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Les vélotafeurs pédalent pour aller au travail

VelotafeurQu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, ils prennent le vélo pour se rendre au boulot… On les appelle les « vélotafeurs ». Cette communauté, privilégiant un mode de « transport doux » pour les trajets domicile-travail, est de plus en plus importante. Selon l’enquête sur la pratique du vélo en 2012, les vélotafeurs seraient ainsi plus de 1,5 million à enfourcher leur petite reine, plusieurs fois par semaine.

Leurs motivations sont souvent multiples : économiser le carburant ou se passer carrément de la voiture, éviter les bouchons, faire un peu de sport au quotidien mais surtout, polluer moins tout en s’aérant l’esprit.

Un engouement que constate aussi le site www.velotaf.com, lancé en 2006 par Christophe Jobic, qui revendique aujourd’hui près de 12.000 membres. « L’engorgement des villes et des transports en commun, la montée du prix des carburants, le besoin des citadins de se maintenir en forme font réagir petit à petit et amènent tout naturellement à l’alternative vélo » analyse le directeur de Riverside Publications à l’origine du site vélotaf et éditeur du magazine Vélo vert. « En parallèle à cela, la vague des vélos en libre-service (Velov’ à Lyon puis Vélib’ à Paris) a permis à chacun de goûter sans engagement aux déplacements à vélo… Le pas franchi, nombreux sont ceux qui s’équipent alors d’un vélo personnel dédié aux déplacements utiles. Le marché du vélo se porte plutôt bien, notamment grâce aux ventes de vélos urbains et de vélos à assistance électrique ».

Les multiples bienfaits du vélotaf

A écouter les pratiquants, le vélotaf c’est un peu comme une drogue. Quand on commence, on ne peut plus s’arrêter… Il faut dire que se déplacer à vélo est très avantageux. Comme le rappelle l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’énergie), c’est le moyen de transport le plus rapide en ville sur des trajets inférieurs à 6 kilomètres. Plus rapide même que la voiture, avec en prime 700kg de Co2 de moins dans l’atmosphère chaque année pour un trajet de 10km chaque jour. Côté porte-monnaie aussi l’usage de la bicyclette est avantageux pour se rendre au travail : environ 1000 euros d’économies par an pour un trajet quotidien de 5km aller/retour.
Velotafeuse
Mais pour Julien, vélotafeur régulier depuis mars 2012, les bénéfices ne se limitent pas au côté écologique ou économique : « Le temps de trajet est constant en vélo, il n’y a jamais de bouchons. Ça permet de faire du sport, mais surtout de décompresser un peu avant d’arriver à la maison ». Dans l’autre sens de son trajet (6-7km à travers Rennes) cet ingénieur développement constate un autre avantage : « J’arrive plus frais au travail. Fini la tête dans le gaz, je suis opérationnel dès mon arrivée. Mais ça implique une certaine logistique comme une tenue de rechange, du déodorant… « 

Arriver sec et frais au boulot c’est en effet une des préoccupations de pas mal de vélotafeurs. En juillet dernier Rue89 donnait quelques conseils pour éviter ce genre de galères…

Mais quelques gouttes de sueur valent bien le temps et le bien-être gagnés grâce au vélotaf. C’est ce qui a décidé Damien, vélotafeur nantais lassé de passer entre 45 minutes et 2 heures dans sa voiture le vendredi pour un trajet de seulement 8,5 kilomètres. « Rapidement insupportable, l’idée de parcourir ces kilomètres à vélo s’impose à moi, avec deux exigences : obligation d’arriver sec le matin et de pouvoir porter un costume de temps en temps, avec 30 min de trajet maximum, donc 17km/h de moyenne » raconte Damien. Il décide donc d’investir : « J’achète un vélo à assistance électrique à 2000€ en septembre 2010 avec l’aide de 200€ de Nantes Métropole et je viens de franchir les 5000 km avec il y a quelques jours ». Un calcul gagnant pour Damien qui lui a permis de se passer d’une deuxième voiture et de faire un peu de sport au quotidien.

Comment doper la pratique du vélotaf ?

VelotafLes patrons des vélotafeurs y trouvent aussi leur compte. L’un d’eux, interrogé par 20 minutes plaide ainsi la cause de l’employé vélotafeur : « Avec lui, pas de panne de voiture ou de grève des transports. Grâce à ce sport quotidien, il tombe moins souvent malade. Même si nous devons parfois prévoir des temps de parcours plus longs, nous sommes sûrs qu’il arrivera à l’heure. C’est donc le compromis idéal entre la voiture et les transports en commun ».

C’est sans doute pourquoi le plan national vélo, qui vise à doper l’usage quotidien de la bicyclette, milite pour une incitation financière au vélotaf. Un amendement a été déposé dans ce sens par le Sénat, il prévoit « la création d’une indemnité kilométrique pouvant être versée par l’employeur pour inciter ses salariés à se déplacer à vélo, sur le modèle de ce qui existe en Belgique depuis 1999 où elle est fixée à 20 centimes d’euros par kilomètre ».

  • MAJ du 02/06/2014 : le plan vélo mis en place depuis peu en France a inauguré une indemnité kilométrique de 25 centimes par kilomètre. Une mesure expérimentée pour le moment par 10.000 salariés français dans 19 entreprises pilotes.
  • MàJ d’août 2015 : l’indemnité kilométrique est entrée en vigueur le 1er juillet 2015).

Les pays du Nord, nettement plus en avance dans ce domaine, ont inspiré un autre vélotafeur que nous avons interrogé. Farid s’est en effet converti au vélotaf en septembre 2010 après des vacances aux Pays-Bas. Depuis, il utilise son vélo quotidiennement depuis son domicile en Seine-Saint-Denis pour tous ses déplacements professionnels dans l’Est de Paris. Son compteur a dépassé les 10.000 kilomètres, « le quart du Tour de la terre » remarque Farid pas peu fier de sa performance. Lui qui ne se dit pas particulièrement sportif invite tout le monde à s’y mettre. « Je ne faisais jamais de sport avant, donc si je peux le faire, c’est à la portée de tout le monde ». « Pour les trajets entre 5 et 10 kilomètres je recommande le vélo : c’est une mécanique simple avec des frais de réparation modérés » ajoute Farid, « c’est un moyen de transport joyeux et sympathique, on a l’impression d’aller se balader ».

Le vélotaf est donc accessible à tous. « Il n’y a pas de profil type » affirme Christophe Jobic, « Tous les âges sont représentés, ainsi que toutes les catégories socioprofessionnelles et tous les départements. Il est intéressant aussi de constater qu’il n’y a pas un type de vélotaf. Tout ce qui roule à la force du mollet est considéré par les vélotafeurs : VTT, vélo de ville, vélo électrique, vélo de route ou de cyclotourisme, mais aussi vélo couché, vélo cargo, triporteur, vélomobile… « . Certains couvrent même de très longues distances (lire le très beau portrait d’une vélotafeuse sur un blog du Monde.fr)

Se faire respecter sur la route

Côté sécurité, les vélotafeurs insistent sur la vigilance indispensable face aux automobilistes pas toujours très attentifs aux deux-roues qui croisent leur route.
« Il faut garder à l’esprit qu’on n’a pas de carrosserie » rappelle Farid qui conseille de « se faire respecter sur la route » et « d’imposer une certaine présence », notamment visuelle avec des équipements de sécurité comme un écarteur de danger, un rétroviseur, voire un gilet jaune. Quant au casque, il est unanimement recommandé sur tous les forums et par tous les pratiquants, simple principe de précaution. « Le risque zéro n’existe pas, comme pour tous les moyens de transport » résume Farid qui n’a pas eu d’accident à déplorer malgré près de 400 kilomètres parcourus chaque mois.

Une petite vélorution !

PistecyclableSi on met de côté les risques, la pluie et l’effort à fournir, il y a encore un autre frein, plus inconscient, à la pratique du vélotaf. « Le 1er frein au vélotaf, c’est réussir à se séparer de sa voiture » explique Damien, le vélotafeur nantais. « Il y a une véritable addiction à la voiture dans notre société et un grand sentiment de liberté qui va avec : faire ses courses, emmener/ramener ses enfants de l’école, gérer les imprévus… Ce sont des préjugés car on ne pense pas avoir une liberté équivalente en vélo ».

« Il y a une telle pression sociale, publicitaire et même de l’entourage pour utiliser la voiture que ceux qui rejettent ce modèle passent presque pour des marginaux » confirme Farid. « Quand on a le choix et la chance d’habiter en ville ou à proximité de son lieu de travail, pourquoi ajouter des voitures aux voitures ? C’est une manière d’oeuvrer pour une meilleure qualité de vie en ville ». Même constat de la part de Christophe Jobic de Velotaf.com pour qui le développement de la pratique exprime aussi sans doute « la volonté de ne plus être un mouton… et de s’affirmer libre, affranchi d’un système stupide et néfaste ».
Pas de doute, la vélorution est en marche !

Si vous êtes vélotafeur, n’hésitez pas à partager votre expérience en laissant un commentaire…

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Commentaires
  1. Maximonstre
    13 janvier 2014 - 23h32

    Tout cela est vrai, mais encore faudrait-il que les villes, les départements et l’Etat créent enfin des aménagements cyclables.

    Il n’y a pas de maillage cyclable en France, (sauf à Strasbourg), car il y a toujours mieux à faire qu’un aménagement cyclable pour certains élus et techniciens, peu inspirés.

    Le résultat vous le connaissez.

  2. regionsjob
    14 janvier 2014 - 9h31

    Vous avez tout à fait raison, à voir ce que donnera le plan national vélo pour développer un peu les pistes et infrastructures. Encore une fois nous avons énormément de retard à ce niveau-là par rapport à nos voisins allemands et européens.

  3. Abel
    14 janvier 2014 - 11h48

    Merci pour votre excellent article, qui vient d’être signalé sur le forum Velotaf.com.

    Il contient de nombreux liens pertinents et intéressants : le fait de se déplacer à vélo commence enfin à ne plus être forcément considéré comme un signe de folie, et les médias y consacrent articles et émissions.

  4. Lydr2Douai
    14 janvier 2014 - 12h10

    A part le fait que ce déplacer à vélo pour aller travailler est un déplacement « actif » et pas « doux », l’article met en avant tout ce que les vélotaffeurs de longue date essaient, pertinemment, de communiquer autour d’eux. Autre point, on ne fait pas de sport à vélo, on s’entretient. Seuls ceux qui disposent d’une douche à l’arrivée peuvent « se dépenser » sur la route, mais il faut bien l’avouer, le niveau des équipement en aménagements cyclables, et itinéraires dévolus à la bicyclette, fait rigoureusement défaut. Ce sera long et pénible (surtout pour les automobilistes) mais les constantes sont en train de changer, en ville.
    Bonnes routes à vélo !

  5. Jean-Jacques
    15 janvier 2014 - 22h34

    Je « vélotaffe » depuis env. 5 ans, au départ par nécessité économique, et ne regrette pas de m’y être mis puisque le vélo, éventuellement combiné avec le train ou le RER (je suis banlieusard francilien), est devenu mon unique moyen de déplacement… lorsque je ne marche pas (pour les courtes distances)
    A 57 ans et sans faire de sport, juste en allant au boulot, j’ai ainsi pu régulariser mon temps de trajet, même lorsque je déposais mon petit dernier à l’école, et retrouver progressivement une certaine forme physique, pour ne pas dire un forme physique certaine !
    Je terminerai en disant qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des aménagements cyclables (surtout s’ils sont mal conçus ou pas entretenus) et qu’avec l’expérience, on arrive à prendre sa place sur la route et dans la rue.

2 commentaires supplémentaires

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