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Expatriés : comment ils vivent le retour au pays

Girl at the airport windowLa France, ils ont fait le choix de la quitter, un temps. Mais lorsqu’après des années passées à l’étranger, ils ont voulu s’y réinstaller, le retour au bercail n’est pas toujours évident à gérer pour les impatriés. « Les personnes qui font appel à mes services sont déboussolées, elles ont besoin d’aide pour retrouver leurs marques, analyse Sophie de Puybaudet, coach spécialisée en expatriation. Le retour leur semble même plus difficile à vivre que le départ ».
Au contact d’une autre culture, leur vision du monde s’est enrichie, et les travers des Français leur sautent au visage. « Après sept ans passés en Allemagne, j’avais un peu oublié la culture française. J’idéalisais mon pays en nous imaginant plus cools. En fait, une fois revenue en France je me suis dit : « mais qu’est-ce qu’on est cons ! », se souvient amusée Virginie C., cadre dans une PME en Bretagne.

« Une expatriation à l’envers »

Pour Sandy, revenir en France a aussi été vécu comme « une grosse claque. Les gens me paraissaient fermés par rapport aux Espagnols, toujours en train de juger, de critiquer. Je retrouvais la France telle que je l’avais quittée et ça m’a fait un choc ». Le cadre professionnel n’est pas exempt de critiques. « En Allemagne, les gens sont enthousiastes au travail. Ici, j’entendais tout le monde se plaindre, répéter c’est nul, ça ne marche pas, ça sert à rien. Cet état d’esprit me donnait le bourdon », poursuit Virginie.

Ces coups de blues partagés par l’ensemble des impatriés durent en général de 6 mois à un an. « C’est le temps nécessaire pour se réadapter à une certaine morosité française et faire face à ce fameux re-entry shock… C’est aussi la durée qu’il faut pour s’habituer au pays que l’on découvre lors d’une expatriation », décrypte Sophie de Puybaudet. Un avis partagé par Virginie. « Quand tu rentres, tu repars de zéro, tout est à refaire. C’est une expatriation à l’envers, moins le charme de la découverte…. Il m’a bien fallu une année pour être à nouveau totalement stable ».

Retrouver un quotidien… et celui des autres

Même lorsque le retour a été soigneusement préparé, la déception n’est jamais loin. Après quatre années au Cameroun, Anne et son mari ont saisi l’opportunité de retourner à Paris. « Nous avions bien préparé notre départ et un logement confortable nous attendaient avec nos deux enfants nés au Cameroun. Ce qui a été difficile, c’est de se rendre compte que tout le monde se fichait de notre expérience. Il a fallu des mois avant que nous réussissions à retrouver un passé commun avec les gens que nous côtoyons, sans les barber avec nos anecdotes ».

Les lourdeurs administratives sont un autre élément qui pèse sur le moral des impatriés. La liste des documents à fournir semble insurmontable et parfois, il est même difficile d’entrer dans des cases qui ne correspondent pas à la situation des impatriés. Sans parler des interlocuteurs qui peinent à saisir votre situation. « S’entendre dire qu’on n’a pas le droit à la Sécurité sociale en tant que Française, c’est assez déroutant », rapporte Virginie.
Pour certains, le retour en France impose aussi une certaine modération financière et matérielle. « Au Cameroun, nous vivions dans une grande maison, des domestiques nous aidaient au quotidien, poursuit Anne. Une fois en France, tous ces avantages n’existent plus. Désormais nous faisons plus attention au prix des choses ». Problème de riches, diront les mauvaises langues. Pourtant, la réadaptation peut-être difficile. « Des gens ont dirigé une entreprise, ils ont connu un train de vie important et mené leur projet professionnel en toute autonomie. Dans ce cas-là, revenir en France implique de faire le deuil du passé », renchérit Sophie de Puybaudet.

Revenir pour mieux partir ?

Les impatriés ne sont pas qu’amers. Lorsqu’on les interroge sur leur expérience, tous mettent en avant l’ouverture d’esprit lié à leur expatriation. Anne se sent « plus forte, plus riche ». Autant Virginie « a douté la première année en France de son choix, autant elle sait maintenant que sa décision était la bonne. Je mesure la force de l’expérience que j’ai vécue et je suis consciente d’être plus ouverte aux autres. Ce qui peut d’ailleurs rendre critique vis-à-vis d’autres Français ». Sandy ne regrette pas non plus son choix, même si aujourd’hui elle « serait à nouveau prête à partir à l’étranger ». Mais quoi de plus logique ? « Expatrié, vous vivez des situations extraordinaires. Il est alors normal de vouloir retenter l’expérience », résume Anne.

PuybaudetPour aller plus loin, trois questions à Sophie de Puybaudet coach d’expatriés et de qualité de vie :

Que recherchent les personnes qui font appel à vous ?

Elles viennent me voir car elles ont besoin de faire le point, de mesurer l’impact de leur décision. L’expatriation n’est pas un acte anodin, cela demande beaucoup d’énergie. Je propose ainsi des journées de formation suivies de séances de coaching d’une heure. Durant la journée de formation, je donne essentiellement des conseils sur l’expatriation pour bien préparer son projet professionnel, envisager le départ avec son conjoint ou encore leur suggérer d’apprendre la langue du pays où elles vont partir. Pendant les séances de coaching, c’est un rapport plus étroit avec les candidats à l’expatriation. J’écoute leur projet et je leur fournis des indications plus personnalisées. Je les aide aussi à gérer la partie logistique du départ : logement, abonnements à clore, l’école pour les enfants, etc.

Et pour les impatriés ?

Les séances à destination des impatriés visent essentiellement à leur permettre de faire le point sur leur expérience, sur ce qu’ils ont vécu. Certains impatriés viennent me voir par peur de l’inconnu ou encore pour ne pas se retrouver seuls durant la période de retour qui est particulièrement démotivante. Nous travaillons alors sur la valorisation de leurs acquis. C’est un véritable travail de conscientisation de leur expérience.

Les impatriés ne devraient-ils pas être mieux armés pour appréhender le retour ?

Revenir est encore plus difficile que partir. Le fait d’avoir acquis une double culture donne beaucoup de recul sur son pays d’origine, les impatriés sont alors très critiques au moment du retour. C’est un exemple que je donne souvent, mais vu de France, les États-Unis seraient un pays « bizarre » où les gens se tirent dessus, etc. C’est une vision réductrice qui montre le peu de connaissance de la culture de ce pays. Cela, les impatriés l’ont bien compris mais en rentrant en France, ils se heurtent à des discours tranchés difficiles à accepter pour eux. Le fait de parler de ces incompréhensions les aide à reprendre pied.

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Commentaires
  1. Clemrcv
    18 janvier 2013 - 19h48

    Cet article m’a beaucoup touché. J’ai vécu près de 5 ans en Chine avant de revenir brusquement en France. Et je dois dire que cet article décrit exactement ce que j’ai vécu. je n’ai qu’une envie, c’est de repartir…

  2. BB
    19 janvier 2013 - 16h55

    un article très intéressant. Je reviens moi même d’ Afrique du nord après 4 ans de galères. Seul, puisque j’ai laissé ma tendre et douce au bled, le temps de régulariser une situation et je suis moi même déçu par ce retour au pays.
    Ce pays n’avancera jamais et ne sortira pas de l’ornière grâce à son peuple. Si ce n’était mon âge avancé je repartirais aussi vite que je suis revenu.

  3. patrick
    22 janvier 2013 - 18h27

    17 années en Asie (Inde, Chine, etc…) et un retour brutal en France en 2009 avec la crise. Pas de bilan à faire ni de préparation au retour nécessaire: la vie continue, ici comme ailleurs. On sert les dents et on avance. La France est un pays merveilleux et les Français sont fantastiques mais il n’y a pas de travail en France. La France se tiermondise et se Disneylandise à mesure que les pays émergents se développent. Nos 500 dernières années de gloire, virgule de l’histoire, s’effacent à toute vitesse. Alors je voyage depuis Paris, Istanbul aujourd’hui, et je trouve, incroyable paradoxe, que travailler en langue anglaise en Turquie, avec des musulmans laïcs, intelligents et dynamiques, est beaucoup plus facile que de travailler avec des Français en France…

  4. VieuxBoss
    23 janvier 2013 - 16h46

    Après 45 ans passé en Afrique, le retour au « Pays » a été un peu compliqué… Pas de sécurité sociale, une expérience professionnelle riche, mais trop différente des réalités françaises pour être vraiment acceptée. On doit faire face à certains préjugés d’une autres époque, se réadapter à une culture avec laquelle on se trouve en décalage. Alors, rester ou repartir ?

  5. Isabelle
    23 janvier 2013 - 20h23

    Cet aricle décrit avec justesse un certain désarroi lié à cette acclimation difficile à ce nouvel environnement que l’on redécouvre. 11 ans de vie en Guadeloupe, après le blocus de 2009, j’ai été contrainte et en même temps contente de passer à autre chose. Nouveau diplôme, nouvelle carrière qui peine à démarrer compte tenu de cette crise … et des difficultés à m’adapter à la morosité, la râlerie … la culture Antillaise est si légère et joviale … Et un nouvel élan pour repartir, ailleurs, dès que ce sera le moment.

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