeur sur Terre conduirait à une meilleure vie après la mort… Ensuite, le capitalisme industrielle du 19ème siècle a posé les bases du management moderne. Mais pour Hunnicut, le travail tel qu’on le connaît aujourd’hui n’est qu’un « accident de l’histoire ». Auparavant, « toutes les cultures considéraient le travail comme un moyen de parvenir à un fin, pas une fin en soi ».

Cette critique a eu un certain écho dans les années 1970. Durant cette décennie, Bernard Lefkowitz, un journaliste américain publiait Pause : vivre sans travail dans le monde du 9h – 17h dans lequel il interrogeait une centaine de personnes ayant toutes quitté leur emploi. Ces témoignages, loin d’être déprimants, montraient qu’une autre voie est possible. Marginaux à l’époque, ils semblent aujourd’hui avant-gardistes. Les anciens hippies voyageant dans leurs combis Volkswagen ont inspiré une nouvelle jeune génération qui aménagent des tiny houses – de petites maisons sur roulettes – pour, entre autres, ne pas s’endetter toute une vie à rembourser un bien et réduire leur impact écologique. Pour eux, l’économie est à bout de souffle et il ne sert rien à de continuer dans cette voie.

Et alors ? Et alors, pour David Frayne, un autre penseur du « post-workisme » : « d’une certaine façon, nous sommes déjà dans une société de la fin du travail. Mais dans une société dystopique ». Et de citer les salariés de bureau qui interrompent leurs longues journées à surfer sur le web en construisant un reporting sur PowerPoint, les micro-entrepreneurs de la gig économie dont le travail n’apporte rien à leur identité, ou encore les habitants déprimés des zones post-industrielles qui ont carrément abandonné l’idée de travailler à nouveau un jour. Vision pessimiste ? La meilleure preuve que l’emploi salarié s’écroule, c’est que ceux qui sont en poste s’y accrochent de peur de ne pas en retrouver un autre ensuite. Ce n’est que le début d’un monde du travail en mutation, où la notion de travail doit être réinventé en questionnant les normes actuelles. Un monde en construction qui accouchera du meilleur comme ou du pire, selon ce que nous en ferons…

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