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« Il faut sortir des schémas traditionnels pour libérer le travail ! »

On souffre de ne pas en avoir, mais on peut tout autant souffrir d’en exercer un trop difficile. C’est là toute l’ambivalence… Et si le travail cessait d’être associé à la pénibilité, à la souffrance physique et psychologique, à la contrainte ou au manque de temps… ? C’est l’ambition portée par Samuel Tual, Président du Groupe ACTUAL, entrepreneur humaniste et acteur engagé du monde du travail, qui s’exprime sur Mode(s) d’Emploi dans le cadre de notre série « Tribunes RH ».

Président du MEDEF Mayenne, il est l’auteur d’un livre coup de gueule publié en 2015, « Le Travail pour tous » dans lequel il livre ses propositions pour réenchanter le travail en France.  Egalement à l’initiative d’un « Livre Blanc pour l’Emploi en France » publié en août 2017 dans lequel il a recueilli les impressions et les propositions de 80 chefs d’entreprises français, Samuel Tual est un réformateur qui voit la flexibilité comme une liberté et non comme une précarisation. Il nous livre sa vision du travail.

Un système français à bout de souffle

Toutes les politiques nationales mises en place depuis 50 ans ont échoué. Nous nous sommes habitués à ce chômage de masse mais n’oublions pas que ce dernier génère de nombreux maux dans notre société. Problème de finances publiques, taux d’activité inférieur à 50 %… Les mesures prises, censées protéger les salariés, rigidifient considérablement le marché du travail. Ce dernier n’est pas suffisamment flexible, ce qui amène des collaborateurs malheureux au travail à rester à leur poste de peur de ne pas retrouver d’emploi, ce qui est générateur de stress au travail, de burnout… Tout cela donne une image négative au travail qui, normalement, devrait être quelque chose de positif.

Loi Travail, réforme de la formation, de l’apprentissage et de l’assurance chômage… Il y a aujourd’hui une forte volonté de faire évoluer le contexte réglementaire et les réformes portées par le gouvernement vont dans le bon sens, mais personnellement, j’irais encore plus loin.

« Ce n’est pas le travail qui pose finalement problème, c’est le contexte dans lequel il est organisé en France qui est générateur de maux »

La reprise économique constatée depuis plus d’un an se confirme, même si beaucoup d’emplois sont encore proposés en contrats courts (CDD ou CTT – contrats de travail temporaire). Petit à petit, nous allons vers plus de créations d’emplois pérennes. Mais malgré le chômage de masse, les entreprises peinent à trouver les compétences qui correspondent aux postes proposés. Pour résoudre cette équation, il faut renforcer l’accompagnement des demandeurs d’emploi et passer par la case « formation professionnelle » pour que les compétences puissent évoluer en fonction des besoins. Ces derniers changent, les métiers évoluent.

C’est là que le sujet de la réforme est majeur. Mais ce plan de réforme doit être agile pour répondre à des besoins très divers, un peu partout sur le territoire : mettre des mesures en place depuis Paris, qui s’imposent à tous, sans distinction et de manière globale, n’est pas une bonne solution. Il faut apporter des réponses bassin d’emploi par bassin d’emploi, entreprise par entreprise… Et surtout, il faut donner l’opportunité aux organisations d’être beaucoup plus impliquées dans le processus de formation professionnelle !

Le travail, un moyen de se réaliser, de s’épanouir

D’un point de vue étymologique, la racine du mot travail est « tripalium », un outil de torture. Mais si l’on remonte encore plus loin, le travail a permis la fabrication d’outils pour cultiver, se défendre… Dans toutes les sociétés, il est le moyen de se réaliser, de s’épanouir et d’apporter une considération sociale grâce à ce que chacun apporte à la société, de gagner sa vie légitimement et de subvenir aux besoins de sa famille… Ces valeurs sont positives ! Ce n’est donc pas le travail en tant que tel qui est négatif mais ses conditions d’exercice.

Selon moi, il est urgent de changer notre regard sur le travail et de cesser de le voir de manière négative. Il faut faire en sorte que chacun puisse trouver sa place dans ce système. Car réussir sa vie aujourd’hui, soyons honnête, c’est réussir à la fois sa vie familiale et professionnelle. Pour moi, les deux sont conciliables et il n’est pas nécessaire qu’elles s’opposent systématiquement.

N’ayons pas peur des nouvelles formes d’emploi

En France, on considère que le seul contrat de travail valable est le CDI. CDD, contrat intérimaire, indépendance… Toutes les autres formes d’emploi sont vues comme précaires ou atypiques.

Au-delà de la relation bilatérale employeur/employé, beaucoup de pays considèrent pourtant d’autres relations au travail comme le salarié employé dans une entreprise par un tiers de confiance. C’est le cas du travail temporaire, pour un groupement d’employeurs, du temps partagé ou du portage salarial… Dans cette relation de travail tripartite, on peut à la fois aller très loin dans la sécurité de l’emploi et la flexibilité. Les études montrent que dans ces pays au code du travail moins rigide comme les pays scandinaves, le bien-être au travail est nettement supérieur à celui des travailleurs français.

Rendre le travail plus flexible, sans pour autant le précariser

La précarité, c’est le CDD, pour lequel le travailleur, une fois sa mission terminée, se retrouve livré à lui-même. Une fois sa mission terminée, même courte, un salarié d’une agence d’emploi, de portage salarial ou en temps partagé, est accompagné, formé… Il est donc tout sauf précaire. La flexibilité dans ce cadre ne correspond pas à la précarité mais à la sécurité et à la liberté. Et cette liberté correspond aux aspirations des générations Y et Z, qui ne considèrent pas le CDI comme une finalité. Ce qui les intéresse, c’est le sens donné à leurs missions plutôt que le type de contrat qu’ils vont signer. Si elle n’est pas subie, la flexibilité peut apporter beaucoup aux individus.

Changer de modèle d’entreprise pour développer l’intelligence collective

C’est au contraire la clef pour une entreprise performante. Il s’agit plus d’un état d’esprit que de la taille de l’entreprise avant tout. Il y a pour moi deux catégories d’entreprises : celles à logique financière, qui utilisent l’homme au service de l’organisation avec la performance économique comme finalité ; et il y a les autres, qui font tout l’inverse et dont la finalité est l’humain, à travers les services rendus par l’entreprise ou le rôle donné à chacun dans l’organisation. Dans ce 2e type d’entreprise, l’autonomie donnée à chacun est plus forte, on travaille en mode projet et on donne du sens. C’est un cercle vertueux, les équipes sont engagées et c’est bon pour les résultats de l’entreprise.

J’ai pu mettre cela en place dans notre réseau d’agences « Actual l’agencemploi » : nos équipes sont à taille humaine et l’organisation est plutôt horizontale. Nous sommes plus performants que la moyenne du marché : c’est bien la preuve que cela fonctionne.

L’automatisation, pour un travail moins pénible et plus intéressant

Il y a trois leviers pour diffuser ce mode d’organisation du travail selon moi. D’abord, dispenser ce mode d’organisation dans les écoles de management. Je participe à ce titre à la Chaire « Management du Travail Vivant » de l’IRCOM à Angers, un programme d’expertise scientifique et de recherche dédié au travail et à son management. Second levier : la mise en pratique et la preuve par l’exemple, comme c’est le cas chez Actual. Et troisième axe, l’avènement de l’intelligence artificielle et les évolutions actuelles que vit notre société ne donnent plus d’autre choix que d’aller vers un nouveau type de management horizontal, qui donne du sens.

Grâce aux nouvelles technologies et notamment à l’intelligence artificielle, certaines tâches pénibles peuvent être réduites. L’automatisation, selon moi, ne détruit pas les emplois, mais les rend moins pénibles et plus intéressants pour les individus. Ces derniers auront un rôle plus créatif, de gestionnaire, et les compétences vont évoluer. On peut se réaliser au travail sans pour autant exercer des tâches complexes ou altérer sa santé au travail.

La flexibilité du travail passe par la liberté

Il y a une évolution globale de la société et une prise de conscience générale qui induit une modification des comportements. Il y a déjà une prise de conscience sur la question de l’environnement – en témoigne l’engagement de plus en plus fort pour la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

Il sera impossible d’avoir une entreprise durable et pérenne et si le projet d’entreprise ne montre pas son utilité, sa contribution à la société, avec une considération pour les hommes et les femmes qui travaillent pour elle. Cette évolution, portée par les jeunes générations qui l’inspirent fortement, associée au progrès technologique, est incontournable. Les entreprises qui ne s’y plient pas seront dépassées par celles qui l’ont compris.

Pour moi, la flexibilité du travail passera par la liberté : liberté de chacun de travailler pour qui il le souhaite, quand il le veut, où il le souhaite, autant qu’il le souhaite, avec des formes d’emploi liées à ses aspirations, une possibilité de concilier la vie professionnelle avec des choix de vie personnelle ou familiale. Les progrès technologiques permettent à l’individu d’être de plus en plus libre. Maintenant, c’est le cadre législatif qui doit évoluer en ce sens. Il faut sortir des schémas traditionnels de travail qui datent d’un autre temps et d’un cadre de travail trop rigide – le CDI – pour libérer le travail.

www.groupeactual.eu

(Photo : @Regards Laval)

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Commentaires
  1. Treton
    6 juillet 2018 - 18h46

    3 remarques
    1) en cette semaine de publication des fortunes des français, rappelons que les plus riches ne sont pas en CDI
    2) si tous ceux qui se disent insatisfait de leur travail avaient le courage de le quitter, non seulement ils s’offriraient de belles opportunités mais ils libèreraient des postes et contribueraient à pointer les organisations qui ne sont plus adaptées aux humains d’aujourd’hui. Et ce courage ne devrait-il pas s’apprendre à l’école ?
    3) dirigeants de notre pays, technocrates, merci de cesser de casser notre intérêt au travail, de nous en faire perdre le sens, par le poids administratif démesuré que vous nous imposez…
    + une question : la sécurité dans quelque domaine que ce soit, doit-elle être un objectif ou une conséquence ?
    Merci Samuel Tual pour cet article.
    Jean Paul Treton

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