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Les boomerangs, ces salariés qui s’en vont et puis reviennent

Ils s’en vont et ils reviennent. Une fois. Parfois deux. « Ils », ce sont les salariés boomerang. Ils quittent une entreprise avant d’y revenir quelques années plus tard. Certains sont partis pour suivre un conjoint, d’autres pour vivre une belle aventure sur une île ou rejoindre une autre entreprise pour un nouveau projet, un nouveau départ. Ils s’appellent Hugo*, Virginie, Audrey, Frédéric et Laurence. Développeur, chef de produits ou commerciaux, ils racontent leur départ puis leur retour.

« La première journée n’est pas évidente. C’est un peu comme revenir habiter chez ses parents »

« La première journée du retour est difficile. C’est un peu comme revenir habiter chez ses parents ». Audrey, consultante commerciale se souvient parfaitement de son second premier jour, lorsqu’elle regagne l’entreprise qu’elle avait quittée quatre ans plus tôt. « J’ai senti le besoin d’aller ailleurs, faire mes preuves et me confronter à un autre projet », raconte-t-elle. Elle part vers de nouvelles aventures, découvre deux nouvelles entreprises, deux projets, avant de croiser un ancien collègue manager qui la convainc de revenir.  « Je me suis dit que j’avais bien évolué, changé. J’avais trouvé ce que j’étais partie chercher, je crois qu’il était temps pour moi de revenir. Le premier jour, c’est assez difficile, tu as vraiment l’impression d’un retour en arrière. Même si tu as évolué, tu dois refaire tes preuves ». Un sentiment partagé par Laurence, elle aussi revenue à sa première entreprise après une pause pour suivre son conjoint à Bordeaux. « Il faut savoir se remettre en question rien n’est jamais acquis. Il faut voir ce retour comme une nouvelle expérience ».

« Quand tu reviens, il y a évidemment une phase de ré-apprentissage »

« Moi j’ai surtout eu l’impression de revenir à la maison. J’en connaissais les codes et je sais que je suis en phase avec ça. Mais quand tu reviens, il y a évidemment une phase de ré-apprentissage », explique Hugo, revenu dans son entreprise… deux fois ! A l’époque, la boîte était une jeune startup rennaise, qu’il intègre en tant que stagiaire business developper. A l’issue de son stage, il part faire ses armes dans une agence de communication RH à Paris, avant de revenir vers cette première entreprise qu’il n’a jamais totalement quitté de vue. Mais l’envie d’ailleurs le pousse à mettre les voiles une seconde fois, pour une destination beaucoup plus paradisiaque : l’île de la Réunion. Il part s’y installer avec sa famille avant de finalement revenir une troisième fois à ses premières amours professionnelles. « Aujourd’hui, partir et revenir dans une même entreprise, c’est aller s’enrichir de nouvelles expériences. C’est une pratique qui s’est vraiment démocratisée depuis quelques années auprès des directeurs de ressources humaines », explique-t-il. Un point de vue que partage entièrement Olivier Sonneville, Head of Talent Acquisition chez Bouygues Telecom : « A l’époque, cela pouvait être vécu comme une forme de trahison, notamment dans les sociétés avec une culture d’entreprise forte. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et les entreprises progressent continuellement sur le sujet », explique-t-il. La pénurie touchant certains profils et certains secteurs d’activité, comme c’est le cas dans l’informatique, oblige les dirigeants et managers à revoir leur position sur ce sujet.

« Un salarié qui revient, c’est du pep’s et de l’énergie »

Toujours selon Olivier Sonneville, être un salarié boomerang peut même être gratifiant pour ceux qui « ont parfois besoin d’aller voir ailleurs, autre chose. D’autant que l’entreprise y gagne, puisque le salarié parti puis revenu a appris de nouvelles choses. Il apporte du pep’s et un regain d’énergie. Et, si l’on y réfléchit bien, c’est même flatteur car c’est le signe que l’herbe est finalement plus verte chez eux ! ». C’est ce qu’il s’est passé pour Frédéric, développeur web dans une entreprise RH depuis quatre ans et demi. Il y a quelques mois, il décide de quitter l’entreprise pour un grand groupe. A la clef, il décroche un très beau poste comprenant de l’encadrement d’équipes et de la gestion de projet, en plus de nombreux avantages annexes. Il n’y restera finalement qu’un an : « J’avais gardé des contacts avec mes anciens collaborateurs qui m’ont parlé d’une création de poste de chef de produits chez mon ancien employeur. A côté de cela, le groupe qui m’avait débauché n’avait pas tenu ses promesses en termes de missions. Alors je suis revenu, même si je ne l’aurais jamais imaginé ! ». Car une chose est sûre pour tout nouveau boomerang, il ne serait pas revenu pour un poste équivalent. « J’avais besoin d’une nouvelle expérience. Comme c’est un nouveau poste, je n’ai pas eu cette impression de retour au point de départ. En revanche, ce qui est certain, c’est que de reconnaître quelques têtes familières ça facilite la (ré)intégration. C’est donc beaucoup moins stressant », raconte-t-il.

« Un nouveau départ »

Une (ré)intégration facile également pour Virginie. Cette bretonne de 40 ans était chargée de clientèle. Elle quitte l’entreprise pour suivre son mari, militaire, muté à Tahiti. De retour à Rennes, elle vient frapper à la porte de son ancien employeur, par affection pour le poste qu’elle occupait et l’ambiance qu’elle avait connue. Elle retrouve son poste de chargée de clientèle et construit peu à peu sa carrière pour devenir consultante commerciale : « Le retour m’a fait tout drôle. Je ne connaissais pas les nouveaux locaux et les équipes s’étaient considérablement agrandies. J’étais un peu perdue, d’autant que le métier et les outils aussi avait beaucoup évolué. Il a fallu que je me plonge dans une fonction qui n’avait pas changé de nom, et qui pourtant était toute nouvelle pour moi », explique-t-elle. C’est ce que raconte également Laurence, pour qui « on peut être amené à revenir à ses premiers amours mais de manière différente, sans rester sur ses acquis. Cela a tout d’un nouveau départ finalement ».

Audrey estime, de son côté, avoir beaucoup appris sur elle-même en partant : « Pour partir, il faut avoir du courage. Tu apprends beaucoup sur toi-même. Mon besoin d’aller vers de nouveaux projets professionnels était viscéral, mais pour cela, il faut un employeur à l’écoute. Aujourd’hui, grâce à des responsables ouverts d’esprits et bienveillants, j’ai le sentiment d’avoir refait ma place ».

Gérer les éventuelles tensions entre salariés, un travail d’équilibriste

Si tous ces témoignages sont teintés de réussite et d’épanouissement personnel, le retour peut être très mal vécu par ceux qui sont restés, comme en témoigne Olivier Sonneville : « Il peut y avoir des tensions, quand un salarié revient et qu’il a négocié un bon salaire à son retour, par exemple. Certains collègues peuvent s’estimer floués alors qu’eux sont restés loyaux et fidèles à l’entreprise. Si rester fidèle doit être récompensé, c’est normal aussi de le faire pour le salarié qui a pris des risques en partant, qui n’est pas resté sur ses acquis et a su se mettre en danger. Il faut donc essayer d’être le plus équilibré et le plus juste possible, tout en rappelant à chacun qu’un retour dans l’entreprise ne va pas sans refaire ses preuves. Revenir sans prouver sa motivation, ce serait trop facile ! Il faut faire ses preuves tout le temps, et peut-être même deux fois plus que les autres ! ». Que l’on reste, que l’on s’en aille ou que l’on revienne.

(istockphoto.com/nd3000)

*prénom d’emprunt.

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