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Les nouvelles tendances de l’expatriation

Qui sont les expatriés ? Que font-ils ? Où vont-ils ? Et globalement, quelles sont les grandes tendances en matière d’expatriation depuis les années 2000 ? Mode(s) d’Emploi vous propose un condensé des dernières études sur le sujet pour mieux comprendre ce qui motive les Français, jeunes ou moins jeunes, à partir travailler à l’étranger.

expatriation

Les chiffres du Ministère des Affaires étrangères permettent de dresser un tableau assez précis de la communauté des expatriés. Ainsi, entre 1,7 et 2,5 millions de Français seraient établis à l’étranger et ils seraient environ 100 000 à tenter l’aventure chaque année. 8 expatriés sur 10 ont un emploi. Il s’agit donc d’une population fortement active, dont la moitié est âgée de 26 à 60 ans (50,4%, toujours selon le Quai d’Orsay). La communauté des Français à l’étranger compte une part importante de cadres supérieurs (27%). Et l’Europe reste la destination privilégiée pour plus de la moitié d’entre eux (Suisse, Royaume-Uni, Belgique, Espagne, Allemagne, Italie).

Néanmoins, l’expatriation des Français n’est plus la même aujourd’hui qu’il y a 10 ans. En effet, avec crise financière de 2008, l’accélération de la mondialisation, et une économie française à la traîne, de nouvelles tendances se dessinent.

Des départs en hausse, des destinations nouvelles

Selon un récent rapport de la CCI Paris Ile-de-France, la tendance à l’expatriation est en très nette augmentation depuis les années 2000 (+3 à 4% par an depuis 10 ans). En 20 ans, la communauté des français à l’étranger s’est agrandie de plus de 600 000 membres. Et si les pays européens et l’Amérique du Nord attirent toujours autant, de nouveaux pays sont plébiscités par les expatriés.

Ainsi, les pays du Maghreb connaissent depuis quelques années une hausse sensible du nombre d’expatriés français (+ 4% entre 2012 et 2013), même s’il s’agit principalement de populations de retraités. La communauté des expatriés français s’agrandit aussi au Qatar, aux Emirats Arabes Unis, en Asie, en Corée du Sud et en Malaisie. La Birmanie remporte toutefois haut la main la palme des nouvelles tendances. En 2013, communauté française y aurait augmenté de 63,1%, soit 486 expatriés au total ! Si ce nombre peut paraître anodin, il illustre à merveille l’attrait tout récent qu’exercent certains pays émergents.

L’expatriation se féminise

D’après le Ministère des Affaires étrangères, le nombre de femmes ayant souscrit une couverture sociale en leur nom propre a doublé en 10 ans. Et selon une enquête du cabinet PwC, 20% des actifs bénéficiant d’une expérience professionnelle à l’international sont des femmes, alors qu’il y a 10 ans, ce taux n’était que de 10%. Il pourrait même atteindre 27% en 2020.

De femmes d’expatriés, elles sont passées au statut de femmes expatriées. Car le leitmotiv de leur départ vers l’étranger est bien professionnel. « Jusqu’ici, dans 90% des cas, c’est la femme qui plaçait sa carrière entre parenthèses pour suivre son mari à l’étranger mais les choses évoluent. La tendance est plutôt de suivre celui ou celle qui trouve un poste intéressant à l’étranger », indique Sylvaine Emery, directrice des activités internationales d’Humanis, spécialiste de la protection sociale. Une expérience à l’international permet de booster une carrière, particulièrement sur des fonctions de leadership : 80% des actifs de retour d’expatriation bénéficient d’une progression professionnelle immédiate, et pour plus de deux tiers d’entre eux, il y a une augmentation salariale à la clé selon une étude de l’Economist Intelligence Unit.

De manière générale, selon le Ministère des Affaires étrangères, les femmes mènent leurs projets d’expatriation autant seule qu’en couple, un quart d’entre elles est âgé de moins de 30 ans et 4 sur 10 n’ont pas d’enfants. Une récente étude d’HSBC confirme qu’il s’agit d’une population de plus en plus jeune et autonome, qui privilégie les pays asiatiques pour faire progresser leur carrière.

Néanmoins, les femmes souhaitant s’expatrier se heurtent encore et toujours aux stéréotypes et aux discriminations. Or il s’avère que les femmes candidates à l’expatriation sont aussi diplômées que les hommes si ce n’est plus, et tout aussi compétentes. Dans certains pays, être une femme qui occupe un poste à haute responsabilité peut même être un atout de taille dans les négociations, comme l’explique dans un article l’universitaire Olivier Mérignac. Ces préjugés demeurent encore un frein à l’expatriation des femmes. D’autre part, une fois sur place, ces dernières restent confrontées aux écarts de salaires et certains secteurs restent réservés aux hommes (construction, ingénierie, etc.).

Panorama de l’expatriation au féminin

Les seniors aussi se lancent dans l’aventure

Selon le Ministère des Affaires étrangères,15,3 % des expatriés français seraient âgés de plus de 60 ans (contre 14 % en 2014). C’est donc un peu plus de 250 000 seniors qui résident dans un pays étranger et leur population augmente très rapidement (+11,65 % en 2014, +9.2% en 2015). Un bon nombre d’entre eux s’expatrie pour profiter de leur pension au soleil : dans les pays du Sud de l’Europe, du Maghreb, de l’Asie du Sud Est et de l’Amérique Latine.

Mais attention, tous les seniors qui s’expatrient ne sont pas nécessairement des retraités. Ainsi, un quart des seniors vivant à l’étranger se sont expatriés pour raisons professionnelles. La proportion d’actifs chez les seniors est d’ailleurs nettement plus élevée chez les expatriés que chez ceux restés en France. Selon le Quai d’Orsay, il y avait 24% de plus de 65 ans actifs à l’étranger en 2013, contre 2% en France. Ces seniors ont de nombreux atouts en poche. Très mobiles, ils ont moins de contraintes ainsi qu’une plus grande expérience professionnelle et humaine que les jeunes actifs. Néanmoins, les entreprises restent frileuses quand il s’agit d’envoyer leurs seniors à l’étranger. En cause, les nombreux préjugés dont ils sont victimes (manque d’adaptabilité, barrière de la langue, etc.). Ainsi, dans les faits, les actifs seniors candidats à l’expatriation sont souvent des entrepreneurs ou des experts dans leur domaine (consulting, grands comptes…).

Les 12 pays où les retraités préfèrent s’installer

L’exode massif des jeunes diplômés, mythe ou réalité ?

Actuellement, environ 160 000 français âgés de 18 à 25 ans vivent à l’étranger. De 2008 à 2013, leur nombre a augmenté de 14%, selon le ministère des Affaires étrangères. D’après le cabinet Deloitte, 27% des jeunes situaient leurs avenirs professionnels à l’étranger en 2013, alors qu’ils n’étaient que 13% en 2012. En 2014, ce taux était stable, toujours à 27%. Ces chiffres, qui traduiraient le début d’un exode massif des jeunes diplômés, ont à l’époque déclenché une petite polémique en France.

Se basant sur ces constats, la CCI Paris Ile-de-France en a déduit que « l’ampleur du chômage, et notamment celui des jeunes, constitue l’une des explications les plus plausibles à cette accélération soudaine d’expatriation des jeunes qualifiés. On peut y ajouter la chute du moral des français et la morosité « . La CCI a aussi évoqué les problèmes typiquement franco-français, comme certaines formes de discriminations à l’embauche, à l’encontre notamment des jeunes résidant dans en ZUP ou portant un nom d’origine étrangère, ou relatifs aux exigences des employeurs (le fameux « jeune diplômé avec 10 ans d’expérience »).

Mais ce constat doit être nuancé. Pour Deloitte, les jeunes diplômés qui envisagent de s’expatrier sont désormais moins nombreux : 21 % en 2015 contre 27 % en 2014. Si les motivations de ces jeunes sont liées entre autres à la peur de ne pas trouver un emploi en France (53%), le niveau de confiance dans les perspectives de trouver un emploi dans les 6 prochains mois en France remonte peu à peu, passant de 42% en 2014, à 51% en 2015. D’autre part, la volonté d’enrichir son CV (45%) ou d’apprendre une langue étrangère (42%) motivent aussi fortement les jeunes diplômés à partir pour l’étranger.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’une partie des jeunes (un tiers d’entre eux) partent pour l’étranger dans le cadre de leurs études ou d’une années sabbatique. S’expatrier quelques mois dans le cadre d’un stage est d’ailleurs devenu obligatoire pour valider son diplôme dans beaucoup d’écoles de commerce et d’ingénieur. Et il existe aujourd’hui de nombreux dispositifs pour stimuler le départ des jeunes, et en particulier des étudiants : Erasmus, le Volontariat international en entreprise (V.I.E.), et bien sur le célèbre le Programme vacances-travail (PVT).

Au final, s’il est indéniable que la situation du marché de l’emploi en France est l’une des causes de départ chez les jeunes, cela ne doit pas occulter un phénomène tout aussi important et beaucoup moins négatif, à savoir l’essor de la mobilité internationale, qui permet aux jeunes français expatriés, actifs ou étudiants, d’acquérir une expérience professionnelle et humaine qu’ils feront valoir à leur retour en France.

> Faut-il s’inquiéter de la « fuite » des jeunes diplômés à l’étranger ?

Le contrat local : la nouvelle norme

Il y a encore quelques années, le contrat d’expatriation était privilégié. Il accorde notamment de nombreux avantages : logement, employés de maison, véhicule de fonction, prise en charge des frais de scolarité des enfants, prise en charge des trajets aller-retour, prime de retour, etc. Malheureusement, tous les avantages ont un coût conséquent, et les entreprises, dans un souci de réduction budgétaire, se tournent désormais vers le contrat local. En 10 ans, le nombre de contrat d’expatriation a presque été divisé en deux, d’après une enquête du portail de l’expatriation Mondissimo. Aujourd’hui, moins d’un expatrié sur cinq exerce sous contrat d’expatriation. Désormais, la majorité des expatriés est engagée sur place au sein des filiales ou des entreprises partenaires. Les expatriés sous contrat local sont donc rémunérés au plus près des salaires standards du pays d’accueil. Néanmoins, ils bénéficient souvent d’avantages plus ou moins importants, concédés par leurs sociétés (« contrat local plus »).

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