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Jeunes diplômés : à peine en poste, ils veulent déjà démissionner

Ils sont diplômés, voire très diplômés, mais occupent des postes en deçà de leurs qualifications ou en désaccord avec leurs valeurs et leur vision du monde du travail. Rencontre avec ces jeunes actifs qui pensaient avoir tout pour réussir et qui se réveillent désabusés.

Les réorientations précoces chez les jeunes diplômés représentent un phénomène non négligeable aujourd’hui. Crédits/GettyImages:courtneyk

Kaourantin se souviendra longtemps de ses premiers pas « très compliqués ! » dans le monde de l’entreprise. Sans passation ni intégration, le jeune ingénieur en conditionnement et emballage a été recruté dès sa sortie de l’école pour remplacer au pied levé un senior parti sans rien anticiper. « Je ne savais pas ce que je devais faire, ni où en étaient les projets. J’ai essayé de retrouver la manière dont mon prédécesseur était organisé, avec pour seul point de repère un document Excel de 60 lignes sur les projets en cours, laissé à l’abandon depuis plus de deux mois… ! ». Les collègues, eux, sont aux abonnés absents. « Ils ne savaient vraiment pas comment m’aider. Finalement les relations sont restées assez froides et je me suis vite senti seul ». 

« Moi, ingénieur, j’avais l’impression de passer mes journées à envoyer des mails »

Un poste qui, en plus, s’avère loin de ses attentes. « J’avais l’impression de passer mes journées à envoyer des mails, à relancer les gens et archiver mes dossiers. Je ne pense pas qu’un bac +5 soient nécessaire pour faire ce travail ! En quatre mois j’ai réussi à tomber dans une certaine routine, gérant le pilotage de beaucoup de projets très simples », regrette Kaourantin, qui fait partie de ces milliers de jeunes qui, au sortir de longues études et de sacrifices importants, peinent à trouver un poste en adéquation avec leur diplôme. « C’est frustrant car on reste dans sa zone de confort, on ne se sent pas challengé, et on n’a pas la satisfaction d’apprendre ».

Adrien, chef de projet et chargé d’étude en thermique et énergies, reconnait de son côté qu’il n’avait pas une vision très précise du poste qu’on lui a proposé. « J’ai accepté car c’était en lien avec mes études et mes compétences, que c’était la suite logique et que j’allais pouvoir devenir polyvalent, mais ça restait vague ».

« Il faut savoir jongler et s’adapter »

Camille, diplômée en communication multimédia et intégration graphique/webdesign, relativise et voit le verre à moitié plein. « Mon premier boulot était bien loin du poste que j’ambitionnais ! Mais ce n’était pas grave, j’en avais besoin ». Une expérience en tant que chargée de communication dans une association, qui lui a redonné confiance et motivation, elle qui avait dû retourner vivre chez ses parents. « Le plus drôle, c’est que le poste s’est révélé passionnant et plein de perspectives. Je pu mettre à profit toutes mes compétences dès le début : communication interne, gestion des réseaux sociaux, relations presse, mise à jour du site internet, création graphique, rédaction, etc. On me demandait d’être un vrai couteau-suisse, de savoir jongler et m’adapter… Je me suis sentie utile, aves des missions concrètes et un impact sociétal ». 

CDI, open space, course au profit, management… Il y a tromperie sur marchandise !

Car c’est ça qui fait défaut chez bon nombre de jeunes en reconversion professionnelle : la notion de sens, d’utilité, de lien au réel. Cela fait aujourd’hui près de 3 ans que Camille est chargée de communication dans le secteur de la transition écologique et du développement durable, et malgré un revenu modeste, elle est heureuse. « C’est mon quotidien, ce sont mes valeurs. Le chemin a été sinueux mais j’ai appris à me connaître et je sais ce que je veux ».

« Pour se sentir bien dans un boulot et y rester, il faut au moins deux des trois facteurs suivants : un salaire correct, une bonne ambiance avec les collègues et/ou un métier plaisant »

Empêtrés dans leurs « bullshit jobs », les deux jeunes ingénieurs ne peuvent pas en dire autant. « Je me suis retrouvé propulsé dans un open-space, où tous les collaborateurs se tournaient le dos, sans échanger, me donnant le sentiment d’être surveillé » raconte Kaourantin. Il mesure rapidement qu’il ne changera pas le système et qu’il faudra se plier à l’injonction coût/qualité/délai. « On nous incitait à produire aux plus faibles coûts, avec la meilleure qualité et le plus vite possible, avec tous ce que ça implique : produire à l’étranger, mettre la pression aux fournisseurs, à la production et à soit même… On travaillait toujours dans l’urgence. Je ne conçois pas mon travail futur basé sur cette logique ».

Mais sa plus grande désillusion reste cette fausse promesse que le système éducatif lui a fait miroiter : la fierté du CDI. « Avoir signé un CDI me donnait le vertige, avec le sentiment d’être emprisonné et de devoir me satisfaire d’une situation que je finirais vraiment par détester. C’est douloureux de faire un métier que l’on n’aime pas, juste parce qu’on nous a biberonnés à la sécurité de l’emploi ». Puis un jour l’argument de la sécurité matérielle ne suffit plus. Il a finalement donné sa démission à l’issue de sa période d’essai, quatre mois plus tard. « On m’a appris que pour se sentir bien dans un boulot et y s’y projeter, il fallait au moins deux des trois facteurs suivants : un salaire correct, une bonne ambiance avec les collègues et/ou un métier passion. Je me retrouvais à peine dans l’un de ces trois critères… ».

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« Dès tout petit on nous éduque pour être employables »

Adrien non plus n’est plus en accord avec ce qu’il fait, ni avec qui il travaille. CDI, statut cadre, responsabilités… Tout semble beau sur le papier, pourtant, l’envers du décor est moins idyllique : des heures supplémentaires incalculables et non rémunérées, un faible salaire au vu de son expérience et de son poste, des trajets nombreux à travers tout le grand Ouest, pas de RTT, ni de tickets restaurant… Mais au-delà de cette surcharge, de cette pression permanente et de son ennui à la tâche, Adrien réalise surtout qu’il s’est trompé d’orientation. Une orientation dans laquelle ses parents ont joué un rôle déterminant, et encore aujourd’hui. « C’est leur carrière, pas la mienne ».

Dès tout petit on demande aux enfants ce qu’ils veulent faire plus tard. « On nous éduque pour être employables, on nous prépare à être des compétiteurs dans la course à l’emploi et à la carrière. Aujourd’hui je n’accepte plus le relationnel directif, je préfère de loin le coopératif. J’ai besoin de travailler en équipe dans une bonne ambiance, loin des schémas de rentabilité, du monde du travail bureaucratisé, du management désincarné… L’idéal serait un métier où le rire et l’humour seraient les principaux supports, je gravirais les échelons à une vitesse folle ! ».

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Être son propre patron, le dénominateur commun

Ces réorientations précoces de jeunes diplômés représentent un phénomène non négligeable aujourd’hui. Si aujourd’hui Kaourantin a retrouvé du travail en CDD dans la même branche, il nourrit des projets de réorientations basés sur l’auto-entreprenariat. Avec du recul, il le dit : « Je ne changerais pas grand-chose. J’ai adoré mes études, elles m’ont donnée des bases solides sur des domaines très variés. Libre à moi maintenant d’accepter ce standard d’entreprise ou non… Et c’est non ».

Adrien, lui, se verrait bien créer son propre commerce. Quand on lui demande alors ce qui l’empêche de se reconvertir dans ce projet passionnel ? « Les finances ! Mais aussi les barrières morales de la société. Se réorienter à 30 ans, pour les gens, ça signifie perdre encore des années, reculer l’âge de sa retraite, ne pas pouvoir rembourser son prêt à la consommation, ne pas pouvoir investir, s’assurer un avenir précaire longue durée… ».

De son côté, Camille n’envisage pas pour le moment de reprendre une formation, hormis pour une reconversion professionnelle. Si ce n’est pas prévu pour le moment, « je ne ferme pas la porte » assure-t-elle.

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