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Les Y revendiquent plus de solidarité inter-générationnelle

VisuelgenydroitdereponseBaby-boomers, X, Y, maintenant Z… quatre générations se superposent actuellement dans le monde du travail, non sans heurts. Etiquetés immatures et lunatiques, les trentenaires qui ont accédé depuis peu au marché du travail seraient en effet difficiles à manager selon leurs aînés, et fuiraient les responsabilités. Au point que certains parlent volontiers d’un choc des générations. Une vision caricaturale à laquelle Emily B., auteure de « Génération Y, droit de réponse« *, a voulu tordre le cou. Dans ce livre présenté comme un « kit de survie anti-crise », elle milite au contraire pour « perpétuer l’entre-aide entre générations » et repenser notre modèle de société individualiste minée par la peur. Interview.

Pourquoi ce livre et pourquoi ce titre ?

En tant que membre de la génération Y, j’étais lassée de voir ma génération stigmatisée et caricaturée par les médias et certains professionnels du recrutement, qui dépeignaient volontiers les Y comme des « nouveaux sauvages » immatures et versatiles. Au contraire, de plus en plus de Y se lancent très jeunes dans la création d’auto-entreprises, de start-ups. Ayant vu leurs parents subir des plans sociaux, ou divorcer, ils ont pu dès l’enfance se familiariser à l’impermanence des choses, et mesurer l’importance des réseaux, de la solidarité, quand tout s’écroule autour d’eux.

Les Y auront des retraites plus que symboliques, ils doivent reconstruire une société sur les ruines des grands idéaux du 20ème siècle, leur environnement est dégradé… Pourquoi les accabler ? Ils auront justement besoin de l’appui de leurs ainés et leurs RH pour relever ces défis sans précédent ! Je trouvais également choquants et déplacés ces discours complaisants sur les Y qui déserteraient la valeur travail et le monde de l’entreprise. Rappelons que les Y doivent envoyer des centaines de CV pour trouver du travail, les plus chanceux étant souvent maintenus dans des emplois précaires, ou éloignés de leur champ de compétences, quand ce ne sont pas des « petits boulots » à temps partiel.

En quoi les Y reproduiraient-ils les techniques de management de la génération précédente, ces techniques seraient-elles mauvaises ?

Quand on vous a appris à considérer que vous êtes des clones interchangeables, même si vous avez en tête d’imaginer un monde différent, plus équitable, la violence à laquelle vous avez assistée, dans des univers hyper-compétitifs, vous l’aurez hélas intégrée sans même vous en rendre compte ! Nous venons de loin… nous reprogrammer prendra du temps.

De nos jours, on s’attache beaucoup à la technicité, à la qualité, à la performance. Mais une myopie intellectuelle nous empêche de nous poser des questions de fond, telles que : voulons-nous perpétuer une société où des millions de personnes sont sans emploi tandis que ceux qui en ont décroché un doivent accepter des rythmes inhumains pour garder leur poste ? Est-ce raisonnable de n’ouvrir le marché de l’emploi qu’aux 25-45 ans ? Doit-on accepter que le Top management dans les entreprises et les hautes sphères publiques soit quasi-exclusivement masculin ? Faut-il continuer à favoriser le gigantisme (les très grandes entreprises, l’agriculture intensive, des objectifs de croissance irréalistes, …) ou au contraire s’efforcer de revenir à des échelles plus humaines, permettant aux individus de reprendre la maîtrise de leur vie ?

Aujourd’hui, nous vivons dans un pays qui gère mal ses ressources : une grande partie des emplois industriels a été délocalisée, sans que les recrutements dans le secteur des services ne compensent ces suppressions d’emplois. On laisse partir nos chercheurs les plus éminents faute de postes à leur proposer. On déplore que des milliers de postes soient non pourvus, mais on ne reconvertit pas les chômeurs locaux à ces emplois vacants. On prétend vouloir aider la jeunesse via des contrats aidés, tout en mettant à la disposition des employeurs des stagiaires quasiment gratuits. Quelque chose ne tourne pas rond dans ce modèle économique : les X et les Y auront à changer de logiciel, sauf s’ils veulent continuer à fabriquer des millions de chômeurs.

Par rapport aux X, les Y sont-ils si différents dans leur relation au travail ?

Le travail est omniprésent dans la vie des Y. Quand nous en avons un, cela consomme quasiment tout notre temps éveillé, et quand nous n’en avons pas, nous passons la journée à envoyer des CV ou à « réseauter ». Le travail nous obsède, car il conditionne tout le reste : quand on n’a pas de revenu fixe ou d’avenir dans son job, il est très difficile de se loger, de fonder une famille, de faire des projets, même à court terme. De même, la précarité nous contraint sans cesse à recommencer à zéro, sans aucune garantie que l’on progressera professionnellement.

Cette instabilité a aussi des impacts affectifs : comment réussir sa vie privée quand on travaille à des centaines de kilomètres de sa « moitié » ? Comment rester souriant lorsqu’on part au travail avec l’estomac noué, stressé par la menace de perdre son emploi ? On n’est plus dans les années 70, où on retrouvait un job en 15 jours. Pour pouvoir se projeter dans l’avenir, et penser à autre chose qu’au travail, il faut déjà en avoir un.

Les entreprises qui offrent aux Y un emploi stimulant et /ou évolutif et/ou un salaire attractif et/ou des charges de travail supportables continuent à attirer et fidéliser les Y. C’est lorsque l’échange est déséquilibré qu’on constate des frictions : aux Y de faire preuve de discernement, afin de ne pas proposer leurs services à des entreprises qui n’auront aucune considération pour eux. Les entreprises, c’est comme les histoires d’amour : il y en a qui vous détruisent, vous rendent ternes et mous, et d’autres qui vous tirent vers le haut, vous révèlent.

Pourquoi ces problèmes de communication entre les Y et les X ?

Une partie des membres de la « Génération X » est arrivée au bon moment sur le marché de l’emploi. Ces « X » ont accédé à des responsabilités importantes dès 30 ans, et, aux alentours de 45 ans, ont déjà acquis une expérience suffisamment pointue pour pouvoir rebondir rapidement en cas de perte d’emploi. Ils ne comprennent pas toujours que les Y, confrontés à une conjoncture moins favorable, évoluent moins rapidement. Ils interprètent à tort cela comme un manque d’ambition, un désintérêt pour l’entreprise. Ils rechignent à recruter des Y « surdimensionnés » pour certains postes, qui acceptent des salaires modestes – et dont ils craignent la concurrence, en ces temps de restrictions budgétaires.

Il arrive aussi que les Générations X se plaignent en public de leurs « salaires ridicules », des rémunérations que les Y n’atteindront probablement jamais, même en fin de carrière. De tels propos aristocratiques peuvent crisper des Y qui « galèrent » depuis longtemps.

Quels sont vos conseils aux X pour qu’ils apprennent à manager et à comprendre les Y ?

Ce sont à mon sens des suggestions s’adressant à tout manager, quelle que soit sa génération. Tout d’abord, il faut faire abstraction de l’âge des interlocuteurs. Le management a vocation à s’adapter aux personnalités, non à l’âge. On peut en effet avoir plus d’affinités avec une personne ayant 20 ans de plus ou de moins que soi, qu’avec une personne « de sa génération ». Des initiatives telles que les  » Cafés de l’avenir « , qui réunissent régulièrement des DRH-RH bénévoles et des chercheurs d’emplois (Y) autour d’un café, dans diverses villes de France, sont à encourager !

Il ne faut pas non plus infantiliser ses subordonnés, ni leur cacher des informations déterminantes : si la confiance disparaît, il sera difficile de la rétablir. Rien ne sert d’épuiser ses équipes en visant des objectifs impossibles à atteindre : les managers doivent éviter d’emmener des équipes à bout de force sur des pentes trop raides. Enfin, ne pas oublier qu’un manager n’est pas que décideur, il a aussi des devoirs envers son équipe, il doit venir en aide aux plus faibles, savoir dire merci, rester un capitaine courageux lors des tempêtes.

Vous dites que les baby-boomers attendent des Y qu’ils « relancent la machine », à quoi correspond cette attente ?

Les boomers sont directement concernés par ce que vivent les Y, puisque ce sont leurs enfants. En l’espace de quelques décennies, beaucoup d’entre eux ont vu leurs grands rêves ratiboisés, et l’anxiété environnante les incite à se remettre en cause. Certains se demandent comment on a pu passer aussi rapidement de « on ira tous au paradis » à « on ira tous à Pole Emploi ». Ils auraient envie que l’on reprenne le flambeau – sans pour autant tout bousculer – mais ils ne savent pas nécessairement comment nous pourrions y parvenir, ayant eux-mêmes « expérimenté » (puis abandonné) divers modes de société, ou idéologies.

Il n’y a pas d’autorité sans contestation : le silence et l’indifférence de la part des Y seraient vexants pour la génération qui nous a engendrés, assimilables à un refus d’héritage. C’est pourquoi la plupart des boomers de mon entourage ont accueilli très favorablement le fait que je leur consacre une partie du livre.

Comment pouvons-nous agir pour améliorer nos vies et construire une société plus motivante ?

Si nous avons des vies insatisfaisantes, que notre dignité n’est pas respectée, rien ne nous oblige à nous en contenter pendant des décennies. On a toujours le choix, même si certains choix sont plus difficiles que d’autres. Pour nous en sortir, et aller vers quelque chose de mieux, il nous faut prendre le temps d’élaborer des stratégies individuelles : mieux vaut tâtonner pendant plusieurs années, faire quelques erreurs de « débutant », que persévérer 30 ans dans une vie insipide. Même en temps de crise, nous ne devons pas renoncer à nos rêves. Pourquoi ne pas profiter de nos périodes d’inactivité pour partager nos compétences, développer nos réseaux, renouer des contacts, opter pour une autre voie ?

La crise nous impose des situations plus ou moins choisies, elle ne doit pas nous déposséder de notre énergie créatrice. Et nous devons aussi réapprendre à agir collectivement, car les réponses aux problèmes majeurs ne peuvent être que collectives, organisées. Notre pays procède à un plan social géant, tout semble figé et enlisé, quels que soient les secteurs. Privilégions les actions collectives concrètes, plutôt que de céder à la nostalgie ou à la râlerie neurasthénique. A nous, Y, de manager avec talent nos boomers (et nos X) pour atteindre cet objectif !

*« Génération Y, droit de réponse« , Emily Boudaoud, 268 pages, Afnor Edition, 21,80 €

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Commentaires
  1. intergenerationnel
    13 avril 2013 - 10h18

    Un livre qui permet de comprendre les ressorts de la génération Y. La reconnaissance des différences entre générations, puis de leurs points communs permet d’engager un dialogue intergenerationnel fructueux pour dépasser les représentations que nous avons tous.

  2. XY
    15 avril 2013 - 11h55

    On voit bien là la réponse d’une Y immature. Le problème des Y, je dirai plutôt des jeunes c’est qu’ils n’accordent aucun respect à leurs ainés persuadés d’être des génies à qui tout est du au regard de leur diplôme et autre bourrage de crane fait dans les écoles grandes et même de seconde zone ! Apprenez l’humilité, apprenez des X avant de vouloir gagner autant qu’eux, apprenez le métier, la vrai vie professionnelle et après vous viendrez écrire des livres !

  3. Rémi Renouleau
    16 avril 2013 - 11h15

    Pour XY > On voit bien là la réponse d’un X qui se fait voler la vedette par une Y, et qui n’aime pas cela du tout ! ^^

  4. Y+
    17 avril 2013 - 12h55

    XY> On voit bien là la réponse d’un/une X supérieur(e). Le problème des X vous ressemblant c’est qu’ils font des amalgames, se sentent au-dessus du reste du monde comme s’ils n’avaient plus rien a apprendre ! Apprenez l’humilité, apprenez des Y, apprenez a discuter, apprenez a sortir la tête de votre petit monde avant de juger avec des œillères.

  5. cathy
    5 mai 2013 - 14h35

    Il est fondamental que la génération Y s’exprime aujourd’hui sur ses attentes, ses preoccupations, ses rêves et ses désirs, en matière sociale et économique…au risque de devenir demain la génération oubliée et sacrifiée ce système. Bravo pour cette initiative !

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