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Les universités ne sont plus aussi frileuses à l’égard des entreprises

Contrairement à leurs homologues étrangers et notamment anglo-saxons, les universités françaises ont la réputation d’être plutôt « frileuses » à l’égard des entreprises. Vue comme le billet vert venu corrompre les jeunes esprits, l’entreprise a longtemps peiné à se faire une place au sein des facs. Conséquence : les étudiants sont victimes de stéréotypes une fois sur le marché du travail et leurs compétences sont moins reconnues que celles des diplômés d’écoles…

IMS_KatiaMarembertMais les choses changent. Aujourd’hui, les partenariats universités/entreprises se multiplient pour faciliter l’insertion professionnelle des étudiants, notamment ceux issus des filières LLSHS (Lettres, Langues, Sciences Humaines et Sociales). Même s’il reste encore des progrès à faire de part et d’autre… Le point avec Katia Marembert, Responsable de projets Accès à l’emploi à l’IMS-Entreprendre pour la Cité.

La frilosité quasi-historique des universités à l’égard des entreprises est-elle toujours d’actualité selon vous ?

Les choses ont fortement évolué. Nous avons fait un état des lieux en 2012 : 74% disaient avoir déjà mené des actions avec des universités. Auparavant les chiffres étaient beaucoup plus faibles. La question est de savoir pourquoi encore 26% des entreprises ne le font pas ? Première raison : parce qu’elles travaillent avec d’autres écoles. Deuxième raison : le manque d’informations sur les filières d’universités, les intitulés des diplômes… Le troisième motif est le manque de moyens humains pour mettre en place des partenariats.

Mais il faut bien faire la différence entre les grandes entreprises, les moyennes et les petites. Les grandes entreprises ont mis en place des partenariats très structurés avec un service dédié chargé des relations écoles ou relations écoles et universités. Il y a aussi l’effet réseau : on travaille avec des partenaires que l’on connaît et finalement cela ne favorise pas l’ouverture. Donc aujourd’hui je ne parlerai pas de frilosité des universités envers les entreprises mais il reste des axes de progression en la matière c’est certain.

« Personne ne fait réellement barrage, c’est le système qui veut cela »

Qui « fait barrage » au sein des universités ?

Personne ne fait réellement barrage, c’est le système qui veut cela. IMS-Entreprendre travaille beaucoup avec les Présidents d’universités, les bureaux d’aide à l’insertion professionnelle et les enseignants. Il est vrai que les bureaux d’insertion nous disent avoir des difficultés à mobiliser les enseignants.

Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, Ils sont peu informés sur le sujet et cela leur demande du temps qu’ils n’ont pas forcément. L’insertion des étudiants n’est pas une mission prioritaire pour les enseignants-chercheurs et cela demande aussi beaucoup de temps.

Enfin, certaines générations d’enseignants sont plus favorables que d’autres à l’intervention des entreprises au sein de l’université, ils ont été en contact avec le monde de l’entreprise avant d’être enseignant ou le sont encore…

Certaines filières semblent cependant plus ouvertes que d’autres…

Dans les formations professionnalisantes (type IAE, banque, finance, etc) il n’y a pas de frilosité de la part des enseignants ou des responsables de filières car c’est dans l’intérêt de leurs jeunes d’avoir un pied dans l’entreprise. D’autres filières comme les sciences humaines et sociales sont plus réticentes et voient parfois l’entreprise comme un système économique complexe qui ne reconnait pas forcément les compétences de leurs étudiants. De leur côté, les entreprises ont aussi parfois du mal à imaginer comment les compétences de ces jeunes vont être transférées sur leurs postes et leurs besoins.

C’est tout le problème des idées reçues et des stéréotypes : il y a souvent une méconnaissance de la part des personnels d’université envers les entreprises et inversement, d’où cette impression de frilosité qu’ont les entreprises…

« L’intervention des entreprises permet aux étudiants de se poser les bonnes questions »

Quels sont les avantages de familiariser tôt les étudiants au monde de l’entreprise ?

Les entreprises ne sont pas seulement présentes auprès des universités pour présenter leurs postes à pourvoir. Elles sont là pour présenter leurs métiers, leurs valeurs, leur process de recrutement… Elles préparent ainsi le terrain et expriment leurs attentes vis-à-vis de leurs futurs collaborateurs. Ce genre de démarches facilite les processus de recrutement à venir.

Pour les étudiants, l’intervention des entreprises permet de se poser les bonnes questions concernant son orientation, de savoir quels sont les métiers de demain, quels sont les secteurs qui recrutent… Les jeunes ont ainsi conscience des débouchés et sont mieux préparés au marché du travail.

Quels sont les exemples de bonnes pratiques ?

Le secteur de l’informatique a très vite compris l’intérêt de ce type de partenariat : cela leur permet de trouver des profils diversifiés là où il y a une véritable pénurie. Capgemini a lancé un dispositif de formation destiné aux jeunes ayant une formation scientifique et généraliste. Le but étant les former spécifiquement à ses métiers.

D’autres entreprises ont choisi de mettre en place des actions récurrentes avec des universités : elles participent à des forums emploi, proposent du coaching d’étudiants, du parrainage de jeunes…

Aujourd’hui, les partenariats entreprises/université se démocratisent, même dans des filières généralistes comme les sciences humaines et sociales. Par exemple, depuis 2007, l’Opération Phénix permet à des diplômés de masters 2 littéraires d’accéder à des postes en CDI dans des grandes entreprises comme Danone, L’Oréal, Axa, Eiffage, La Bred, PwC, HSBC, Coca Cola, Renault… Ainsi, la diversité devient un atout pour l’entreprise qui recrute et une chance pour les étudiants. Le domaine de la banque met aussi en place énormément de partenariats entreprises/universités.

Dans d’autres secteurs il s’agit plutôt d’initiatives comme pour l’Opération Phénix justement, le programme Atout jeunes Universités pour développer l’employabilité des étudiants issus des filières LLSHS (Lettres, Langues, Sciences Humaines et Sociales)… Ces initiatives sont généralement mises en place dans des entreprises et des universités très impliquées sur ces sujets.

« Les étudiants des écoles et des universités ont des compétences très proches »

Beaucoup d’entreprises semblent encore préférer les diplômés d’écoles aux diplômés d’université…

En France, les recruteurs ont tendance à rester focalisés sur la question du diplôme plutôt que sur celle des compétences. Il y a là un véritable débat. Nous avons d’ailleurs rendu public les résultats d’une étude à ce sujet en décembre 2013, en posant la question à la fois aux entreprises et aux écoles. Il en résulte que les étudiants des écoles et des universités ont des compétences très proches. Cependant, les jeunes diplômés d’université ont plus de difficulté à transposer leurs compétences vis-à-vis des entreprises… Les étudiants d’université sont malheureusement encore victimes des stéréotypes une fois sur le marché du travail, il y a donc encore des progrès à réaliser sur ce point.

> IMS-Entreprendre pour la Cité regroupe 230 entreprises engagées dans des démarches de responsabilité sociétale (RSE). Centre d’échanges, d’innovation et d’expertise sur les questions de Développement Humain, l’IMS intervient plus spécifiquement dans les domaines de l’accès à l’emploi et à la diversité, de l’égalité des chances dans l’éducation, des partenariats solidaires et du développement de business inclusifs.

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Commentaires
  1. Roux
    26 février 2014 - 13h15

    Que de conformisme dans votre approche des universités!
    Il ya bien longtemps que des Forums se tiennent sur les sites des universités;
    C’est du côté des recruteurs qu’il ya des problèmes avec l’accueil des LSH….

  2. regionsjob
    26 février 2014 - 14h00

    Justement il s’agit de savoir si ce cliché a lieu d’être ou non !

  3. brehelin andré
    27 février 2014 - 7h50

    Arrêtons de créer des diplômés qui ne correspondent pas au besoin économique. Tachons plutôt de répondre à la demande des entreprises

    Pertinence rh

  4. TROUDE
    24 mars 2014 - 16h21

    En plus du conformisme, que d’oublis!
    Les entreprises ne veulent pas venir chercher les étudiants alors que les labos universitaires français sont dans les meilleurs au monde. Les RDH (en fait chef du personnel) préfèrent les G Écoles..Soit mais alors pourquoi envoyer les diplômés de G É venir chercher le tampon de la Sorbonne ou autres facultés? Les Universités étrangères ne s’y sont pas trompées.

  5. TROUDE
    24 mars 2014 - 16h23

    Les entreprises ne connaissent pas ou avec beaucoup de retard leurs besoins réelles sur les nouvelles technologies et autres branches porteuses de productions alors qu’elles cherchent des diplômés du secteur improductif coûtant cher aux unités de production.

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