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Intrapreneurs, corporate hackers : « Des rebelles constructifs qui font d’abord et s’excusent ensuite »

Ils sont les nouveaux rebelles de l’entreprise. Mi-salariés, mi-entrepreneurs, on les appelle les intrapreneurs ou Corporate Hackers. Eux ? Ce sont des individus qui cherchent à innover au quotidien. Peu importe le domaine, les intrapreneurs veulent porter des améliorations et innover au sein de leur organisation quitte à faire grincer des dents et à aller contre la politique de leur entreprise. Concrètement, cela peut être créer un nouveau projet, définir une nouvelle stratégie pour l’entreprise, organiser un comité social, bref … tout ce qui peut améliorer l’entreprise sans en demander l’autorisation à  leur hiérarchie. Certains se sont trompés, quand d’autres ont eu des éclairs de génie qui ont changé la face de leur entreprise.
Eléments d’explications avec Olivier Leclerc, ex-Alcatel, intrapreneur au sein du groupe de haute technologie Safran et l’un des fondateurs de l’association Les Hacktivateurs.

Qui sont les intrapreneurs et Corporate Hackers ?

Un intrapreneur ou Corporate Hacker est le salarié d’une organisation ou d’une entreprise qui se comporte comme un entrepreneur.  C’est aussi simple que ça. Il prend donc la responsabilité directe de ce qu’il engage et de ce qu’il entreprend, un produit, un service qu’il met au service de son entreprise même sans l’accord de son employeur.

Quelle est la différence entre les deux termes ?

Le Corporate Hacker va plus se focaliser sur des problèmes d’organisation et des méthodes internes. Il va travailler sur des process sans aller jusqu’au client final : il fait faire des économies à l’entreprise. L’intrapreneur va travailler sur les produits, les services et les process de l’entreprise : lui va faire gagner de l’argent à son entreprise. Mais les façons de fonctionner restent proches. Dans les deux cas, nous avons affaire à des persévérants, des rebelles constructifs qui font d’abord et s’excusent ensuite si cela n’a pas fonctionné car si vous demandez l’autorisation on vous dira toujours toujours non. Ces salariés ont toujours existé dans les entreprises. Ils ont une idée, décident de la mettre en place et présentent, ensuite, le projet à leur manager. Ce qui est certain c’est que c’est beaucoup plus fréquent qu’on ne le pense : des salariés qui veulent changer les choses dans les petites et les moyennes entreprises il y en a plus que ce que l’on imagine.

Quelles relations entretiennent les intrapreneurs avec leurs dirigeants ?

C’est assez variable : certains dirigeants sont éclairés sur le sujet et entendent facilement qu’il y a d’autres façons de faire et que cela sera générateur de valeur. D’autres, au contraire, sont dans l’illusion totale et ça se passe moins bien avec eux. Dans ce cas, les intrapreneurs s’en vont vers d’autres horizons. Je me rappelle d’un dirigeant d’Alcatel qui, après avoir vu les pitchs des intrapreneurs et le travail qu’ils avaient fait en peu de temps et peu de budget, avait trouvé cela incroyable. Incroyable de voir à quel point un salarié est motivé quand il croit en ce qu’il fait et plus productif. Travailler quand on en a envie, ça fait des miracles et ça déplace des montagnes.

Qu’est-ce que l’association des Hacktivateurs et quel est son rôle ?

Cette association est née il y a deux ans. Nous étions huit à travailler dans de grandes entreprises innovantes ou spécialistes des ressources humaines. Nous nous sommes rendus compte que nous souhaitions faire bouger les choses mais que c’était difficile et que nous pouvions être rapidement mis au ban de la société ou être perçus comme des trublions un peu gênants. Nous avions donc pris l’habitude de nous voir et de se remonter le moral mutuellement mais aussi de partager nos succès respectifs. Puis nous avons décidé de nous développer à plus large échelle à travers la création d’une association : nous sommes aujourd’hui 200 membres composés à 2/3 de salariés, quelques consultants et environ 10 % de startuppeurs qui découvrent le monde du travail et ne s’y retrouvent pas.  L’objectif de notre association est de fédérer les gens qui veulent changer des pratiques dans leur entreprise et qui s’intéressent au Corporate Hacking, l’intrapreneuriat et l’intelligence collective qui sont, pour nous, les trois piliers fondamentaux de la transformation des entreprises.

En tant que membre de l’association, nous participons à des conférences. Nous préparons l’écriture d’un livre également et avec l’entreprise Nod-A nous avons créé un jeu qui s’appelle Petits Hack entre amis qui permet de découvrir l’intrapreneuriat de façon ludique. Nous voulons créer une ressourcerie pour un certain nombre de personnes et évangéliser ces notions d’intrapreneunariat qui sont très à la mode ces dernières années. De notre point de vue, nous sommes arrivés au bout d’un système et d’un modèle d’organisation. Les entreprises doivent se réinventer. Nous avons des pistes. Ce ne sont pas des solutions magiques mais ce sont des pistes de travail. L’objectif c’est de remettre le salarié au cœur du process mais c’est aussi à lui de prendre sa place.

Concrètement, comment mettre en place ce genre de projets ?

Lorsque j’étais chez Alcatel nous avons créé six projets de la sorte à suivre grâce à des salariés intrapreneurs qui ont élaboré des solutions innovantes. L’exemple le plus frappant est celui de l’invention des radios mobiles autonomes.  Les salariés intrapreneurs ont pris des antennes câblées et les ont équipées d’une solution autonome en énergie par panneau solaire ou via des éoliennes sans rien dire à personne grâce à de l’argent récolté en interne. En trois ans, ils ont créé leur projet sur leur temps libre et ont fait gagner 20 millions d’euros à l’entreprise. C’est un exemple concret de ce que sont capables de faire les intrapreneurs, c’est-à-dire, tout !

Demain, tous intrapreneurs ?

Je ne pense pas. Tout le monde se ne retrouve pas dans l’intrapreunariat. Je dirais qu’entre 10 et 15 % des salariés ont ce profil. Une équipe constituée uniquement d’intrapreneurs serait trop difficile à manager. En France c’est assez compliqué parce que souvent nous avons l’impression de ne pas être légitime quand on a une idée.

Que pensez-vous du projet de réforme qui préconise une plus grande participation des salariés dans l’entreprise ?

La participation des salariés dans une entreprise fait partie des options ouvertes et qui sont rendues possibles par l’intraprenariat. Il est nécessaire d’avoir des règles claires et précises sur le partage de la valeur et que nous soyons tous associés au succès de ce qu’on propose. L’entreprise garantit un travail, un cadre et une petite part des résultats. Il y a beaucoup de débats aujourd’hui sur la façon de dynamiser une entreprise. Il faut que les organisations mettent en place un système qui permet de rétribuer plus justement les initiatives supplémentaires des salariés. Les salariés ne font pas ça pour l’argent, les entrepreneurs non plus. Monter une boîte pour devenir riche c’est illusoire. Nous nous attachons chez les Hacktivateurs à déconstruire cette image d’Epinal.
Etre un intrapreneur, c’est seulement donner un vrai sens à son travail comme un chef d’entreprise le fait.

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Commentaires
  1. Sandra
    4 janvier 2018 - 22h24

    Le rêve de nombreux profils efferveScients et atypiques ! J’aurais adoré connaître ça dans le salariat 🙂

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