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Une « maison de repos » pour les victimes d’un burnout

Au coeur du Limousin, l'association "Au temps pour toi" accueille des personnes victimes d'un burnout et les aide à se reconstruire. Ils y résident plusieurs semaines ou plusieurs mois.

La vie à la maison est très simple et permet aux victimes d'un burnout de s'y reposer. (Getty Images)

« Le burnout, c’est une overdose de travail », lance Jean-Baptiste van den Hove, co-fondateur de la maison Au temps pour toi, située dans le Limousin. Victime d’un épuisement professionnel, il a fondé cette association unique en son genre. « Cadre dynamique aux dents longues », comme il se présente, il s’est effondré un beau jour de semaine, en 2012. Trois ans plus tard, il crée Au temps pour toi pour répondre aux besoins des victimes d’un burnout. Depuis, malheureusement, la demande explose. Interview.

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Quel est l’historique de « Au temps pour toi » ?

L’association est née de mon parcours. En 2012, après une année dans les télécoms belges à bosser 7 jours sur 7, mon corps a fini par lâcher. Je me suis réveillé un jour en pleine crise d’angoisse. Les jours d’après je ne dormais plus. Je suis vite devenu un zombie, j’ai perdu 10 kilos et un psy m’a finalement arrêté de force. Je cherchais des solutions pour m’en sortir mais en Belgique, comme en France, le burnout n’est pas reconnu. J’ai vite compris que les médicaments ne suffiraient pas à m’aider. Face au manque de structure, je me suis alors tourné vers une association pour anciens toxicos. Je souhaitais être entouré de gens, faire des activités au calme, comme couper du bois. Je m’y suis rendu pendant 14 mois. J’y ai beaucoup appris et notamment que, comme eux avec la drogue, mon excès de travail était une fuite en avant.

J’ai ensuite rejoint, pendant un an, une autre association pour personnes handicapées mentales. Je me suis reconstruit au contact des autres, grâce à leur soutien mais aussi en prenant soin d’autrui. Ça a été un long chemin, qui aurait pu être raccourci au sein de structures adaptées au burnout. C’est ce qui m’a conduit, en 2015, à déposer les statuts de l’association. En parallèle, j’ai rencontré des professeurs, des DRH, des psys, etc. pour mieux comprendre le burnout. On a ensuite pris une maison en location et commencé à accueillir des gens.

Qui se rend à la maison et pour y faire quoi ?

Tout le monde peut se rendre à l’association, il n’existe pas de profil-type, le risque de burnout pouvant toucher n’importe quelle personne soumise à la pression du résultat. Seulement, comme nous ne disposons que de quatre chambres, nous faisons en sorte que les personnes présentes puissent toutes vivre sous le même toit. Nous évitons aussi les personnes présentant des troubles psychologiques que nous ne pourrions pas prendre en compte.

Il n’y a pas non plus de formule au sein de la maison, nous ne fonctionnons pas sous forme de stage par exemple. Les gens nous appellent et nous les hébergeons ensuite pour trois semaines minimum mais chacun est libre de rester aussi longtemps qu’il le souhaite. En moyenne, les personnes restent un mois et demi mais ça peut aller jusqu’à plusieurs mois.

Au quotidien, le but est de les laisser prendre leur temps, au maximum. Tout est fait pour qu’ils se relâchent, qu’ils vivent l’instant présent et se reposent dans un environnement bienveillant. La maison se situe en pleine campagne, il y a des poules, un jardin, des moutons, il est possible de se balader, d’aller à la ferme des voisins, de bouquiner, ne rien faire.. C’est volontairement très simple. Seules obligations : les trois repas qui sont à heures fixes et suivre les deux séances quotidiennes de méditation pleine conscience. Globalement, nous offrons un environnement chaleureux et invitons les personnes présentes à prendre leur temps et à accepter qu’il faut du temps pour se reconstruire.

Comment accompagnez-vous ces personnes pour l’après ?

Nous ne sommes pas là pour dire aux gens : « Faites ceci ou cela ». Nous ne sommes qu’un maillon. Au sein de la maison, ils trouvent un filet de sécurité, un répit qui les aide à remonter la pente. C’est ensuite qu’ils peuvent se projeter dans l’après et réfléchir à ce qu’ils veulent faire. Ce qui est certain, c’est que beaucoup de personnes qui passent ici changent de vie ensuite, se reconvertissent.

Combien de personnes avez-vous hébergé depuis la création de Au temps pour toi ?

Une quarantaine de personnes ont séjourné ici. Et malheureusement, nous cherchons à nous agrandir. Depuis l’ouverture des lieux, nous avons de plus en plus de personnes qui souhaitent venir se reposer à la maison.

Question pratique : combien cela coûte ?

L’association vit principalement des dons sinon les frais seraient bien trop élevés pour les personnes. En fonction de leur situation, certaines personnes seront accueillies gratuitement, d’autres s’acquitteront d’un montant pouvant se situer entre 40 et 60€ par jour. C’est une moyenne, tout dépend, je le répète, des moyens de chacun. Nous avons pleinement conscience que tout le monde ne peut pas s’offrir nos services. C’est une une des raisons pour lesquelles il est important de reconnaître le burn-out. Notre maison, comme d’autres, pourrait ensuite accueillir davantage de monde et faire baisser les prix. C’est aussi pourquoi nous faisons appel aux dons, afin d’accueillir ceux qui ont le moins de moyens. Enfin, pour faire taire les critiques, je tiens à souligner que l’ensemble du personnel est payé au Smic et qu’il n’y a aucun enrichissement personnel…

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