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Les Français, des salariés fainéants et ultra productifs ?

A quoi ressemble le salarié moyen ? Difficile à dire : tour à tour paresseux et rois de la productivité, champions de l’absentéisme et du présentéisme, les Français brouillent les pistes. D’après Eurostat, les employés produisent ainsi pour l’équivalent de 45,40 euros par heure contre une moyenne européenne de 32 euros (données 2012) mais sont aussi parmi les champions de l’absentéisme en Europe : 8 jours par an, soit seulement un jour de moins que les Autrichiens, premiers du podium. Mais ce chiffre est encore à comparer à une autre étude d’Alma consulting selon laquelle les Français seraient en fait absents 14 jours par an… Encore un autre record français mais cette fois du taux d’absentéisme le plus faible depuis 2007 ! Un chiffre qui souligne une autre spécificité bien hexagonale : le présentéisme. Un mal difficile à comprendre au pays des 35 heures. Décryptage.

Le point de vue d’un sociologue

Denis MonneuseretailleDenis Monneuse, sociologue, auteur notamment de Le surprésentéisme : travailler malgré la maladie : « Les phénomènes de l’absentéisme et du présentéisme ne sont pas opposés, face à la maladie par exemple, tel salarié prendra spontanément sa journée quand un autre viendra au bureau même s’il est au bout du rouleau. C’est assez représentatif de la France où vous pourrez avoir un glandeur qui côtoie un autre collègue proche du burnout. Chaque salarié peut d’ailleurs évoluer d’un état à l’autre, selon la motivation qu’il prend au travail. Ce n’est pas qu’une question de salaire dans ce cas-là, mais aussi de perspective d’évolution ou encore de reconnaissance au travail : « est-ce que je compte pour l’entreprise ? » Concernant le suprésentéisme, c’est un mal qui touche essentiellement les cadres. En entreprise, il est en effet mal vu de « compter » ses heures. Il n’est pas rare d’entendre dire ironiquement à une personne qui part plus tôt dans la journée : « tiens, tu as pris ton après-midi ». Ces petites phrases créent une forme de contrôle. Même si aujourd’hui on constate de plus en plus d’absentéisme chez les cadres, notamment intermédiaires, qui ne se sentent pas valorisés ou peu managés par leur hiérarchie.

Quant à la productivité, c’est un débat récurrent tant il existe de nombreuses manières de la mesurer. Mais ce qui est certain, c’est qu’en France, la main-d’oeuvre est très qualifiée. La question n’est d’ailleurs pas tant seulement d’aller vite mais aussi de bien faire son travail. Bien qu’en France on cumule, puisqu’aujourd’hui les salariés réalisent en 35 heures ce qu’ils exécutaient auparavant en 39 heures. Il est aussi vrai que les Français totalisent un nombre important de vacances, en comparaison avec d’autres pays, tout en affichant un absentéisme élevé. Souvent, les pays où l’absentéisme est fort sont ceux où les salariés ont peu de vacances… Pas ici. Cela tient peut-être à la manière dont les Français utilisent leurs vacances. Prenons l’exemple des RTT par exemple, plutôt que de se reposer, les salariés les utilisent afin d’organiser des voyages à droite, à gauche ».

Et celui d’un économiste

Ferrand-Denis2Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode (proche du Medef) : « En 2012, nous avions publié sur le site Coe-rexecode.fr une étude inédite sur la durée effective du travail en France comparée au reste de l’Europe. Il en ressortait que la durée effective annuelle moyenne de travail des salariés à temps plein était de 1.679 heures en 2010, la durée la plus faible d’Europe, juste derrière la Finlande. Pour autant, ces chiffres sont à manier avec précaution. Les comparaisons d’un pays à l’autre sont très difficiles, parfois on parle en durée annuelle de travail ou en durée hebdomadaire selon ce que l’on souhaite démontrer. C’est la même chose concernant les chiffres du présentéisme ou de l’absentéisme : on ne dispose pas d’indicateurs fiables ; quant aux dernières données traitant de l’absentéisme en France leur ancienneté prête également à caution.

Une donnée intéressante est effectivement la productivité des salariés. En France, elle est en effet relativement élevée. Mais qu’est-ce que cela signifie vraiment ? En fait, cette productivité est de façon contradictoire liée à un marché de l’emploi déséquilibré. Ceux qui font tourner la machine ont entre 25 et 44 ans, les seniors et les juniors en étant exclu. Pendant ce temps, les actifs en poste subissent une pression énorme. Toujours sur la productivité, il est de bon ton de s’en vanter en France. Cela me paraît assez méprisant vis-à-vis des autres travailleurs. D’autant que si l’on compare depuis le passage des 39 heures aux 35 heures, la productivité des Français n’a pas véritablement progressé ».

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Commentaires
  1. Guy Déridet
    28 avril 2014 - 4h32

    « D’autant que si l’on compare depuis le passage des 39 heures aux 35 heures, la productivité des Français n’a pas véritablement progressé  »

    Si la productivité n’a pas bougé en passant des 39h aux 35H, c’est peut être qu’elle a augmenté, M. l’économiste !

  2. Val
    18 novembre 2014 - 14h51

    Lol ! Merci Guy ! cela avait échappé à M. l’Economiste !

  3. Thomas D
    19 mai 2015 - 17h58

    « Pour autant, ces chiffres sont à manier avec précaution. Les comparaisons d’un pays à l’autre sont très difficiles, parfois on parle en durée annuelle de travail ou en durée hebdomadaire selon ce que l’on souhaite démontrer. »

    Woaaah quelle conversion difficile ! C’est qui cet economiste en carton ?

    Je plussoie Guy !

    Franchement, je croyais qu’un économiste savait manipuler les chiffres … Les « chiffres » n’ont rien de magique ou d’obscure ! Et c’est agacant de voir les gens les manipuler comme ca les arrange pour prouver leur point de vue.

    « Ceux qui font tourner la machine ont entre 25 et 44 ans, les seniors et les juniors en étant exclu. », et ca, d’ou ca sort ? Et les start-up lancé par les jeunes actifs ? Et le savoir transmis par les senior ? Ca compte pour du flan ?

  4. D.
    23 juin 2017 - 19h00

    Haha mais ca c’est la magie de l’économie ! On vous donne le résultat en fonction de ce que vous cherchez/ de ce que vous voulez trouver au bout du compte… Si vous trouvez 18, 8 apres une operation par ex, le mathématicien vous dira qu’il a trouvé 18,8. L’économiste se posera la question « 18.8 ou 19 ? » Selon ce qu’il cherche et le résultat demandé. Dit comme ça, cela paraît complètement absurde mais quand on a appris a faire des analyses de tableaux, De chiffres, de données… comme un économiste ou un sociologue, cela paraît beaucoup plus logique.

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