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Faut-il s’inquiéter de la « fuite » des jeunes diplômés à l’étranger ?

Les jeunes talents quitteraient la France en masse pour s’expatrier dans des pays où les opportunités de faire carrière sont plus nombreuses. Le discours n’est pas nouveau mais le phénomène de « fuite des jeunes diplômés » commence à inquiéter. Qu’en est-il réellement ?

Expatriation-jeunes

Entre 1,5 et 2 millions d’expatriés

Avec la crise, c’est un fait, de plus en plus de jeunes sont tentés d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Depuis les années 2000, l’expatriation des Français est ainsi en croissance régulière, de l’ordre de 3 à 4% chaque année. Au total 1 611 054 personnes sont inscrites au Registre mondial des Français établis hors de France, auxquelles on peut ajouter 500.000 expatriés non-inscrits et plus de 300.000 frontaliers. Soit plus de 2 millions de nos compatriotes qui ont choisi de travailler à l’étranger. (à lire aussi notre article sur le brain drain, la fuite des cerveaux aux Etats-Unis)

Faut-il pour autant parler d’exode massif, de fuite, d’exil ? La question vient d’être à nouveau soulevée à la suite de la publication par la CCIP (La Chambre de commerce d’Industrie de Paris et d’Ile-de-France) d’un rapport intitulé « France, terre d’émigration ? ».

La France n’a pas (encore) de tradition d’expatriation

Mais quand on y regarde de plus près, ce n’est pas tellement le nombre d’expatriés qui pose question. La France n’a pas en effet une tradition d’expatriation aussi développée que d’autres pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, dont plus de 4 millions de ressortissants ont quitté leur terre natale. Même l’Italie exporte deux fois plus de talents que nous avec une population de 3,6 millions d’expatriés dans le monde selon l’ONU

Le profil des expatriés a changé

Le vrai changement réside dans le profil des expatriés d’aujourd’hui. Ils sont plus jeunes, encouragés dès leurs études par des programmes de mobilité européens comme Erasmus à « aller voir du pays ». Conséquence, ils partent aussi plus longtemps : en 2013, 38% des séjours d’expatriation durent plus de 10 ans, c’est 10% de plus qu’en 2005. Et ils ne savent pas forcément s’ils vont revenir en France un jour. 13% affirment qu’ils ne reviendront « jamais » et près d’un expatrié sur deux ne sait pas encore quand le retour aura lieu.

Duree-sejour-expatriation

Plus d’entrepreneurs et de contrats locaux

L’expatrié d’aujourd’hui n’a plus rien à voir non plus avec le salarié détaché d’antan. La part des personnes détachées d’une entreprise, administration ou ONG a diminué de moitié en 10 ans (ils ne sont plus que 19% dans ce cas). Parmi les expatriés, la CCIP note aussi une proportion de plus en plus importante d’entrepreneurs. Ils représentaient 10% des expatriés en 2003. 10 ans plus tard, 18% des expatriés sont des créateurs d’entreprises. Une population encore moins encline à rentrer au pays. Mais la situation la plus courante (pour un expatrié sur deux) c’est le contrat local dans une entreprise du pays d’accueil.

La Suisse, première terre d’accueil des Français

Top20-expatriation

Quand on regarde la liste des pays qui accueillent le plus de nos compatriotes, on pourrait aussi penser que la motivation est un peu fiscale : avec la Suisse en tête, devant le Royaume-Uni, deux destinations réputées pour leurs impôts « avantageux ». Mais il n’en est rien selon l’étude de la CCIP qui affirme que « les motivations fiscales sont loin de représenter l’essentiel des motivations au départ de France ». Même si l’impact du choc fiscal de 2012-2013 reste encore « difficile à mesurer ». En fait les expatriés français choisissent surtout des pays européens pour les opportunités qu’ils offrent.

Des motivations souvent positives

Et leurs motivations justement ? L’étude de la CCIP met plutôt en avant les facteurs positifs qui encouragent les jeunes à s’expatrier : Erasmus qui a permis, rien qu’en 2012, à 33.000 jeunes de se faire une première expérience internationale ; le développement du Volontariat International en Entreprise (VIE) ; les besoins des entreprises qui cherchent de plus en plus de candidats ayant une expérience à l’étranger ; les salaires et les avantages pour le logement, les aides aux familles d’expatriés

Pas d’exil, mais un contexte qui encourage au départ

Du côté des motivations « négatives » qui incitent à quitter la France, il y a évidemment le contexte économique. Le manque de perspectives professionnelles, notamment pour les jeunes plus durement touchés par le chômage, le sentiment d’être discriminé dans son propre pays, de ne pas y trouver sa place, encouragent forcément les jeunes diplômés à s’expatrier.

Les causes de l’augmentation du nombre d’expatriés français sont donc multiples. La CCIP reconnaît que si le mouvement existe, « il n’a pas l’ampleur qu’on lui prête ». Et que « tous les départs de France ne s’apparentent pas à une fuite ». Pas d’exil donc mais bien une aspiration à l’international qui est aussi une source de compétitivité pour les entreprises. Le nombre d’expatriés d’un pays est souvent proportionnel à sa puissance exportatrice. On devrait donc plutôt se réjouir de cette dynamique vers l’étranger (à lire aussi « la fuite des cerveaux, une bonne nouvelle pour les DRH »). D’autant que la France attire aussi beaucoup d’étudiants étrangers qui pourront eux aussi faire carrière chez nous si on ne leur met plus de bâtons dans les roues (comme en 2012 avec la tristement célèbre circulaire Guéant).

Plutôt que de s’alarmer, la CCIP fait quelques recommandations afin de garder le contact avec cette nouvelle génération d’expatriés : « encourager les départs et favoriser les retours« , renforcer « l’attractivité de la France dans la compétition internationale pour les talents et celles de la métropole et de la région capitale dans l’attractivité des étudiants et des chercheurs » et « structurer la diaspora française ». Voir l’expatriation comme une richesse serait donc la meilleure attitude à adopter plutôt que d’y voir le signe d’un énième déclin.

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Commentaires
  1. LeCanard76
    27 mars 2014 - 12h38

    Inquiet ou pas ! c’est la résultante de cette immobilisme organisé par des politiciens carriéristes et totalement déconnectés de la réalité.
    Ils ont bien raison de laisser l’Europe et de filer vers des continents plein d’espoir et de jobs … Ils reviendront doucement après une belle expérience riche de réalité telles qu’un job de serveuse éventuellement , en Australie, payé 2200 Euros à mi-temps ! Ca c’est une réalité financière que l’Europe « si belle devait elle être » ne peut et ne pourra jamais offrir … sauf pour des politiciens qui gagnent rien qu’en frais de déplacement par mois près de 6000 Euros et que dans un bel ensemble (gauche – droite) ont voté l’interdiction de fournir des justificatifs de ces dépenses !!!
    Alors qu’ils partent car les voyages forment la jeunesse, l’esprit, le regard sur le monde et ne revenez, si vous en avez envie, que lorsque les citoyens français auront fait leur nouvelle révolution face à des incapables politiciens et en plus mafieux pour certain.

  2. nerea 515
    9 avril 2014 - 18h54

    Pour ma part je suis expatriée en contrat local … en Afrique !! On m’y a fait bien plus confiance qu’en France et je gagne en expérience. Je ne me vois même pas rentrer dans mon pays après toutes les portes que l’on m’a fermées pendant plus d’un an… et sur mon chemin j’ai rencontré énormément de jeunes comme moi… le contexte économique c’est une chose. Mais il serait aussi temps pour les recruteurs français de réviser sérieusement leurs approches de sélection des candidats : qu’ils arrêtent de rechercher des profils dont l’expérience correspond EXACTEMENT aux postes à pourvoir et qu’ils misent un peu plus sur la personnalité et le potentiel… les jeunes trouveront peut-être un peu plus leur place dans cette approche qui a fait ses preuves dans des pays qui fonctionnent bien économiquement.

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