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Mais au fait, c’est quoi le bien-être au travail ?

Pas une entreprise qui n’en fasse un argument de vente. Cours de sport, bureaux design, cantines bio, afterwork, séminaires à l’étranger… toutes veulent garder et attirer les meilleurs employés en tablant sur le bien-être au travail. Elles tentent ainsi de s’adapter aux normes popularisées par les startup de la Silicon Valley, dans lesquelles de nombreux salariés rêvent d’évoluer.

Ces dernières seraient l’étalon du cool, du plaisir et du bien-être au travail. Mais cela veut dire quoi, précisément, être bien au travail ? Pour y répondre, nous avons interrogé une avocate, 2 RH et un spécialiste du monde de l’entreprise. Ils nous livrent leurs réflexions.

Audrey Ballu-Gougeon, avocate en droit du travail : 

« Le Législateur français a été novateur dans la prise en compte du bien-être au travail grâce, notamment, aux lois Auroux de 1982 relatives à la lutte contre la discrimination et à l’origine de la création des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Le législateur a ainsi introduit auprès des employeurs des obligations et donc des sanctions en cas de non-respect. Puis la loi a évolué dans les années 2000 vers la prévention des risques physiques, en les évaluant et en trouvant des réponses adaptées (choix des équipements, méthodes de travail et de production) mais aussi les risques psycho-sociaux : relations sociales, mal-être au travail, influence des facteurs ambiants et plus particulièrement le harcèlement moral. Ces cas ont été les plus médiatiquement suivis alors que des entreprises ont pu être condamnées à verser jusqu’à un an de salaire aux salariés harcelés.

Le bien-être au travail a encore plus tard été élargi à la gestion du temps de travail. La loi la plus emblématique est bien sûr celle de la déconnexion au travail datant de 2017. Elle donne la possibilité aux salariés de faire valoir leur droit à la déconnexion en dehors des heures de travail « en vue d’assurer le respect des temps de repos et de congés ainsi que de la vie personnelle et familiale ». L’idée derrière cette loi est d’éviter que les salariés travaillent jusqu’à la surchauffe et qu’il y ait un équilibre vie professionnelle et vie personnelle.

Enfin, il faut rappeler que le bien-être au travail n’est pas une exception française : un accord-cadre européen datant de 2004 indique que les employeurs doivent veiller à ce que les salariés ne soient pas trop stressés. Ce texte généraliste rappelle notamment que « la lutte contre le stress au travail peut entraîner une plus grande efficacité et une amélioration de la santé et de la sécurité au travail, avec les bénéfices économiques et sociaux qui en découlent pour les entreprises, les travailleurs et la société dans son ensemble« .

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Denis Pennel, auteur du livre « Travail, la soif de liberté » (Eyrolles, 2017) : 

« Le bien-être au travail est une aspiration plus réaliste et atteignable que le bonheur au travail, concept trop abstrait voire utopiste. Une façon de définir le bien-être au travail est de l’approcher comme étant la réalisation d’un travail réellement humain, soit l’expression de trois dimensions essentielles à satisfaire :

  • Disposer bien sûr de conditions de travail décentes : rémunération digne, horaires de travail permettant de concilier vie personnelle et vie professionnelle, lieu de travail garantissant sécurité et santé de la personne etc. Difficile en effet de se sentir bien dans son travail si ces conditions de base ne sont pas remplies.
  • Avoir une vision claire du sens donné à son travail. Ce sens au travail porte d’une part sur la compréhension de la direction de son cadre professionnel : quelle est la mission, la raison sociale de l’organisation qui m’emploie ? Mais le sens au travail est également synonyme de la signification de son travail : à quoi sers-je, quelle est mon rôle et ma responsabilité au sein de l’équipe, quelle est ma contribution à la réalisation d’une mission collective ? Enfin, le sens répond aussi à l’expression de nos émotions au travail (les 5 sens !) : est-ce que ma personnalité, ma singularité en tant qu’être humain est prise en compte et respectée ?
  • Maîtriser le contenu de son travail. C’est une demande croissante de la part des actifs : au-delà de la possibilité de flexibiliser son temps de travail (temps partiel, horaires décalés) ou son lieu de travail (télétravail, espace de co-working), l’individu au travail aspire à plus de liberté dans l’organisation même de ses tâches à accomplir. Satisfaire cet appétit pour un plus grand contrôle de son travail est une condition indispensable au bien être, car il signifie la fin d’un travail prescrit, coercitif et subordonné ».
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Stéphanie Lecerf, DRH de PageGroup France :

« Que renferme la notion de bien-être au travail ? La question est intéressante et mérite effectivement d’être posée. On se sent bien dans son poste lorsque le travail est valorisé, lorsque l’on est reconnu dans son individualité, dans son entièreté en tant qu’être humain – faillible, de fait -, et accepté tel que l’on est. Je pense que le fait de pouvoir être, sur son lieu de travail, au plus proche de la personne que l’on est en dehors du travail est un élément clé du bien-être au travail. Être libre d’être soi-même est quelque chose de sécurisant. La notion d’inclusion est d’ailleurs indissociable de la notion de bien-être au travail. Comme le démontre le dernier baromètre du Défenseur Des Droits, les personnes victimes de comportements discriminants ou hostiles (sexisme, racisme, homophobie, handiphobie, …) ressentent très souvent également une dévalorisation de leur travail. Autant dire que quand l’inclusion n’est pas là, la notion de bien-être en entreprise s’éloigne…

En réalité, on pourra mettre en place pléthore de procédés et d’actions pour favoriser le bien-être, en agissant sur l’environnement de travail, l’aménagement des postes, la flexibilité ou encore la formation par exemple, un salarié ne se sentira jamais tout à fait épanoui s’il ne peut laisser s’exprimer sa personnalité et son potentiel, s’il n’est pas en phase avec les valeurs ou la vision de l’entreprise et si son management n’est pas bienveillant et inclusif.

Par ailleurs, comme dans la vie privée, le fait de connaître ses objectifs, de s’inclure dans un collectif (sentiment d’appartenance), d’identifier clairement sa contribution aux réalisations favorise l’épanouissement. Et le besoin de s’accomplir, lui aussi, est une composante du bien-être, dans et hors de l’entreprise ».

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Flora Herbet, Responsable RH chez Converteo :

« Selon une étude, 92 % des salariés restent dans une entreprise si l’ambiance de travail est perçue comme bienveillante et conviviale. Pour y parvenir, les entreprises peuvent lever différents leviers : convivialité des rapports, flexibilité du travail (télétravail, horaires aménagés), place à l’initiative, proximité et disponibilité des managers. Elles doivent également prêter attention à l’environnement de travail, à prendre soin des salariés via des bureaux ergonomiques ou encore à leur faciliter la vie avec des services de conciergerie par exemple, mais aussi à assurer un bon équilibre vie pro – vie perso. La rémunération – même si elle ne fait pas tout – doit également être la plus équitable possible.

Le bien-être au travail est devenu un élément central des entreprises car les attentes et les façons de travailler ont évolué. L’idée d’épanouissement au travail est devenu quelque chose de très fort pour les générations actuellement en poste. Le travail doit être un élément de satisfaction à part entière, au même titre que les loisirs, sinon les salariés partent. Toute la difficulté est de réussir à développer et entretenir la motivation sur le long terme. Mais toutes les entreprises n’ont pas les mêmes moyens pour y parvenir. Alors que nous avions mis en place une boîte à idées, une proposition a été faite pour allouer un budget « récompense » dès qu’un projet se termine pour permettre aux collaborateurs de s’offrir ce qu’ils souhaitent. Même si la requête nous a fait sourire, il n’est évidemment pas possible de répondre à toutes les demandes et les initiatives doivent conserver un intérêt pour l’entreprise ».

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