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Frugalisme : et si on arrêtait de travailler à 40 ans ?

Vous n’ignorez sans doute pas que l’âge légal de la retraite a été fixée à 62 ans pour les actifs nés après 1955. Une échéance qui sera très certainement repoussée tant que l’espérance de vie continuera, elle aussi, de s’allonger. L’équation semble donc malheureusement limitée à travailler plus pour vivre plus, et vice versa… Oui, ça pique !

Afin d’avancer l’âge de la retraite, certains ont développé des techniques pour cesser de travailler dès 40 ans, voire encore avant. En anglais, on appelle ça l’early retirement, en français, le frugalisme. Car pour s’arrêter tôt, il faut être capable de mettre (beaucoup) d’argent de côté, de consommer moins mais aussi, le plus souvent, d’assurer ses arrières via des placements financiers. Cette mouvance suscite logiquement quelques interrogations : si les actifs ne cotisent plus pour leur descendance comment assurer la solidarité intergénérationnelle ? Cela questionne également sur notre rapport au travail : pourquoi cette envie de prendre sa retraite le plus tôt possible alors que l’exercice d’un métier est encore ce qui détermine le plus notre place dans la société ? Ou, comme les discussions actuelles autour du revenu universel, est-ce le signe que la valeur travail est en passe d’être redéfinie ?

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Frugalisme et early retirement, qu’est-ce que c’est ?

La semaine dernière, Le Figaro publiait cet article, malheureusement réservé à ses abonnés, « Les «frugalistes», ces Français qui arrêtent de travailler à 40 ans ». Toutefois, les quelques lignes libres de lecture permettent de comprendre que ce phénomène n’est pas accessible à tous. Ainsi Eric et Sophie, un couple qui à l’aube de la crise de la quarantaine avait « des envies différentes ». Leur métier : architecte d’intérieur pour elle, dans la finance pour lui, secteur d’activité dont il ne s’est pas totalement détourné, ajoute le journal. Leur but, comme pour tous les frugalistes, est simple : « accumuler le plus rapidement possible un capital afin de se retirer de la vie active et de retrouver un mode de vie plus sain… » Les gentils baba-cools partis changer la société dans le Larzac dans les années 70 ont cédé la place à des personnes qui veulent simplement changer leur vie. Et qui pour y parvenir mettent en place des stratégies très poussées.

Aux Etats-Unis et en Allemagne, l’early retirement a déjà donné lieu à de nombreux blogs. Parmi les plus populaires, celui de Mr Tako. Sur son site, on peut lire qu’il a pris sa retraite anticipée à l’âge de 38 ans, que son dernier restaurant date d’il y a 107 jours, que son compte bancaire est approvisionné de plus de trois millions de dollars et que le montant annuel de ses dividendes s’élève à 53 504 dollars. Comment en est-il arrivé là ? Il explique avoir commencé par mettre de côté la moitié de ses revenus (100 000 dollars annuels) jusqu’à parvenir à économiser, avec son épouse, plus de 2 millions de dollars. Sachant que le salaire médian en France s’élève à 1 797 euros, il faudra vivre chichement pour atteindre la somme de 107 820 euros (898,5 €  x 12 mois = 10782  x 10 ans). Et encore ce calcul ne prend pas en compte les impôts versés… Est-ce que cette épargne suffirait à se dégager un salaire ? Dans un article qui date un peu mais dans lequel je m’intéressais déjà à l’art de devenir rentier, un capital de 120 000 euros permettait, selon les calculs menés en 2007, de rapporter 5 100 euros à l’année. Moins que le montant du RSA annuel.

Le frugalisme semble bien limité aux riches. En tout cas, comme le souligne au Figaro l’anthropologue Fanny Parisse, ce « mouvement touche en premier lieu les classes moyennes, voire les classes supérieures ». Au-delà de ce constat évident, celle qui est aussi spécialiste des modes de consommation ajoute que le frugalisme « est très symptomatique de l’évolution de notre société. L’idéologie du culte de la performance comme réussite sociale est en train de disparaître ». A condition d’avoir fait partie des premiers de cordée pendant quelques années et de ne pas rechigner à investir son argent en Bourse pour financer le développement de sociétés peu équitables, aurait-elle pu ajouter…

Le frugalisme, symbole d’une nouvelle société ?

Bon, soyons honnêtes, prendre sa retraite tôt est, quel que soit le moyen pour y parvenir, le rêve de nombreux salariés. Certains ont donc la chance de pouvoir le faire après quelques années en emploi, d’autres après avoir gagné au Loto. Et même si les frugalistes ne militent pas pour changer le système, ils ont néanmoins dû, dans la plupart des cas, revoir leur rythme de vie et appris à vivre sans continuer à consommer comme auparavant. « Ai-je vraiment besoin de toutes ces choses dont la société de consommation veut à tout prix me convaincre que j’en ai besoin? », résume auprès de l’AFP, Gisela Enders, auteur d’un livre sur le frugalisme. « Un frugaliste vit durablement en dessous de ses moyens avec l’objectif d’atteindre l’indépendance financière pour, au bout du compte, réaliser un rêve ou un souhait particulier », énonce également auprès de l’agence de presse, Lars Hattwig. Pour eux, il s’agit de modifier son rapport à l’argent, à l’emploi et au stress que ce dernier peut générer. Certains ne rechignent d’ailleurs pas à continuer à travailler mais ils veulent pouvoir choisir les missions et les réaliser quand bon leur semble. Finalement, leur conception de la société est peut-être plus révolutionnaire, ou en tout visionnaire, qu’il n’y paraît. Elle n’est en tout cas pas si éloignée des discussions actuelles autour de l’emploi et plus particulièrement du revenu universel ou de base, un mode de rémunération devant palier au chômage de masse et permettre de lutter contre les inégalités. Et prend sens dans une économie que l’on dit à bout de souffle.

Le revenu de base est un revenu minimum immuable, cumulatif avec d’autres revenus et versé à tous de la naissance à la mort. Un tel dispositif a déjà été testé dans différents pays. En France, c’est une association qui s’est emparée du sujet. Tous les mois, une personne parmi celles inscrites sur le site monrevenudebase peut espérer être tirée au sort et percevoir 1.000 euros par mois pendant 12 mois. Comme l’expliquait dans un précédent article Viriginie Codina, du Mouvement français pour un revenu de base (MRFB), le revenu de base « questionne sur l’avenir de nos sociétés alors que la robotisation des tâches laisse entrevoir un chômage de masse ». En Allemagne, où cette initiative existe depuis plus longtemps et où le frugalisme est plus répandu, les bénéficiaires d’un tel dispositif ont utilisé les sommes récoltées pour quitter un métier sans intérêt et se former ou monter leur propre entreprise. D’autres y voient l’occasion de se rendre davantage utiles à la société en ayant du temps pour être bénévole par exemple. C’est peut-être être là où ces deux notions de rejoignent : avoir du temps pour soi mais aussi, parce que l’oisiveté n’est pas dans la nature humaine, avoir du temps pour les autres. C’est une autre façon d’envisager le travail alors que le plein-emploi est définitivement derrière nous, que le monde semble plus fragile que jamais et que travailler pour consommer pour créer de la richesse et créer de l’emploi paraît être un mauvais calcul à très long terme…

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Commentaires
  1. Guillaume
    12 septembre 2018 - 18h42

    Il convient de préciser que l’espérance de vie en bonne santé (donnée souvent curieusement oubliée et à manipuler avec des pincettes, tout comme l’espérance de vie qui sont absolument indépendantes de l’évolution des conditions de vie sur Terre) est en baisse quant à elle, passée récemment de 62 à 60 ans. Ceci explique peut-être cela.

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