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« La France est à la traîne dans le secteur numérique »

Nicolas sadirac 42Lancée officiellement fin mars par le patron de Free, l’école 42 ambitionne de former gratuitement 1000 développeurs informatique chaque année pour répondre à la pénurie de compétences dans ce secteur d’avenir. Cette formation d’un nouveau genre a déjà séduit près de 50.000 candidats. Mais l’objectif c’est aussi de faire exploser les codes éducatifs en révélant de nouveaux talents. Et il y a urgence, selon Nicolas Sadirac. Le Directeur Général de 42.fr estime en effet que le système éducatif français n’est pas capable de fabriquer les profils dont les start-up et les entreprises du web ont besoin. C’est tout un système qu’il faut remettre en question. Interview.

L’idée de créer l’école 42 est venue de ce que vous appelez le « retard français » dans le domaine du numérique, c’est un constat partagé par les différents fondateurs de 42…

Oui, Xavier Niel et les gens qui l’entourent ont fait ce constat : ils n’arrivent pas à trouver les compétences dont ils ont besoin dans leurs entreprises. Régulièrement chez Free, mais également au sein des start-up dans lesquelles il est impliqué, Xavier s’interroge sur cette pénurie de ressources humaines qui s’aggrave depuis 15 ans.
En tant que directeur général d’Epitech, je le constate aussi : chaque étudiant reçoit environ 30 propositions d’embauches en CDI avant même d’avoir terminé ses études. Les employeurs réservent même les candidats à partir de leur deuxième année, cette pénurie est de plus en plus forte sur tous les métiers de l’informatique.
C’est grave car beaucoup de projets dans les entreprises sont freinés, retardés ou annulés à cause de ce manque de ressources. Finalement en France, on ne manque pas d’idées mais on n’a pas les développeurs ou les pointures technologiques pour les mettre en oeuvre. C’est un vrai paradoxe : nous sommes la cinquième puissance économique mondiale mais nous sommes relégués au vingtième rang du secteur numérique. Nous sommes vraiment à la traîne dans un secteur qui va devenir un élément dominant de l’économie à très court terme.

Pourquoi l’école ne propose qu’une formation au métier de développeur ?

Parce que chaque salarié dans le développement induit une dizaine d’autres salariés dans les fonctions support ou connexes : commercial, logistique, webdesign, etc. L’autre raison c’est que ce n’est pas forcément très compliqué de former des développeurs. Ce métier ne nécessite pas une dizaine d’années d’études et peut s’adresser à un public assez large. Nous nous en sommes aperçus en lançant notamment des expériences comme la WebAcademy qui permet d’amener des jeunes sortis du système scolaire vers ces métiers d’avenir. La ressource est donc rare uniquement parce que le système éducatif français ne sait pas la fabriquer.

Pourquoi le système scolaire classique ne parvient pas à former de bons développeurs ?

Le système éducatif français s’est structuré autour de dogmes et de processus archaïques. C’est un gros mamouth qui n’arrive pas à bouger alors que ces métiers demandent au contraire d’évoluer rapidement au gré des changements technologiques. Tous les ans, près de 200.000 jeunes se retrouvent exclus du système scolaire. Parmi eux, il existe pourtant de superbes talents qui ne demandent qu’à s’exprimer. Nous avons par exemple le cas d’une jeune fille qui vendait des hamsters et qui donne aujourd’hui de très bons résultats en tant que développeuse chez Free. La société française n’est pas capable de tirer la meilleure valeur ajoutée de sa jeunesse. C’est dommage car on se prive des meilleurs et cela explique notre retard.

Ecole42

Vous avez donc décidé de prendre le contre-pied du système de formation traditionnel en créant 42.fr…

Oui, c’est pour cela que nous avons décidé de former 1000 développeurs tous les ans qui auront vocation à décoincer le secteur. Les informaticiens doivent en effet apprendre à travailler dans un système collaboratif pour mener à bien des projets avec des webdesigners, des professionnels du marketing… Aujourd’hui, il ne suffit pas d’être pointu dans son domaine, il faut pouvoir collaborer avec les autres et avoir une vision globale.

La gratuité, l’ouverture, la collaboration ce sont aussi des valeurs typiques de l’écosystème web…

Notre formation se veut effectivement « Peer to Peer », ouverte et collaborative, clairement dans la logique de ces métiers. La formation proposée par 42.fr refuse le cloisonnement hiérarchique, avec un prof en haut de la structure et les élèves en-dessous. Nous souhaitons faire exploser ce modèle ancien avec une structure plane, des outils modernes et une école où tout le monde participe. L’objectif est de créer un système d’émulation en partenariat avec les entreprises pour dynamiser les jeunes et les aider à révéler leur talent.

Ce modèle d’enseignement est aussi une remise en cause du management traditionnel…

Oui, dans les start-up, le fonctionnement est radicalement différent. On travaille dans un open-space de manière collaborative. Mais c’est la société dans son ensemble qui est en train de changer, une analyse très bien faite par Michel Serres dans son livre « Petite Poucette ». Le système hiérarchique centralisé est en train d’exploser. Les valeurs de référence chez les jeunes changent aussi : le prof n’est plus légitime uniquement en raison de son statut.

Le fait de ne pas délivrer de diplôme à vos futurs étudiants s’inscrit également dans cette logique ?

Nous n’avons rien contre le système des diplômes, mais il reste porteur d’un modèle hiérarchique dépassé. Nous remettons en question l’idée même de savoir : nous ne sommes pas là pour que les étudiants emmagasinent un savoir prédéfini à l’avance, ce qui compte c’est qu’ils puissent apprendre tout au long de leur carrière. Aujourd’hui, la connaissance n’a plus de valeur, elle change tout le temps, le plus important c’est plutôt de savoir trouver. Les compétences figées ne servent à rien et le diplôme n’est plus adapté aux connaissances technologiques.

Ecole42 piscines

Combien avez-vous reçu de candidatures pour la prochaine rentrée et comment allez-vous sélectionner vos premiers étudiants ?

Nous sommes aujourd’hui à près de 50.000 candidatures, la demande est très forte d’autant que le relais médiatique a dépassé ce que nous avions imaginé. Cela démontre qu’il y a un vrai besoin. Sur ces 50.000 candidats nous en avons déjà repéré 15.000 qui correspondent à nos attentes au niveau des tranches d’âge et des capacités.
La sélection se poursuivra d’abord avec un jeu vidéo qui va valider les compétences cognitives de base : la mémoire instantanée, la capacité de mapping, la capacité de concentration, la logique procédurale, la méta-cognition (l’analyse de ce qu’on est en train de faire)… A partir de là, nous aurons sélectionné 3000-4000 personnes qui seront reçues dans ce que l’on appelle des « piscines ». Des périodes intensives d’informatique durant lesquelles elles seront immédiatement mises en situation de travailler sur des projets de manière collaborative, pour voir comment elles se comportent. Grâce à cette dernière sélection, nous déterminerons les 1000 meilleurs qui rejoindront notre première promotion.

L’enjeu, c’est vraiment de fabriquer les stars du web de demain et de pousser l’économie. Parallèlement, nous poursuivons également notre travail d’évangélisation pour orienter les jeunes vers les métiers du numérique. Notre démarche n’est peut-être pas la meilleure en termes d’éducation sur le long terme ou de théorie pédagogique, mais nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre 10 ou 20 ans pour former des jeunes, nous avons besoin d’eux tout de suite !

Pour s’inscrire et faire partie des premiers étudiants, rendez-vous le site web de 42.fr A suivre aussi sur Twitter et Facebook.

  • Crédit photo : Laurent Belando

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Commentaires
  1. paul75
    23 avril 2013 - 13h07

    Xavier Niel, Nicolas Sadirac, Stéphane Boukris & Co se leurrent complètement et leurrent les médias : le chômage des informaticiens en France est actuellement au plus haut depuis 2005 avec 36 000 demandeurs d’emploi dans la profession, soit environ 7% de taux de chômage (sources : DARES), un nombre qui a DOUBLE depuis le début de la crise en 2008 ! Faites une petite recherche sur Google et auprès des sources qualifiées (ex. Pôle Emploi et syndicats, pas seulement les sources patronales ou les cabinets de recrutement n’est ce pas…) et vous verrez bien.
    Il y a actuellement plus de 7000 développeurs immédiatement disponibles inscrits à Pole emploi (CAT.ABC).
    De plus, on forme suffisamment d’informaticiens en France (environ 16 000 chaque année) par rapport aux véritables besoins de la profession (moins de 15 000 créations nettes d’emploi / an).
    Il n’y a que les « illuminés » comme M. Niel (qui n’est plus qu’un magnat de la com…), les « marchands de viande » (SSII qui recrutent de façon hyper sélective – JEUNES bac+5 moutons à 5 pates – avec leur lobby le Syntec et les cabinets de recrutement qui travaillent pour eux…), certaines écoles privées (ex. Epitech, qui ont tout intérêt à avoir un maximum de candidats et à surenchérir sur le mensonge de la pénurie…) et les « journalistes » incompétents (qui ne savent que répéter les bobards patronaux…) pour parler de pénurie d’informaticiens (au sens large) en France.
    Après, qu’il y ait des difficultés de recrutement sur certains profils, c’est tout à fait normal sur un marché du travail aussi spécialisé et évolutif : l’informatique c’est plus d’une centaine de métiers différents et des milliers de compétences différentes… la solution pour résoudre le problème de l’inadéquation des profils n’est pas dans la formation initiale mais dans la formation professionnelle & continue !

  2. lolo
    24 avril 2013 - 17h18

    Durant + de 20 ans (dont 16 en déplacements), informaticien grands systèmes IBM 3090 (MVS cobol, db2,cics, teradata, pacdesign, telon, nsdk, jcl) en SSII, mais depuis + de 4 ans en recherche active d’un emploi (CP MOE technique, analyste, développeur) malgré des dizaines et des dizaines de recherches et/ou de contacts avec des recruteurs et bien non rien à faire pas la piste du début d’un bout de travail à l’horizon, dédaigné, ignoré (par des employeurs qui me répondent que leurs équipes sont jeunes. Certes peut-être, mais ceux la plupart du temps qui me répondent cela ont + que la cinquantaine, ils sont effectivement très bien placés ou par des chargés de recrutement qui me disent depuis que je suis en poste je cite « …je n’ai jamais embauché de senior… » génial l’état d’esprit de la boîte), malgré aussi de nombreuses demandes de formations (SAP, NTIC) au Pôle-emploi refusés, demandes de reconversions refusées aussi au seul motif que je n’ai pas le niveau pré-requis (actif depuis 1982 dont 7 ans dans la grande distribution + 21 ans dans l’informatique la cinquantaine, autodidacte), entretiens avec des administrations locales (Conseil général, pairies, députés, référents handicaps), tous les salons de l’emploi aussi bien pour les valides que pour les handicapés (je suis reconnu travailleur handicapé pour une maladie orpheline chronique – merci toutes ces années de stress – bientôt le cancer qui me guette, j’ai failli y laisser ma peau à l’été 2009 enfin bref…tout le monde s’en fout. Les SSII qui font à longueur de journée de la discrimination à l’embauche (passent des offres d’emplois qui forment soit à mes compétences (c-a-d à celles qui ne s’apprennent pas – cobol, db2, cics, teradata, mvs, tso, jcl, telon, pacbase, nsdk – dans les écoles et qui sont celles des seniors aujourd’hui que l’on ne veut plus) pour un poste à la clef et ayant une expérience professionnelle entre 0 et 2 à 3 ans donc pas pour les seniors forcément. C’est discriminatoire employez donc les informaticiens seniors qui sont aussi des gens qui ne sont pas riches ni aisés qui ont besoin de travailler et qui ont des vrais valeurs, compétences, sérieux sans se prendre au sérieux, jamais malades ou absents, peu de turn-over que l’on a exploité pour mener à bien la mise en place des applications de gestion dans toutes les entreprises du tertiaire, qui sont en trai de crever en silence sans qu’ils leurs soient possible de rebondir soit par le travail soit par la formation (pas diplôme la + part du temps donc ne peuvent enclencher une formation digne de ce nom). Même les organismes de formation en NTIC ne veulent pas nous former j’ai été refusé 2 fois dans 2 organismes alors que je suis déjà informaticien depuis + de 20 ans. Je ne sais plus quoi faire (ma femme licenciée aussi depuis octobre 2012). Le Directeur du Pôle-emploi de Nantes m’a dit clairement que les entreprises je cite « …ne veulent plus des informaticiens de + de 45ans et encore moins des informaticiens grands systèmes, ont leur transmets des CV ils n’y donnent jamais suite… ». Voilà, après près de 30 ans d’activité professionnelle derrière moi
    je n’ai plus d’espoir, je me suis fais boulé de partout sans parler des humiliations, du sentiment de honte, de l’indifférence, de la solitude qui s’installe, des mauvaises pensées et bien plus encore… A vous lecteurs, si vous avez des besoins (en informatique ou autre boulot) je suis disponible. Lolo Nantais.

  3. FmR
    24 avril 2013 - 18h07

    Merci de votre témoignage Lolo j’espère que vous pourrez trouver rapidement quelque chose. Je pense que vous devriez essayer de ne pas rester seul dans votre recherche et vous faire conseiller, c’est important. A Nantes il existe une association qui accompagne les cadres de 45 ans et plus http://www.clubcadrexperts.fr/ ils organisent régulièrement des ateliers et et des événements, vous devriez peut-être les rencontrer.

  4. mitch74
    13 octobre 2013 - 15h43

    Je partage globalement l’avis de sadirac et niel sur le sujet mais ne nous leurrons pas , la position de la france dans le numérique n’est pas du au hasard , j’irai même plus loin , elle est voulue inconsciemment.

    La faute à plusieurs choses :
    – la plupart des managers français ont une culture informatique réduite : la plupart sont des mathématiciens et considèrent l’informatique comme une matière subalterne voir une source de coût pur et simple .
    – les filières d’expertise sont déconsidérées dans le pays , résultat certains éléments brillants se tournent vers le management bien qu’ils seraient plus utiles dans la recherche
    – le pays n’a pas la culture du risque et pour cause la plupart des dirigeants sont d’anciens hauts fonctionnaires issus des grands corps de l’état donc pas vraiment le profil du self made man à la steve jobs
    – la mentalité typiquement française qui réduit le potentiel d’un individu à un diplôme obtenu entre 18-20ans . Les exclus se frustrent , certains s’en vont à l’étranger pour exploser le plafond de verre , d’autres se résignent dans une grande entreprise ou une administration
    – le financement est bien trop réduit par rapport aux concurrents anglo saxons d’autant plus qu’il est grande partie étatique .
    – enfin peut être le plus important, les écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses sont réticentes à l’idée d’ouvrir leur formation au numérique car il pourrait induire un changement dans la valeur de leur diplôme.

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