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Les robots au travail : faut-il en avoir peur ?

Les robots sont partout : présents dans votre voiture, au coeur de votre téléphone, dans les ordinateurs… Il ne leur manque même plus la parole, puisqu’il est possible de dialoguer avec eux et leur poser des questions. La « robolution » est-elle une menace pour l’emploi, seront-nous remplacés ou même recrutés par des robots à l’avenir ? Il y a de quoi inquiéter même l’astrophysicien britannique Stephen Hawking qui a déclaré récemment que l’intelligence artificielle pourrait tout simplement « mettre fin à l’humanité ».

En attendant, faut-il avoir peur de l’arrivée des robots et des algorithmes dans le monde du travail ? Pour le savoir nous avons posé la question à Jean-Baptiste Audrerie, psychologue organisationnel et directeur Marketing de SPB. Titulaire d’un MBA pour exécutifs de Paris Dauphine, il s’intéresse à l’avenir du recrutement, notamment sur son blog Futurs Talents. Pour ce Français installé au Québec depuis 9 ans, si certains scénarios de robotisation extrême du recrutement et du marché du travail semblent inévitables, rien ne sert d’avoir peur des robots. A condition de miser sur ce qui fait notre valeur ajoutée en tant qu’humains et ne pas vouloir se placer en compétition avec les machines.

Aie-Robot

Les algorithmes de recrutement sont apparemment plus efficaces que des recruteurs humains, est-ce que cela veut dire que dans un futur proche nous seront recrutés par des robots ?

Il faut distinguer les assistants intelligents, comme les algorithmes ou les outils avec une intelligence artificielle, des robots qui ont des caractéristiques motrices et sensorielles. Il ne faut pas mélanger les deux. Mais il est évident que pour du recrutement de masse ou de la pré-sélection en nombre, les algorithmes ou les systèmes intelligents qui indexent, traitent ou valident de l’information sont capables d’effectuer des recherches, des tris ou des recommandations plus rapidement que les recruteurs humains.

Sur quoi sont basés ces algorithmes et qu’est-ce que cela apporte au recrutement ?

Les algorithmes sont capables d’identifier les bonnes caractéristiques, de trier des candidats, par exemple en fonction de leur présence digitale. L’intervention de ces  » robots  » est intéressante en raison du fait qu’elle peut faire gagner du temps au recruteur grâce à l’automatisation.

Jean-Baptiste-Auderie« Des robots de filtres de candidatures existent déjà et sont utilisés au quotidien par les RH »

Est-ce que ça ne fait pas un peu peur de se dire qu’on est sélectionné par une machine ?

Des robots de filtres de candidatures existent déjà et sont utilisés au quotidien par les RH. La rationalité limitée du recruteur humain est tout aussi préjudiciable qu’une clé algorithmique qui n’est pas correctement paramétrée. C’est un débat qui risque de durer longtemps. Mais dans le recrutement de masse, il y a autant d’erreurs humaines que d’erreurs liées à la mauvaise programmation d’un algorithme. Je pense que les systèmes de gestion de candidature comme LinkedIn, ou les fournisseurs SIRH de gestion des Ressources Humaines, vont inclure ces outils dès qu’ils seront disponibles. L’art du recrutement consistera alors en partie à mobiliser et programmer finement ces outils pour aider les ressources humaines.

D’ici combien de temps ces outils se généraliseront dans le monde du recrutement ?

Sur les réseaux sociaux on nous présente déjà les prémices du recrutement affinitaire. D’ici 10 ans, les choses auront avancé et donneront sans doute de bons résultats après évidemment quelques erreurs. Mais si on veut être plus efficace, plus rentable et recruter mieux, c’est un élément de rationalité et d’efficacité incontournable.

Ça ne veut pas dire que tout le processus de recrutement sera robotisé, c’est plus pour la phase en amont de l’entretien ?

Oui, c’est vraiment utile pour de la présélection de masse, mais aussi lors des premiers entretiens. La reconnaissance faciale et vocale pourrait aussi agréger un certain nombre d’information lors d’entrevues de sélection menées par des avatars. Il restera au recruteur énormément de paramètres  » sensibles  » pour décider où et quand il affectera tel ou tel candidat. Les éléments d’agrégation et de sourcing existent déjà eux-aussi, il ne reste plus qu’à les intégrer encore plus dans le processus.

Ce n’est pas de la science-fiction, ces outils sont déjà là, même si on ne les identifie pas vraiment comme des robots…

Oui c’est comme quand on souriait d’avoir un assistant vocal dans les voitures, aujourd’hui c’est très répandu. La voiture et le GPS nous aident à mieux conduire. C’est la même chose pour les assistants recrutement qui seront le GPS du recrutement de demain.

« La robotisation va amener une nouvelle division du travail et une requalification complète du rôle de l’humain »

L’autre question qui fait débat consiste à dire que les robots vont faire le travail à notre place avec le risque que le chômage explose encore plus… A l’avenir tout sera automatisé ou on travaillera en coopération avec le robot ?

Homme-machineLa division du travail a toujours existé, elle persiste encore aujourd’hui avec par exemple l’utilisation de la main d’oeuvre bon marché de certaines zones géographiques pour faire des tâches subalternes. Les robots vont parvenir à prendre en main certaines tâches, c’est évident. Mais ils ont aussi un coût. Il va falloir calculer à partir de quand un robot est plus rentable et à partir de quand il apporte une valeur ajoutée, dans quel cas il évite certains risques que l’humain n’est plus capable d’assumer. Ça va commencer par petits morceaux, mais il est certain que la robotisation va amener une nouvelle division du travail et une requalification complète du rôle de l’humain.

Justement, dans quelle dimension l’humain aura encore toute sa place au travail ?

Le rôle de l’humain est dans l’innovation, la création, le lien social, l’analyse sémantique, la finesse et la conception. Le fossé va se creuser entre la mission de l’homme et celle de machine. En même temps, il y aura des convergences, dans la restauration par exemple il y aura toujours des serveurs, assistés par un robot chargé d’apporter de l’eau. Il y aura toujours un réceptionniste de jour dans les hôtels, mais peut-être que sa place sera occupée par un robot durant la nuit. Ce ne sera pas la même relation avec les clients.

Le couple robot-humain fonctionnera en complémentarité, certains métiers vont quand même être détruits ou devoir se reconstruire. On cite souvent l’exemple des journalistes, remplacés par les robots rédacteurs de nouvelles sportives , toutes les tâches répétitives susceptibles d’être automatisées vont conduire à la disparition de certaines professions. A nous de nous adapter à cette évolution naturelle, d’être agile et dans la posture du concepteur du robot plutôt que dans celle du compétiteur du robot.

Interlude vidéo : la valse des robots chez Amazon


La valse des robots chez Amazon par RegionsJob

On dit aussi que le secteur de la robotique va créer plus d’emplois qu’il ne va en détruire et donner naissance à une nouvelle industrie qui aura besoin de main d’oeuvre humaine…

En France, nous n’avons pas le choix : il faut s’orienter vers une industrie de la culture, de l’innovation et de la recherche. En dehors de l’économie sociale ou domestique, les services à la personne par exemple, nous ne pouvons pas concurrencer le pouvoir de substitution des robots. Leur intelligence artificielle est trop puissante. Le diagnostic a déjà été fait il y a 30 ans : nous sommes devenus des travailleurs du savoir. Notre économie est celle de la connaissance, la seule façon de nous en sortir est de créer de l’intelligence, de gérer l’information, la détenir et l’exploiter. Nous avons besoin de structures de financement et de leaders pour saisir cette énorme opportunité.

Certains pays l’ont saisie il y a longtemps ?

Oui au Japon, Honda a fait le pari il y a 20 ans de dire que le marché des voitures à moteur à explosion serait en stagnation ou en déclin. Pour eux l’automobile est une économie vieillissante, à l’inverse du robot assistant qui aide au quotidien les personnes âgées. En se plaçant en tant que leader dans cette technologie, ils ont clairement pris un temps d’avance. En 1995, tout le monde rigolait avec Internet en disant qu’on n’y vendrait jamais rien. 20 ans plus tard, une bonne partie du commerce s’y est déplacé. La lame de fond des robots prendra sans doute autant de temps. La robotique va sûrement créer de l’emploi à condition qu’on en reste les concepteurs.

« Vivons et travaillons avec la machine, au lieu de nous y opposer »

Le métier de recruteur va changer, qui va alors recruter les robots ?

Forcément les humains ! On oppose souvent la technologie avec les humains, les deux sont complémentaires. On peut se sentir victime de la substitution du travail humain par des systèmes automatisés, mais ce phénomène a toujours existé au fil des révolutions industrielles. Les métiers ne cessent de disparaître et de se réinventer. La différence aujourd’hui c’est que tout va beaucoup plus vite. Savoir qui va recruter les robots revient à poser la question « qui va avoir le pouvoir dans l’organisation du futur ? » Les RH ? Les professionnels du IT ? Le service financier plus proche des PDG ? Pour le savoir, il faut se demander qui achètera les robots pour l’entreprise. A mon avis il faudrait que ce soit les Ressources Humaines qui décident de recourir à cette force de travail, c’est aux RH de spécifier leurs besoins sinon ils ne seront que les appliquants d’une technologie voulue par d’autres. Les RH doivent garder cette initiative de décider quel métier est automatisable sans avoir peur de ce que cela va amener. Les services RH devront accompagner la réflexion autour de la place de l’humain et de la technologie dans les organisations. Trop souvent, le clivage entre la technologie et humain est accentué par des discours simplificateurs. Vivons et travaillons avec la machine, au lieu de nous y opposer.

Pour les salariés, les candidats à l’emploi, comment se préparer à cette « robolution » sans peur ni fantasme ?

Les candidats vont plus vite que les organisations. Leurs attentes sont ailleurs. On leur demande de remplir des formulaires, de refaire un CV une énième fois avant de postuler alors qu’ils voudraient pouvoir candidater en un clic. Je suis persuadé que demain il y aura des candidats-robots. Le premier bénéfice sera l’utilisation de l’intelligence artificielle pour chercher un bon emploi et identifier les prochaines opportunités professionnelles. Des algorithmes apprenants, qui existent déjà dans le e-learning, pourront les aider à aller plus vite pour affiner leurs compétences en fonction des besoins du marché du travail. Les candidats sont beaucoup plus prêts qu’on ne l’imagine. Reste autour du robot-recruteur des enjeux générationnels, des questions de confidentialité, d’éthique ou de perception qui méritent notre attention. Mais si des startups font le pari de recruter mieux grâce aux technologies algorithmiques, elles pourront en faire un facteur d’attractivité, notamment auprès des jeunes.

Les candidats ont tout à gagner d’avoir des robots assistants au service de leur rechercher d’emploi ?

Oui, il faut leur rendre ce service car avec l’inversion du rapport de force dans certaines catégories d’emploi, le recrutement de demain va devenir un mélange très complexe de stratégies d’attraction, de facilitation, de services de gestion de carrière et d’apprentissage personnalisé, en plus du recrutement de base qui sera lui banalisé et automatisé. Dans ce contexte, le marché de l’aide au candidat va devenir énorme, d’autant que nous changerons 10 à 15 fois de catégorie d’emploi dans une carrière, il faudra donner du sens à toutes ces transitions professionnelles.

Est-ce que ça ne va pas encore accentuer la dualité du marché du travail avec les candidats qui auront les bonnes compétences et n’auront pas de mal à changer de travail et ceux qui resteront en marge du marché de l’emploi ?

Il y a un risque effectivement c’est pourquoi il faut aider cette partie de la population à rester dans un marché de l’emploi qui valorise l’autonomie, les capacités d’apprentissage rapides. Tout le monde n’a pas les capacités pour évoluer vers cette disposition d’esprit. Mais en même temps, le fractionnement et l’hyper spécialisation peuvent permettre rapidement d’embarquer dans ces nouvelles technologies. Il est possible de faire un saut juste avec une petite formation complémentaire. On le voit aux Etats-Unis avec des emplois très en demande qui n’ont pas besoin de qualifications élevées. C’est le côté merveilleux des changements technologiques rapides. 42% des métiers seront potentiellement impactés par les nouvelles technologies, nous indique Oxford School Institute dans son étude de 2013 sur l’impact technologique sur le marché du travail. Le changement sera brutal ou subtil et certaines personnes risquent d’être mises de côté. C’est un projet éducatif de société où il y aura tout de même beaucoup d’opportunités. On doit s’y préparer dès maintenant pour ne pas subir cette révolution.

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