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Micro-entrepreneurs : 10 ans après, quel bilan ?

Premier billet d’une série d’article sur les free-lances, nous revenons ici sur le statut des micro-entrepreneurs, anciennement auto-entrepreneurs. Par la suite, nous donnerons la parole à des actifs qui, par choix ou par contrainte, ont décidé de monter leur petite entreprise pour se dégager un complément de salaire à leur activité en CDI ou tout simplement pour « faire autre chose ».

Un succès trompeur ? Alors que l’auto-entrepreneuriat (AE) fête ce mois-ci ses 10 années d’existence, il attire toujours autant les actifs en mal d’entreprendre. Fin 2017, près d’1,2 million de Français exerçaient sous ce statut, avec une hausse des immatriculations de plus de 12 % en 2018. Qui sont ces micro-entrepreneurs, du nom de leur nouveau statut ? Leurs petites entreprises ont-elles résisté à la crise ? Quelles activités exercent-ils ? Vivent-ils uniquement de leur société ? Et pour quels revenus ?

Outre le salaire qui, on le verra, n’est pas vraiment au rendez-vous, l’AE soulève d’autres questionnements liés à l’absence de contrat de travail et à la façon dont les plateformes digitales « utilisent » cette main-d’oeuvre bon marché. Ce que l’on nomme aussi l’ubérisation de l’économie… 10 ans après leur apparition, un bilan bienvenu des micro-entrepreneurs.

Un chiffre d’affaires faible…

14 078€. C’est le montant moyen annuel réalisé par les 1 183 000 micro-entrepreneurs. Une somme relativement faible et qui cache de grandes disparités. Seulement 61% de ces chefs d’entreprise réalisent en effet un chiffre d’affaires positif, soit environ 730 000 personnes. Et selon l’Insee, fin 2017, les micro-entrepreneurs ont réalisé un chiffre d’affaires moyen de 3 664€ au dernier trimestre, environ 1 200€ par mois.

Et un revenu médian quasi nul !

En toute logique, le salaire dégagé par les micro-entrepreneurs n’est pas élevé. Toujours selon l’Insee, le revenu médian des petits patrons s’élève à seulement 250€ mensuels, après paiement des charges. Ce qui signifie que la moitié d’entre eux gagnent plus que cette somme et l’autre moins. L’on sait également que les 25 % les plus pauvres perçoivent moins de 70€ par mois et les 10 % les plus riches 1 160€. Si ces chiffres datent de 2015, ils n’ont que peu évolué : en 2017 la hausse du chiffre d’affaires des micro-entrepreneurs n’a été que de 7 %.

Dépendance au salariat et espérance de vie limitée

Au vu de leur très faible rémunération, 30 % des micro-entrepreneurs sont aussi des salariés qui complètent leur revenu. Mais pas très longtemps… En effet 5 ans après leur immatriculation, seulement 23 % des auto-entrepreneurs sont encore actifs sous ce régime. De même, un an après seulement la création de leur entreprise, 53 % d’entre eux n’étaient plus actifs. Un chiffre particulièrement élevé : pour une entreprise classique ce taux n’est que de 5 % et de 15 % pour les entreprises individuelles traditionnelles.

Tous les secteurs d’activités ne sont pas concernés de la même manière. La proportion d’abandon est beaucoup plus élevée dans le commerce ou le transport, par exemple, que dans la santé ou l’enseignement. Un autre facteur joue sur la durabilité de l’entreprise : l’âge de son créateur. Selon l’Insee, plus celui-ci est âgé, plus les chances que son activité perdure sont élevées. Le fait que ce soit une activité principale et non secondaire joue également dans ce sens.

L’ubérisation de l’économie ou la fragilité des micro-entrepreneurs

L’ubérisation de l’économie, comme son nom l’indique, n’est pas née avec le micro-entrepreneuriat. Ce statut a en revanche facilité son essor. On peut voir ce phénomène comme un mal pour un bien : alors que les actifs rêvent de monter leur société et ne plus avoir un seul emploi à vie, le micro-entrepreneuriat permet d’exercer plusieurs métiers en simultanée. Mais les modèles sociaux, juridiques et fiscaux sur lesquels reposent une bonne part de notre protection sociale et de notre financement des retraites, ne suivent pas le mouvement. Sans parler de tous les secteurs traditionnels de l’économie qui sont fragilisés par l’arrivée de nouveaux acteurs qui ne sont pas soumis aux mêmes règles, fiscales particulièrement. Mais les plateformes (type VTC ou livreurs à vélo) de mise en relation entre professionnels et particuliers, et qui se rémunèrent sur chaque course ou transaction, vont peut-être devoir revoir leur modèle économique. Les Etats cherchent de plus en plus à encadrer leurs pratiques et à mieux protéger la main d’oeuvre nécessaire aux plateformes. Dans un récent rapport, l’Organisation Internationale du Travail estime que l’ubérisation entraîne un « travail parfois mal rémunéré, souvent au-dessous du salaire minimum en vigueur, [sans qu’] aucun mécanisme officiel [ne soit mis] en place pour lutter contre les traitements inéquitables ». Et de demander une régularisation internationale de ces plateformes.

En France et ailleurs, la justice commence à rendre des jugements en faveur des professionnels qui travaillent pour Uber et cie. Les Prud’hommes de Nice ont ainsi appuyé une récente jurisprudence de la Cour de cassation qui a requalifié en contrat de travail la relation qui liait le livreur de vélo et la plateforme de livraison. En effet, les plateformes ne paient pas de cotisations sociales puisqu’elles font appel à des micro-entrepreneurs. Seulement, nombre d’entre elles ne font plus appel à ces entrepreneurs quand ces derniers décident de travailler pour la concurrence. De fait, les 6 livreurs recevront plus de 20 000€ au titre d’un rappel de salaires et de jours de congés. Récemment, en Espagne, un livreur a également obtenu un contrat de salarié. De nombreux observateurs se demandent ainsi si ces décisions de justice pourraient sonner la fin de l’ubérisation de nos sociétés. Parler d’un encadrement de leurs pratiques serait sans doute plus juste…

Crédit photo Istock

 

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