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  • Qualité de vie au travail

Greatwashing : quand le bonheur au travail devient un outil de communication corporate

Chief happiness officer, baby-foot, locaux high tech, derrière ces nouvelles pratiques à la mode se cache bien souvent du greatwashing.

Avec le bonheur au travail, les entreprises tentent de s'acheter une bonne conscience. (GettyImages/scyther5).

[LONG FORMAT] La QVT c’est le nouveau mantra des entreprises. Bonheur au travail, chief happiness officer, team building, les entreprises quand elles recrutent mettent de plus en plus en avant tout ce qu’elles apportent aux salariés en termes de qualité de vie au travail : locaux high tech, petit déjeuner offert, open space, cours de yoga … « Pour avoir des salariés plus productifs, facilitez-leur la vie au travail et rendez la plus belle ».
Pourtant, jamais on a autant parlé de souffrance au travail : ennui des tâches, robotisation et automatisation des charges, burn out, pression de plus en plus forte, la souffrance psychique des salariés est à prendre en compte. En effet, selon un important rapport de la SECU datant de 2011, près de 20 000 accidents du travail par an sont dûs à la souffrance psychique.

Préserver la santé mentale des salariés : une obligation des entreprises

L’employeur est tenu par la loi de tout mettre en œuvre pour préserver la santé physique et mentale des salariés. Selon l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, le stress au travail intervient donc « lorsqu’il y a un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui imposent son environnement et ses propres ressources pour y faire face ». Le bien-être au travail est incontestablement devenu un sujet phare pour les entreprises ces dernières années. Celles-ci rivalisent alors d’idées pour rendre le quotidien des salariés plus fun. De nouveaux postes de chief happiness officer voient le jour, on intègre les petits déjeuners hebdomadaires, des team building etc… Pour autant jamais les salariés n’ont été aussi peu heureux et épanouis au travail.

Des salariés pas heureux au travail

En effet, une récente étude d’ADP, réalisée au niveau européen, montre qu’il existe encore beaucoup de tabous autour du mal-être au travail. Sur 10 salariés, 7 d’entre eux affirment que leur employeur ne se soucie pas de leur confort ou uniquement en surface. Malgré les campagnes de sensibilisation menées, un décalage existe entre ce qui est dit et ce qui est réellement installé pour soutenir les salariés. Beaucoup d’organisations n’ont pas mis en place un environnement ou des outils adaptés afin de débloquer la situation. Seul 1 salarié sur 5 se sent suffisamment en confiance pour témoigner d’un problème à son employeur.

Un autre étude (la fondation Pierre Deniker) met également en lumière le fait que les salariés se sentent inutiles au travail. Ils émettent un travail peu valorisant en premier lieu : 22 % des salariés se sentent inutiles et estiment que leur travail ne donne pas une bonne image d’eux-mêmes. Parmi eux, 40 % présentent une détresse assimilable à un trouble mental. La proportion atteint 46 % chez les femmes.

Bienvenue dans l’ère du greatwashing

Le bonheur au travail, les chief happiness officer et autres baby-foot, avec l’arrivée de ces pratiques à la mode dans les organisations, est aussi apparue l’idée de promouvoir et de parler des initiatives managériales de son entreprise. Les entreprises ont décidé de mieux s’occuper de leurs salariés mais est-ce vraiment désintéressé ? Les maîtres de conférence en Sciences de Gestion de l’université de Poitiers Jean-Christophe Vuattoux et Tarik Chako ont récemment introduit la notion de greatwashing en référence au greenwashing.

Standardisation du bonheur au travail

Les deux chercheurs expliquent que l’on ne peut standardiser le bonheur. Le Collège d’expertise définit une approche qui entraîne des pratiques de prévention qui seraient davantage centrées sur « le thermomètre plutôt que sur le malade ». Le rapport en conclut que ces dispositifs rapides à mettre en œuvre sont aussi les moins efficaces en termes de prévention sur le long terme permettant ainsi aux organisations de répondre facilement à leur obligation de préservation de la santé mentale des salariés. De nombreuses entreprises utilisent ces concepts positifs comme un outil de communication corporate pour montrer comment il fait bon vivre dans leur entreprise et combien les salariés sont heureux.

Mais dans les faits, il semble que l’on assiste davantage à un travail de communication et d’affichage marketing qu’à un moyen de mieux prévenir les pathologies de la santé psychosociale des salariés. En effet, les entreprises n’ont jamais autant communiqué sur les actions qu’elles entreprennent pour avoir des salariés heureux tandis que dans le même temps l’augmentation inquiétante des arrêts de travail se poursuit. Tout le problème ne viendrait-il pas de l’attente de plus en plus forte des entreprises qui en demandent trop. Celles-ci se vantent en effet qu’un salarié heureux est un salarié beaucoup plus performant. Les salariés Français sont pourtant déjà parmi les plus performants au monde selon une étude de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).

« Mais enfin de quoi tu te plains ? »

Cette idéologie qui repose sur une approche standardisée du bonheur est aussi à double tranchant : chacun devant éprouver le même plaisir à jouer au baby-foot avec ses collègues. Ce qui peut paradoxalement avoir pour effet d’additionner une nouvelle souffrance à la souffrance existante puisque le fait d’être heureux au travail repose sur une injonction au bonheur.

Comment redonner du sens au travail ?

Avec le bonheur au travail, les entreprises tentent de s’acheter une bonne conscience. Bien maladroitement. Si instaurer une bonne ambiance et organiser des sessions de bien-être est une excellente idée, il serait aussi temps d’agir sur le plan fonctionnel. Redonner du sens au travail, écouter ses salariés, tenir compte de leur avis, voilà la clé du bonheur du travail.

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