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J’ai testé la graphologie

GraphologieLes recruteurs qui voudraient vérifier mes compétences et mon profil psychologique par l’analyse graphologique (70% des employeurs tout de même en 2007 selon l’ouvrage de Jean-François Amadieu, DRH : le livre noir) n’ont qu’à bien se tenir. Deux expertes de l’écriture ont rendu leur verdict : d’un caractère expansif, enthousiaste, observateur, réfléchi, curieux, imaginatif, mobile et vif d’esprit, mon écriture démontrerait même un certain sens de l’écoute, une bonne capacité d’analyse, de synthèse et de persuasion… N’en jetez plus. Ah, un point faible tout de même : une forme d’impatience !

Mais toutes ces qualités perçues dans la courbe de mes lettres troublent la fermeté de mon esprit « admirablement manoeuvrier ». Et font tomber mes derniers remparts d’objectivité. Comment, sans qu’elles se connaissent, deux graphologues ont pu rendre un avis si concomitant et dans le fond cohérent ? « C’est le propre des analyses graphologiques : tout le monde s’y reconnait. Les descriptions sont suffisamment vagues pour que cela nous parle et nous aimons tellement entendre parler de nous que ça marche. Et plus le portrait est flatteur, plus le sujet s’y reconnait. C’est l’effet Barnum* », décrypte Laurent Bégue, professeur de psychologie sociale à Grenoble (Psychologie du bien et du mal, Odile Jacob).

Graphologietest

« Nous ne faisons pas de la voyance »

Si les deux graphologues ont bien reçu un courrier écrit de la même main, leur portrait n’en est pas moins « pollué » par le contexte. La première experte s’est vue adresser une lettre de motivation pour un poste d’assistant marketing, la seconde, Véronique Goy, un texte inventé. Pour parfaire leur analyse, elles m’ont demandé de signer ces documents et de leur fournir des indications sur mon profil professionnel. La première graphologue a eu la bonne idée de se rendre sur le réseau social Viadeo et vérifier les informations fournies avec celles trouvées sur Internet, quand la deuxième connaissait l’objet de mon appel : comprendre cette méthode de recrutement en vue de la rédaction d’un article. C’est une des principales critiques à l’encontre de cette méthode : « les graphologues disposent généralement du curriculum vitae et de la lettre de motivation du candidat, connaissent toujours son sexe, son âge et son niveau d’études. Il est donc possible de formuler des analyses, voire des pronostics, parfois fondés, sur la simple base de ces informations », estime Laurent Bégue.

Close up of businessman signing a contract

Un reproche balayé par Véronique Goy. « Notre travail n’est pas de l’ordre de la voyance. Si nous travaillons ainsi, c’est pour vérifier qu’il existe une adéquation entre le candidat et le poste à pourvoir. Nous n’écrivons pas de portraits « psychanalysant » sans fondement. Par exemple, nous pourrons décrypter des signes de maturité dans l’écriture d’un jeune de 19 ans, ce qui est parfaitement valorisable lors d’un recrutement, mais pour un salarié âgé de 35 ans, une telle remarque n’aurait pas de sens. Pour être également plus précis, nous demandons une lettre récente des personnes soumises à l’analyse car l’écriture de chacun évolue avec les années ».

La graphologie face à la science…

La graphologie s’est souvent heurtée à des recherches menées sur sa validité. A l’Université du Nord Colorado, une trentaine de graphologues devait par exemple évaluer l’écriture d’agents immobiliers. Une fois leurs analyses comparées à des facteurs objectifs (nombre de ventes effectuées), leurs résultats étaient pourtant loin de corroborer ces données.

Conclusiongraphologie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré tout, la méthode a encore ses adeptes dans le monde du travail. Frédéric Renault, DRH de Lagardère Services, avoue tout de go être « probablement un des derniers dinosaures à y avoir recours. Mais depuis que j’ai démarré dans le métier en 1979, je rencontre en entretien les candidats qui me paraissent intéressants et je confronte les 2-3 meilleurs à la graphologie. Le but n’est absolument pas de recruter par ce biais mais de valider mes premiers jugements. Certains candidats masquent bien leur vraie nature en entretien, ils paraissent créatifs, extravertis au premier abord, mais leur écriture démontre ensuite le contraire. C’est bien simple : je suis allé 4 fois à l’encontre des résultats graphologiques et 4 fois je me suis planté dans mes recrutements. Pour moi, c’est la preuve par l’expérience ». Transparent avec les candidats, Frédéric Renault « leur fournit toujours les résultats à la fin de l’entretien. A ce moment, ils me regardent et chaque fois me disent : ah oui, c’est moi ! »

Une exclamation partagée ce matin à la lecture de mon horoscope : « débrouillard, habile, bon orateur et curieux, le gémeau est un travailleur fiable et créatif à la fois »

  • Graphologie : ce que dit la loi. Comme pour l’astrologie, la validité scientifique de la graphologie est, selon le ministère du Travail, « douteuse ». Toutes deux « tendent à une recherche sur la personnalité du candidat et non sur ses aptitudes professionnelles. La personne qui s’estime lésée par de tels procédés peut saisir le juge. Tel est le cas si l’analyse graphologique ou astrologique, réalisée à l’insu du candidat, fonde le refus de l’employeur de l’embaucher ».
  • L’effet Barnum. Pourquoi croit-on en l’astrologie ou, en tout cas, pourquoi ce qu’on lit semble si bien s’adapter à notre cas ? C’est l’effet Barnum qui veut que des textes vagues et généraux jouent sur notre bien-être psychologique. Plus les descriptions sont agréables et renforcent l’estime de soi, plus nous sommes prêts à y adhérer.

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Commentaires
  1. socrates
    13 mars 2013 - 10h59

    « 70% des employeurs tout de même en 2007 selon l’ouvrage de Jean-François Amadieu, DRH : le livre noir »

    Décidément ça ne me donne pas envie de lire ce livre… source de ce chiffre qu’on en rigole un peu?

    « Comme pour l’astrologie, la validité scientifique de la graphologie est, selon le ministère du Travail, « douteuse » »

    Bel euphémisme

  2. Marty
    13 mars 2013 - 18h11

    Si on peut douter de la graphologie, je pense qu’on peut aussi douter des employeurs qui font passer des entretiens non? Sur quelle expérience se base un patron de PME qui fait passer un entretien à un comptable par exemple… aucune il n’est pas recuteur pro et pourtant…

  3. lucac’hgozh
    19 mars 2013 - 17h00

    Je tendrais à donner un certain rôle à la graphologie en me basant sur mon expérience personnelle que la stabilité de notre écriture dépend de notre état instantané du moment, même en s’efforçant de bien faire. Il faudrait faire rédiger des écritures à des moments et conditions différentes pour en bien mesurer l’état . Seul un travail purement manuel (manutentionnaire ou agent d’entretien ) peut être déconnecté de toute appréciation graphologique .
    pour résumer, la graphologie instruit autant sur notre stabilité de comportement que sur notre santé . Elle peut en tout cas orienter l’examinateur vers d’autres pistes même si elle n’est pas déterminante

  4. danbo
    19 mars 2013 - 21h23

    Je suis absolument contre, car les graphologues ne voient qu’un infime partie de la réalité. Et tout psy le dit, travailler sur l’autre sans le voir est pure tricherie et INCONCEVABLE.
    Plusieurs tests ont été faits avec des écritures d’auteurs ou d’hommes célèbres.
    Le verdict a souvent été à côté de la plaque.
    Donc, refusez ce qui n’est pas prouvable ni DEMONTRABLE. Seul l’argument chiffré de l’expérience est intéressant, et la personnalité du candidat reçu. Pas de palabre avec ces niaiseries, on tombe dans le ridicule. Maints pays ont laissé tombé, nous sommes le seul a encore jouer les exorcistes avec des graphologues.
    En tant qu’artiste dessinateur, au-delà de mes fonctions de conseil, je fais dire ce que je veux à un graphologue. CE N’EST PAS SERIEUX.
    Il faut demander les résultats analytiques et statstiques qui doivent répondre à la loi du Khi deux. Autrement, c’est du vent (dredi !)
    Ciao !

  5. dr
    20 mars 2013 - 9h51

    la France est encore un des derniers pays dans le monde occidental a demander des lettres manuscrites, cela implique une certaine discrimination! Bien que demander l’age des candidats soit illégal, presque tout les site d’emploi demande la date de naissance et nombreux sont les employeurs qui utilisent l’age comme critères de sélection! si ca servait a quelque chose on pourrait se demander pourquoi ces 2 critères sont interdits dans les autres pays, bien que la France continue sur cette manière archaïques de recruiter!!

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