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Egalité H/F en entreprise : le gouvernement pointe du doigt les mauvais élèves

Utiliser le « name and shame » pour inciter les entreprises à appliquer l’égalité entre hommes et femmes était une promesse d’Emmanuel Macron : c’est chose faite ! La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa a rendu public le nom de deux entreprises qui ne s’étaient pas présentées à la demi-journée gratuite de sensibilisation offerte par l’Etat, à laquelle étaient conviées les 10 entreprises du SBF 120* les moins bien classées au palmarès de la féminisation des instances dirigeantes. Un coup de com’ réussi pour une solution radicale, mais quelque peu simpliste pour certains observateurs.

Le « Name and shame » du Secrétariat d’Etat

Le « Name and shame » est une pratique anglo-saxonne qui consiste à nommer et couvrir de honte le fautif. Elle est notamment utilisée par certains juges ou shérifs américains pour punir les délinquants ou les maris violents, les obligeant à déambuler en ville, devant les passants, avec une pancarte d’excuses…

Chaque année, le baromètre Ethics and Boards classe les entreprises du SBF 120 les plus exemplaires en matière de féminisation de leurs instances dirigeantes et de politique en faveur de la parité. Les 10 entreprises du SBF 120 les moins bien classées au palmarès ont été conviées à participer à une demi-journée de sensibilisation à l’égalité professionnelle gratuite dans les locaux même du Secrétariat d’Etat. Elles ont pu avoir un temps d’échange avec les représentants de 3 entreprises exemplaires : L’Oréal, Carrefour, et la société foncière Gecina, la plus vertueuse du baromètre 2016.

Deux entreprises industrielles épinglées

8 entreprises ont ainsi répondu présentes à l’invitation, 2 ont fait la sourde oreille malgré les invitations « réitérées » de la Secrétaire d’Etat. « L’égalité […] est inscrite dans le préambule de notre Constitution : c’est une valeur fondamentale de la République Française » leur a rappelé dans un communiqué la secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa.
Qui sont ces entreprises ? Il s‘agit de Sartorius Stedim Biotech (SSB) et Maurel & Prom. Un fournisseur d’équipements pour l’industrie pharmaceutique et un fabricant d’hydrocarbures. Présence en bas du classement, absence remarquée à la demi-journée de sensibilisation… Les deux entreprises sont « dans le collimateur » de la Secrétaire d’Etat pour leur inaction.

« Les entreprises étrangères n’ont aucune obligation de respecter la loi »

Mais « sur les principes d’égalité hommes femmes, les entreprises étrangères du SBF 120 n’ont aucune obligation de respecter la loi Copé-Zimmermann » rappelle Michel Ferrary, Fondateur de l’Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises. Le chercheur rappelle en effet que Nokia, ArcelorMittal, LafargeHolcim ou encore ST Microelectronics, convoquées à la journée de sensibilisation, ne sont pas de nationalité française.
Autre problème de taille selon le chercheur : le secteur d’activité de ces entreprises, qui rend difficile toute féminisation quelle qu’elle soit. La diversité dans les entreprises dépend également des choix de formation des hommes et des femmes ainsi que de leurs choix professionnels rappelle le professeur. Et c’est la toute la complexité de la féminisation des entreprises et des instances dirigeantes. « Ce sont pour l’essentiel des entreprises industrielles qui emploient majoritairement des ingénieurs. Or leur diplôme d’ingénieur en poche, les jeunes femmes ne veulent pas nécessairement aller travailler dans des entreprises de l’industrie lourde comme Arcelor ou Lafarge » analyse Michel Ferrary.
Il n’empêche que ces entreprises pourraient mener plus d’actions en matière d’égalité salariale ou leur permettant de devenir plus attractives pour les jeunes femmes…

Agir dès la scolarité

Alors que faire ? Pour le fondateur de l’Observatoire Skema, il faut absolument inciter les femmes à choisir davantage les études d’ingénieur, en augmentant notamment les effectifs d’étudiantes des meilleures grandes écoles publiques. Pour lui « il faudrait aussi regarder de plus près les entreprises qui emploient beaucoup de femmes dans leur encadrement et très peu dans leur comité de direction. Dans ce cas, on peut parler d’un plafond de verre contre lequel l’entreprise ne fait pas grand-chose ». Depuis 2008, l’Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises publie chaque année les chiffres de l’évolution du pourcentage de femmes dans les effectifs et l’encadrement des 62 plus grandes entreprises privées françaises (CAC40 + CAC Next 20).

L’égalité, grande cause du quinquennat Macron

Depuis la fin 2012, les entreprises qui n’ont pas négocié d’accords ou présenté un plan d’actions en faveur de l’égalité H/F sont passibles de sanctions financières pouvant aller jusqu’à 1% de la masse salariale. 116 pénalités ont ainsi été infligées en 2016 selon le gouvernement, pour un montant global de 613 000 euros. Pour certaines, il reste moins coûteux de payer ces pénalités que de mettre en place une politique d’égalité, qui plus est pour les entreprises du secteur industrielle, très masculin et peu attractif pour les femmes. D’où la mise en place du « name and shame » par le gouvernement. « L’égalité femmes-hommes sera annoncée début octobre grande cause du quinquennat d’Emmanuel Macron » a affirmé Marlène Schiappa au micro d’RMC. On attend donc la suite.

(*L’indice SBF 120 (pour Société des Bourses Françaises) est un indice boursier sur la place de Paris regroupant les valeurs regroupe les valeurs du CAC 40 et du SBF 80.)

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