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Négociation salariale : « Les femmes sont modestes et n’osent pas demander »

Anne-Laure Guihéneuf est Responsable du pôle Recherche & Business pour Audencia Business School à Nantes. Dans le cadre de la Chaire RSE, elle a œuvré à la mise en place de NégoTraining qui a déjà permis à plus de 100 femmes de la région nantaise de se former gratuitement à la négociation salariale depuis septembre 2017. Elle nous explique les raisons de cette initiative et les freins psychologiques auxquels les femmes sont confrontées dans le milieu professionnel, dans le cadre de notre série « Tribunes RH ».

Un accompagnement des femmes est absolument nécessaire

Le NégoTraining est une initiative imaginée il y a quelques mois par des acteurs de la métropole nantaise dont fait partie Audencia ainsi que des réseaux économiques et des réseaux de femmes.
L’écart de salaires entre les hommes et les femmes est en moyenne de 23 % en France. Mais ce chiffre évolue selon différents paramètres. Dans les Pays de la Loire par exemple, il atteint 26 % mais est à mettre en parallèle avec les 82 % de femmes qui travaillent à temps partiel contre seulement 18 % des hommes. Cela a un très fort impact sur l’écart salarial. Si l’on s’attache à comparer les salaires à temps de travail et postes équivalents, l’écart se réduit à 13%. On estime par ailleurs à environ 10% les écarts de salaires non expliqués et qui sont dûs uniquement à de la discrimination pure, d’après une étude récente de l’Observatoire des inégalités.

Au-delà de ces constats, les différents acteurs souhaitaient imaginer des actions concrètes avec un véritable effet de levier sur les écarts salariaux. L’exemple est venu de la ville de Boston qui avait lancé le mouvement avec l’initiative Work Smart : cette action vise à former 85 000 femmes à la négociation salariale, soit la moitié de la population active féminine de la ville. Audencia s’est inspirée du projet américain en proposant à une centaine de femmes de la région nantaise un coaching gratuit de 3 heures sur la négociation salariale. Les premiers retours étant très positifs, Audencia a désormais pour objectif d’accompagner 1000 femmes d’ici fin 2018 et 5000 d’ici 2020.

Aborder simplement le salaire ne suffit pas

Les études montrent que les femmes ont plus de difficultés que les hommes à afficher leur ambition et à négocier devant un recruteur. Elles négocient très bien pour le collectif ou pour les autres mais beaucoup moins pour elles-mêmes : elles sont modestes et n’osent pas assez demander.
La formation à la négociation salariale des femmes n’est bien sûr pas le seul levier d’action : il y a un énorme travail à faire en parallèle sur les stéréotypes auprès des entreprises, sujet sur lequel Audencia s’engage également en sensibilisant notamment les dirigeant.e.s et décideurs.euse.s RH.
De plus, bien négocier ne signifie pas évoquer simplement le salaire. L’entreprise peut être parfois dans une situation économique qui ne lui permet pas d’attribuer une augmentation en tant que telle. Par contre, d’autres leviers peuvent être actionnés pour que la salariée et l’employeur.eus.e soient dans un rapport gagnant-gagnant. En effet, la rémunération doit être envisagée de manière globale. Les salariés peuvent négocier d’autres avantages tels que les primes, l’intéressement, une mutuelle, une aide à la garde d’enfants… La flexibilité peut également faire partie de la négociation à travers par exemple du télétravail ou un aménagement des horaires.

Apprendre à se faire confiance

Il y a des moments clés dans une carrière professionnelle. Quand arrive la question de la négociation du salaire, la salariée est, la plupart du temps, soit dans une perspective de mobilité interne soit en entrée ou sortie d’entreprise avec un fort enjeu de négociation. Une fois en poste, les marges de négociation sont plus faibles. Ces moments clés doivent donc ne pas être ratés.

Le marché actuel, dans certains secteurs en particulier, est inondé de candidatures pour un faible nombre de postes. Il est facile de se sentir en position de faiblesse parce que le contexte n’est pas bon. Pourtant, il ne faut pas se sous-estimer et ne pas hésiter à dire en entretien : « Je souhaite que l’on renégocie mon salaire dans 6 mois, un an, etc. ». Les femmes doivent se mettre dans une posture de négociatrice, dans une relation bi-partite avec l’employeur.eus.e. La meilleure façon de s’armer, c’est de bien préparer ses entretiens et de s’entraîner encore et encore. Un tel exercice ne s’improvise pas.

Une femme ambitieuse passera pour une opportuniste

Il y a également des facteurs sociologiques liés aux stéréotypes de genre. Les hommes et les femmes ont très bien intériorisé ce que l’on attendait d’eux et la posture en entretien s’en ressent : les femmes se mettent davantage en retrait. Par exemple, une jeune diplômée sur huit seulement négocie son salaire à l’embauche, contre un jeune diplômé sur deux.  D’une femme ambitieuse on dira qu’elle est opportuniste alors qu’on dira d’un homme qu’il est audacieux.

Une discrimination de genre tout au long de la carrière professionnelle

La parentalité est une cause de discrimination des femmes au travail. La répartition des tâches domestiques est encore très déséquilibrée dans le couple et le congé parental est pris presque uniquement par les femmes. Ainsi, les enjeux autour de cette question sont majeurs. Un père qui prend un congé parental doit aussi affronter le regard des autres.

Mais c’est l’une des raisons qui explique ces écarts salariaux. Une femme qui part en congés quelques mois passe à côté de toutes les promotions internes et des possibilités de mobilité à cause de cette absence. Au contraire, la grande majorité des pères n’ont pas d’interruption majeure au cours de leur carrière. On retrouve aussi cette discrimination au moment de la retraite avec 40% de revenus en moins pour les femmes. Deux études anglo-saxonnes confirment d’ailleurs un chiffre alarmant : sur l’ensemble d’une carrière, les femmes gagnent en moyenne 400 000 € de moins que les hommes. Il est donc plus qu’urgent que le principe de l’égalité salariale, pourtant inscrit dans la loi depuis 45 ans, soit réellement appliqué, et devienne l’affaire de tous.

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