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Harcèlement sexuel au travail : une enquête dresse le « profil » des victimes

Près d’une femme sur 3 a déjà été confrontée au moins une fois à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle selon un sondage de l’Ifop paru ce matin, contre 1 femme sur 5 il y a 4 ans. Un harcèlement que les victimes auraient tendance à minimiser selon l’Ifop, mais qui peut avoir un impact sur leur santé. Dans ce portrait bien négatif mais réel que dresse l’institut du monde professionnel, on peut toutefois se demander si dresser le profil-type des victimes était bien utile…

Souhaitant rebondir sur l’affaire Weinstein en proposant une étude face à l’absence de données récentes sur le sujet, le département « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop a mené pour le site d’information et de conseils bien-être VieHealthy.com une grande enquête auprès de 2000 femmes âgées de 15 ans et plus en janvier 2018. L’objectif : mesurer l’ampleur des différentes formes de harcèlement sexuel au travail et leur impact sur l’état de santé (physique, morale, sexuelle) des victimes. Cette fois, l’étude traite du harcèlement « au sens juridique du terme » insiste l’Institut de sondage, et non sur la base d’un ressenti purement  subjectif.

Qu’est-ce que le harcèlement ?

Comme définit par la loi, « le harcèlement sexuel se caractérise par le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilée au harcèlement sexuel toute forme de pression grave (même non répétée) dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte sexuel, au profit de l’auteur des faits ou d’un tiers ». Dans les 2 cas, le harcèlement sexuel est puni quels que soient vos liens de l’auteur avec sa victime, même en dehors du milieu professionnel. Si le harceleur a eu un contact physique avec cette dernière, il peut s’agir d’une agression sexuelle, plus gravement punie.

1 femme sur 3 a déjà vécu le harcèlement sexuel au travail

Sifflements, gestes et commentaires grossiers, regards concupiscents, remarques gênantes sur la tenue ou le physique, propos obscènes, recevoir des mails/photos ou vidéos à caractère sexuel, recevoir des invitations ou cadeaux gênants… Le harcèlement sexuel au travail revêt donc de nombreuses formes.

Si ses formes « visuelles ou verbales » font partie des atteintes les plus répandues, la promotion canapé au travail est devenue une pratique peu courante de nos jours selon l’Ifop et seules 8 % des femmes auraient subi ce genre de pression… De même, le harceleur n’est pas forcément un supérieur hiérarchique, profitant de sa position d’autorité : il est plus souvent un collègue ou une personne extérieure (client, fournisseur…). Ce comportement se pratique donc aujourd’hui de manière plus insidieuse mais reste présent dans le milieu du travail.

Une tendance à sous-estimer et minimiser encore forte 

Si 32 % des Françaises ont déjà eu à subir ce genre de situation, elles sont en revanche peu nombreuses à avoir le sentiment « d’avoir déjà fait face à une situation de harcèlement sexuel » durant leur vie professionnelle : 22 % seulement des répondantes partagent ce ressenti. Une proportion qui n’a pas changé depuis la précédente enquête menée en 2014, malgré la vague de dénonciations survenue lors des mouvements #balancetonporc et #metoo après l’éclatement de l’affaire Weinstein. Pour l’Ifop, ce chiffre peu élevé est surtout le reflet d’une méconnaissance de ce qui relève juridiquement ou non du harcèlement sexuel.

Face à une situation de harcèlement, 32 % à 44 % des victimes font encore le choix d’une stratégie « passive », en évitant de parler du problème à autrui. Celles qui en parlent le font avec un collègue ou un proche. Et seulement 7 à 16 % selon les situations adoptent une stratégie « active », choisissant d’en parler à une personne pouvant solutionner le problème comme un supérieur ou un délégué du personnel.

Un impact réel sur la santé physique et morale des victimes

Toutes les pressions physiques, verbales ou psychologiques ont pourtant un impact sur l’état de santé – physique, morale ou sexuel – des femmes qui les subissent, « particulièrement le cas des formes de harcèlement physique (ex : effleurement du visage, mains aux fesses…) » note l’Ifop. Elles ont ainsi un impact sur le degré de satisfaction à l’égard de leur vie sexuelle ou de l’appréciation de leur physique, ou sur le moral.

Le monde du travail, « loin d’être un environnement policé »

« Loin d’être un environnement policé, où règne le contrôle de soi et des pulsions sexuelles, le monde du travail constitue un environnement où nombre de femmes sont victimes non seulement de pressions psychologiques ou de propos désobligeants mais aussi d’agressions physiques voire d’agressions sexuelles au sens strict du terme ». Le ton de l’étude est donné.

L’autre objectif affiché de cette dernière est de casser les idées reçues sur les caractéristiques des victimes ou le profil de leurs harceleurs. Pour cela, l’institut de sondage a dressé le profil des victimes : statut marital, région, secteur d’activité, âge, niveau de diplôme, catégorie socio-professionnelle, statut d’emploi (chef d’entreprise, manager, employée…)… Mais on y trouve aussi l’IMC (indice de masse corporelle) ou l’orientation sexuelle…

Des critères qui laissent perplexes. Ainsi, l’Ifop fait le portrait-type de la femme harcelée et fait la liste des facteurs « aggravants » : être célibataire, être homosexuelle, résider dans une grande agglomération – notamment dans l’agglomération parisienne – ou être titulaire d’un contrat de droit privé et de nous rappeler que « toutes les femmes ne sont pas exposées au même risque de harcèlement ».

Fallait-il préciser « les facteurs aggravants » ?

Certes, l’Ifop nous explique par exemple pour les femmes homosexuelles que « dans un monde du travail valorisant assez peu l’anticonformisme, leur transgression des normes de genre les exposait plus à des risques de rappel à l’ordre de leurs collègues masculins ». Et sur la question de la catégorie socioprofessionnelle, le fait que les cadres soient deux fois plus nombreuses à avoir été harcelées (40 %) que leurs collègues ouvrières (23 %) indiquerait que le harcèlement n’est pas seulement l’expression d’un désir ou d’une frustration des harceleurs, mais résulterait bien d’une volonté de domination des hommes dans leurs relations avec les femmes ayant du pouvoir.

Malgré ces explications, pas sûr que faire la liste de ces facteurs aggravants soit utile. Sauf peut-être, pour prévenir les « maigres, lesbiennes ou bi » qu’elles sont susceptibles de subir plus de situations de harcèlement que leurs collègues ? Quels clichés sont brisés quand on lit que les femmes minces sont plus souvent harcelées que les obèses, ou les célibataires le sont plus que les femmes mariées…?

Ce sondage nous confirme surtout une chose : dans le monde du travail, il est urgent que les mœurs évoluent. Que l’on accepte et intègre enfin les différences de tenue, de physique, d’orientation sexuelle… Que l’on s’habitue enfin à voir des femmes aux postes à responsabilités. Et que les femmes cessent d’accepter et de se résigner devant toute situation déplaisante quelle qu’elle soit, en ayant le soutien totale de leur hiérarchie.

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