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J’ai testé les congés confinés

Un reportage à domicile suite à l'annulation de mon vol pour un court séjour en Espagne.

Sur son compte Twitter, @beijingboyce a partagé une photo d'elle participant au Fake Avion Ride Challenge.

Jeudi dernier, je devais m’envoler pour Séville. « Un week-end de quatre jours entre amis, sans contrôle ni décontamination aux frontières », je raconterai plus tard à mes enfants. Au lieu de ça, comme pour tous les Français, et près d’un milliard d’individus sur Terre, il n’est plus question de sortir de chez soi insouciant. Mettre un pas dehors, c’est tirer ou se prendre une balle. J’aurais bien pu reporter mes congés et télétravailler mais, à la guerre comme à la guerre, autant se préparer mentalement maintenant.

Après le plein alimentaire, organiser un emploi du temps où les routines du quotidien deviennent des activités à part entière. Se projeter à rester confiné pour les semaines à venir. Et prendre quatre jours pour se remettre du choc. Comme tout le monde, se donner de bonnes pratiques pour tenir : ressortir les tapis de sol et s’entretenir physiquement – éventuellement une sortie en prenant soin de ne croiser personne – faire une liste de livres à lire et de films à visionner, se remettre à un instrument de musique, limiter les écrans et particulièrement les réseaux sociaux – de toute façon il s’y passe encore moins de choses qu’avant, trouver des jeux stimulants. Mettre ce temps à profit. Mais surtout s’armer de patience, ça va être long… Je pense à l’aventurier Jean-Jacques Savin, 72 ans, qui a traversé l’an dernier l’Atlantique seul à bord d’un tonneau de 2,10 mètres de diamètre, en 127 jours. Cela ne peut pas être pire.

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Le pangolin n’est pas coupable

La semaine dernière – une éternité – on l’appelait simplement coronavirus, pas encore Covid-19 ou SARS-CoV-2. C’était une simple grippe. La suite a été brutale. Après le manque d’informations, il fallait en apprendre un maximum sur ce nouveau virus. Une fois compris son origine, bien plus liée aux activités humaines qu’aux animaux sauvages, son mode de transmission et la notion de distanciation sociale pour protéger les autres et soi-même, il n’y avait plus grand chose à ingurgiter sur le sujet. Arrêter le flot oppressant d’actualités, couper les chaînes d’information. Avant elles tournaient en boucle, là elles tournent à vide. Plus rien à en tirer. Ni même l’envie. Il est temps que la pression retombe.

Aujourd’hui la salle-de-bain, demain le salon, après-demain la cuisine et encore après, la loggia

Grand ménage de printemps dans l’appartement. La salle-de-bain n’est pas gigantesque mais si je m’applique, je devrais bien passer une heure à récurer, détartrer la baignoire et le lavabo, nettoyer le miroir, désinfecter les toilettes et laver le sol. En plus, il est en jonc. Drôle d’idée pour une salle-de-bain, mais pour la nettoyer en profondeur il faudra utiliser une brosse et pas une serpillière. « Ça peut durer », je me réjouis. Demain, même rigueur pour le salon : poussière, aspirateur, vitres, rangement des étagères. Le lendemain, au tour de la cuisine et le jour d’après à la loggia où j’ai des pots de terre inutilisés. J’ai un sac d’engrais, je l’utiliserai pour faire des boutures des plantes d’intérieur. Temps estimé : 30mn. C’est court, il faudra ajouter une lessive de linge pour cette matinée. Sincèrement, je plains les bordéliques.

Parcourir son quartier, de long en large

Vendredi, je craque. A mon tour de faire un footing. Je fais au mieux pour respecter les consignes du confinement mais j’ai besoin de dépense physique. Mon quartier, derrière la gare, est résidentiel avec de nombreuses maisons autrefois destinées aux ouvriers et aux cheminots. Maintenant, c’est l’un des quartiers les plus chers de la ville. Les nouveaux propriétaires ont réalisé de gros travaux pour agrandir leur habitation et « l’ouvrir sur le jardin » avec de luxueuses ouvertures et vérandas. Souvent c’est fait avec goût. J’aime bien jeter un coup d’oeil quant tout n’est pas barricadé. Je respecte les consignes : je ne m’éloigne pas de mon logement, je cherche des rues dans lesquelles je n’ai pas encore courues…

« Allo, ça va ? Je ne te dérange pas ? (lol) »

Coup de fil à une amie, je m’assure que mon appel ne la dérange pas. « Farceur ! ». Elle est du trio qui projetait de profiter des terrasses sévillanes, elle est donc, elle-aussi, en vacances. Je l’appelle dimanche midi, me promenant à bon pas dans le quartier avant de rejoindre ma petite-amie qui habite à seulement 2mn à pied de chez moi. Une chance, nous ne sommes pas confinés tous les deux en permanence. Bref, d’évoquer au téléphone le sentiment de culpabilité quand on sort dans la rue mais que c’est vital pour le moral, de parler du temps qui s’étire, de se demander ce qui va ressortir de cette crise et quand on va pouvoir prendre des apéros dehors, de penser comment on sera content de revoir tout le monde, de rêver aux vacances de cet été – « Il faut également qu’on reporte notre séjour à Séville, septembre c’est une bonne période » – mais que pour l’instant, c’est très incertain tout ça. Trente minutes de discussion à voix basse, tant il semble inopportun de briser le silence des rues.

Mission : courses

Les stocks de nourriture se vident. On décide de se faire livrer malgré les 10 euros supplémentaires. « A part le frais qu’on placera dans le frigidaire sans contact avec les autres aliments, on ne touche pas aux autres courses jusqu’au lendemain pour être sûr que le virus meurt ». « Bonne idée ». C’est moi qui m’attelle aux courses sur la tablette. Je clique sur « voir mon panier ». Ouch, il faut attendre cinq jours avant d’être livré mais comme on peut les tenir, je valide. « T’as bien pensé aux carottes et aux épinards ? » « M…e ! » J’ai pris mon temps sur le vin et après j’ai oublié certaines nécessités. Qu’importe, je reprends mon panier de courses en ligne et le complète. Mauvaise stratégie : il n’y a plus de livraison possible mais un seul créneau en drive, demain, samedi, entre 10h et 10h30 du matin. Je lance un tuto pour apprendre à confectionner un masque maison…

Un coup des Russes ?

Mon voisin est très sympa mais c’est une pile électrique. Il a besoin de s’occuper. A la cave, au grenier, devant l’immeuble… Et bien sûr, il aime parler sans grand souci des distances de sécurité. Rentrant d’une courte balade dans le quartier, je tombe sur lui bricolant je-ne-sais-quoi dans la cage d’escaliers. « Tu trouves à t’occuper ? », je lui demande. « J’en profite pour faire les choses qu’on repousse habituellement », il me répond. « Dommage qu’on ne puisse pas profiter de ce beau soleil« , il relance. « Oui, j’ai fait un tour histoire de m’aérer avant que le confinement se renforce », je dis, lui ouvrant un boulevard« Franchement, ça va trop loin. Ces mesures, c’est bon pour les parisiens. Nous, on vit dans une petite ville. Déjà qu’ils sont venus nous contaminer dans leur résidence secondaire. Ok pour qu’ils interdisent les marchés mais faut arrêter le délire. Bon et, je sais pas toi, mais moi je connais personne dans mon entourage touché par le coronavirus ». « Non, non heureusement, moi non plus ». « C’est quand même un peu bizarre, tu trouves pas ». « Moui… ». « Bon et puis les labos qui promettent déjà des vaccins, y a des sommes énormes en jeu. Un peu comme si quelqu’un savait avant les autres ». « Ouais, heu, je sais pas, mais c’est sûr que la situation est étrange…J’ai pas trop suivi pour les labos, mais je vais regarder ça. Allez je monte déjeuner. A plus ! » J’explique à mon amie que le voisin du rez-de-chaussée à l’air porté sur le complot. « Ma mère m’a dit que c’était un coup des Russes ! », elle répond en souriant. « Mais bon, c’est vrai que c’est quand même un nouveau virus dont on ne sait rien mais qui, étonnamment, épargne les jeunes et bien que virulent, il se détruit assez facilement. Y aura de la casse mais maîtrisée. Ça fait un peu pré-test. Ça permet d’étudier comment la population réagit. C’est peut-être une préparation à l’effondrement, un coup des écolos…? »

Body-challenge

Pas mangé de pain frais depuis mardi, il est hors de question de faire la queue dans une boulangerie. Même pas peur du rationnement et comme ça je limite ma consommation de fromage. Avec ma séance d’abdominaux quotidienne, suivies par deux séries de 20 pompes et 10 minutes de corde à sauter, je serai en méga forme après six semaines de confinement.

L’après-midi, je m’oblige à une heure de lecture minimum. J’ai fait une pile de livres et de revues. Je tombe sur un article consacré aux vers de terre. L’occasion d’en connaître plus sur les lombrics. Saviez-vous qu’on en recensait plus de 7 000 espèces à travers le monde ?

20h, l’apéro

Depuis la dernière allocution d’Emmanuel Macron lundi 17 mars, tous les soirs c’est apéro. Une bouteille de vin à deux en regardant les infos. Du Bourgogne ramené d’un week-end chez mon frère à Dijon. Pas des Côtes de Nuit ou de Beaune, trop chers, mais quand même très fréquentables. Une semaine, une caisse, on compte. C’est pas comme si on avait des stocks à profusion, il faudra alterner avec les cubis récupérés au drive. Peut-être aussi lever le pied ? Pour cela, et pour rythmer davantage les journées, la reprise du télétravail semble hautement conseillée. De toute façon, là, tout de suite, je ne suis pas pressé de reprendre des congés.

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