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  • Égalité professionnelle

Féminisation des métiers : ne dites plus madame le professeur

L’Académie Française n’est pas connue pour ses grandes révolutions, et pourtant, il semblerait qu’en ce 28 février, un vent d’égalité va souffler sous la Coupole. Une commission constituée de quatre Immortels va en effet remettre un rapport sur la féminisation des métiers, des grades, des titres et des fonctions. Un vote aura lieu début mars pour que l’on puisse enfin dire avocate, informaticienne, députée, procureure, ou encore la ministre sans enfreindre les lois de l’Académie.

On les utilise déjà dans le langage courant et ils se sont construits de manière naturelle : avocat/avocate, infirmier/infirmière, chirurgien/chirurgienne, éditeur/éditrice… Ces noms féminisés sont non seulement conformes à l’histoire de la langue française, qui enregistre de nombreux exemples dès le moyen-âge, mais ils sont également le reflet de l’évolution de la société. Il y a des noms de métiers et de fonctions au féminin car les femmes ont accédé aux postes à responsabilités.

Professions de prestige vs. professions ordinaires

Mais alors pourquoi les Immortels se sont-ils toujours opposés à la féminisation de certains noms ? Conservatisme ? Sexisme ? Misogynie ? Certainement un peu de tout ça.

Il y a des noms qui acceptent très bien le féminin, et ce depuis toujours : vendeuse, agricultrice, caissière, etc. Pour ces métiers « ordinaires », les académiciens n’y ont vu aucune objection. En revanche, sous couvert d’une sorte de « dignité de la fonction », ils refusent de sexualiser des titres considérés comme plus « prestigieux » : président, chercheur, écrivain, député, préfet, procureur, recteur… En d’autres termes, ce n’est pas la langue qui refuse la féminisation, ce sont bel et bien les mentalités.

« On est la secrétaire d’un patron, mais dans les postes supérieurs, on est madame le secrétaire d’Etat… »

Ce triste constat ne date pas d’hier. Benoîte Groult, journaliste et auteure très engagée en matière de féminisme, regrettait déjà le sexisme de la langue française en 1994, démontrant par A+B la légitimité de la féminisation des titres et fonctions.

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Le pire des réactions de ces messieurs

L’immobilisme de l’Académie, qui est décidément déconnectée de son époque sur ce point, peut faire peur. Mais prenons le parti d’en rire, avec ces quelques « perles » d’académiciens et d’intellectuels.

1980. Pierre Gaxotte, historien et journaliste, déclarait « si on élisait une femme, on finirait par élire un nègre», comme l’a rappelé Michel Feltin-Palas dans un excellent brûlot contre la Coupole.

« Certains académiciens n’aiment pas doctoresse parce que cela rime avec fesse »

1984. Une « Commission de terminologie relative au vocabulaire concernant les activités des femmes » est créée. Elle a pour but d’étudier la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres : 5 037 mots au total. Si la majorité n’a pas posé de problème, les mots en -eur et en -teur font de la résistance. Proviseur, docteur, professeur… Leur féminisation avec le suffixe en -esse est considérée comme péjorative. La linguiste Maria Candea explique que « certains académiciens n’aiment pas doctoresse parce que cela rime avec fesse, sans s’apercevoir que le terme rime aussi avec princesse ou enchanteresse ! Tel autre s’est opposé à rectrice, qui lui faisait penser à rectal, alors que tout le monde dit directrice. Un troisième a déclaré qu’écrivaine était à proscrire car on entend vaine, sans se rendre compte que dans écrivain, on entend aussi vain. Il n’y avait tout simplement pas pensé ! » ».

1998. Une circulaire ministérielle entérinait enfin la féminisation des noms de métiers dans ce secteur. Un tôlé auprès des académiciens qui crient à « l’atteinte à la langue française » et menacent de saisir le Conseil d’Etat. Pour Marc Fumorali, académicien, le sexe n’a rien à voir avec des « fonctions qui sont abstraites, impersonnelles » et « c’est aller contre le génie de la langue et mettre l’orgueil là où il n’est pas » …

À lire également :
Les chiffres de l’inégalité hommes/femmes en 2018

Et dans les autres pays ?

Si l’on regarde du côté des autres pays francophones, on ne peut que constater que le Québec, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et l’Afrique ont franchi le pas de la « modernisation » de la norme depuis longtemps ! Espérons que l’Académie française, après des décennies de résistance ridicule, fera preuve de bon sens et reviendra sur ces « règles intangibles ».

Crédits/istockphoto.com:instamatics

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