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Emploi : ce qu’Emmanuel Macron veut mettre en place

Pouvoir d’achat, chômage, heures supplémentaires, formation, retraite… Comment les mesures annoncées par le nouveau président de la République modifieront le quotidien des Français ? Zoom sur trois de ses mesures phares.

Assurance-chômage universelle

C’est l’une des mesures phares d’Emmanuel Macron : « réformer l’assurance-chômage pour en faire un droit universel ». Concrètement, l’assurance-chômage sera étendue aux salariés démissionnaires, et plus seulement à ceux négociant une rupture conventionnelle, mais aussi aux indépendants, aux entrepreneurs et aux professions libérales.

Pour qui ? « Tous les cinq ans, chacun y aura droit, s’il choisit de démissionner pour changer d’activité ou développer son propre projet professionnel ». Le but étant de fluidifier le marché du travail mais aussi, selon le programme du président : « inciter les entreprises à investir pour améliorer la qualité de vie au travail afin de conserver leurs salariés ».

Quelles contreparties ? Les contrôles des chômeurs seront accrus. Si, après avoir reçu une deuxième offre d’emploi décente, selon des critères de salaire et de qualification (encore non développés dans le programme d’Emmanuel Macron), ou encore si le candidat ne prouve pas qu’il mène des efforts de recherche d’emploi suffisants, ses allocations seront suspendues. Dans les faits, ce dispositif existe déjà : depuis 2015, des agents Pôle emploi sont mobilisés auprès de certains chômeurs pour vérifier leurs démarches. Mais plus que du « flicage » selon les termes de Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi, le but est aujourd’hui de les remobiliser vers l’emploi.

Nationalisation de l’assurance-chômage. Aujourd’hui, l’assurance-chômage est gérée depuis 1958 par l’Unédic (Union nationale pour l’emploi dans l’industrie et le commerce), l’organisme paritaire dirigé par les partenaires sociaux, patronat et syndicats. L’Unédic s’occupe notamment du montant des cotisations et des règles d’indemnisation. Emmanuel Macron veut modifier cette organisation pour que les pouvoirs publics reprennent à leur charge la stratégie et les décisions de l’Unédic. En « nationalisant » l’assurance-chômage, on passe d’une logique assurantielle à une logique solidaire, proche du système anglais. Ce ne sont plus seulement les entreprises et les salariés qui la financent les indemnités chômage mais l’ensemble des Français via l’impôt. En effet, selon le programme du nouveau président, les salariés ne paieraient plus les 2,4 % de cotisations chômage (voir point suivant, Quel pouvoir d’achat pour les travailleurs ?). Si Emmanuel Macron applique cette réforme, tous les Français, à l’exception des plus petites retraites, a-t-il précisé, financeront les allocations via une hausse de 1,7 point de la CSG.

Quelles indemnités chômage ? Cette réforme soulève quelques questions, notamment celle du montant des indemnités chômage. Si actuellement, le montant des indemnités est fixé entre les partenaires sociaux, demain c’est l’Etat qui pourrait décider des sommes versées aux chômeurs. Il pourrait aussi choisir d’en diminuer le montant ou encore de réintroduire la dégressivité des allocations. En effet, la logique assurantielle veut que l’on perçoive des indemnités plus ou moins proportionnelles à son ancien salaire. Pour revenir à l’exemple anglais, les montants perçus sont les mêmes pour tous les chômeurs, quels que soient leurs revenus antérieurs. Outre-Manche, un chômeur perçoit ainsi 73,10 livres par semaine quand le montant maximal est de 7 183 euros brut mensuels en France (1 410 allocataires seraient concernés selon La Tribune).

Quels sont les buts de la réforme de l’assurance-chômage ? En permettant aux salariés démissionnaires de percevoir des indemnités chômage, Emmanuel Macron veut notamment fluidifier le marché du travail, en incitant à monter son activité ou à changer d’emploi. Son objectif : un taux de chômage ramené à 7 % d’ici 2022. De même, selon lui, cette réforme permettra de sécuriser le parcours professionnel des « 2-3 millions de travailleurs indépendants (qui) n’ont pas l’assurance d’une sécurité face à la perte d’activité ».
En rendant l’assurance-chômage universelle, Emmanuel Macron change le système pour en faire un filet de sécurité pour tous les actifs ou, peut-on imaginer, une allocation chômage universelle. A minima, craignent certains… En effet, alors que l’Unédic est déjà endettée à hauteur de 30 milliards, la dette devrait encore augmenter en ouvrant les droits au chômage à tous les actifs. Pour respecter de limiter les déficits publics, comme Emmanuel Macron s’y est engagé, il est difficile d’imaginer l’Etat aussi généreux que les partenaires sociaux…

Quel pouvoir d’achat pour les travailleurs ?

« Nous améliorerons le pouvoir d’achat des travailleurs », a martelé le candidat « d’En Marche ! » Comment ? Notamment par des baisses de cotisations salariales et par des aides en direction des bas salaires.

Une prime d’activité augmentée. Un 13ème mois pour les smicards. C’est ce que devraient percevoir les salariés les moins bien payés, soit 100 euros nets de plus par mois. Dans le détail, Emmanuel Macron a déclaré vouloir revaloriser la prime d’activité de 50 %, sans toutefois l’étendre aux salaires supérieurs à 1,3 Smic. Elle passerait de 132 à 212 euros, soit 80 euros mensuels en plus. Enfin, pour les personnes percevant le Smic, les cotisations salariales pour la maladie et le chômage seraient supprimées, soit un gain de 20 euros.

Deuxième objectif recherché en augmentant la prime d’activité : inciter à reprendre un emploi. Si c’est déjà le but de cette prime, Emmanuel Macron estime que son « lissage n’est pas bon (…) ce qui fait que quand vous rentrez dans le travail avec un Smic à temps partiel ou un Smic et que vous étiez au revenu de solidarité active (RSA), vous n’avez pas la prime d’activité (…) le gain marginal étant trop réduit ». La logique –  les chômeurs préfèrent rester oisif et percevoir des indemnités plutôt que de travailler – fait débat. De nombreuses études ont en effet déjà prouvé que les chômeurs le restent en général moins par calcul que par résignation, de même que les emplois à temps partiel sont plus souvent subis que choisis…

Baisse des cotisations sociales. Autre engagement du candidat Macron, une réduction des cotisations sociales. « Si l’on gagne 2 200 euros nets par mois, ce seront 500 euros nets supplémentaires par an ». Ce sont donc les cotisations d’assurance-maladie et de chômage (voir point précédent) qui seront financées par la CSG, soit par l’ensemble des Français. Les petites retraites ne devraient pas participer, a tenu à rassurer le président dans son programme.

Fiscalité des heures supplémentaires. Emmanuel Macron propose également de rétablir l’exonération des cotisations sociales (patronales et salariales) sur les heures supplémentaires, sans toucher toutefois à leur défiscalisation. Annulée sous la présidence Hollande, l’exonération de cotisations et la défiscalisation des heures supplémentaires était une mesure phare du président Sarkozy. Le journal Les Echos pointait du doigt une contradiction par rapport au projet politique de Macron : « les exonérations inciteront salariés et employeurs à garder une durée du travail plus basse pour bénéficier plus vite des avantages sociaux, alors que le candidat souhaite davantage de négociations sur le temps de travail dans les entreprises » (voir point suivant Durée légale du travail).

Vie dans l’entreprise

Egalité homme-femme, négociations salariales, réduction du nombre des branches professionnelles… Macron veut faire bouger les lignes de l’entreprise. S’il entend garder la durée légale du travail dans la loi, il veut aussi permettre aux entreprises de négocier leur organisation du travail. Explications.

Durée légale du travail. « Le Code du travail définit un socle de droits et de règles (durée légale du travail, salaire minimum, égalité professionnelle…), qui continuera de s’imposer aux entreprises. Au-delà, la primauté sera donnée aux accords d’entreprise sur les accords de branche ». Ce qu’il faut comprendre : que les entreprises fixent au maximum leur organisation via des accords d’entreprise. Il justifiait cette affirmation ainsi : « Ce n’est pas la loi qui doit définir les règles pour tous les secteurs et toutes les entreprises mais ce sont les dynamiques des entreprises et des secteurs qui vont permettre de définir les bons accords ».

La loi El Khomri a déjà instauré un système de référendum en entreprise. Le but : permettre la conclusion d’accords en contournant le blocage de syndicats majoritaires. Macron va plus loin en permettant qu’il soit validé par un référendum d’initiative syndicale ou patronale. « Tout accord d’entreprise résultera soit d’un accord majoritaire avec les syndicats, soit d’un référendum à l’initiative de l’employeur ou des syndicats sur la base d’un accord minoritaire. C’est seulement à défaut d’accord d’entreprise que la branche interviendra ». Concrètement donc, des dérogations seront possibles aux 35 heures. Au niveau des branches professionnelles, le président entend les réduire pour atteindre entre 50 et 100 maximum, contre environ 700 aujourd’hui.

Egalité homme-femme. Plusieurs objectifs sont contenus dans le programme d’Emmanuel Macron pour réduire les inégalités entre les hommes et les femmes. Un congé de maternité unique serait ainsi garanti pour toutes les femmes, quel que soit leur statut (salariée, entrepreneuse, non-salariée, intermittente, etc.). « Par exemple, nous alignerons la durée du congé maternité des indépendantes sur celle des salariées, soit de 44 jours (jusqu’à 74 jours) vers 56 jours (jusqu’à 112 jours) ».

Pour que l’impôt ne décourage pas les femmes à travailler, Emmanuel Macron veut créer une option d’individualisation de l’impôt sur le revenu pour éviter que certains couples mariés paient davantage d’impôt que si les deux membres du couple vivaient seuls.

Autre mesure : la publication des noms des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale entre les sexes. Des contrôles sont déjà menés au hasard dans les entreprises mais rien dans le programme de Macron ne précise si des sanctions sont ensuite prévues. L’Etat devra montrer l’exemple en assurant la parité dans les nominations aux grands postes (agences et directeurs d’administration).

Syndicats d’entreprise. Pour Emmanuel Macron, le syndicalisme doit « être moins politique ». Comme on l’a déjà vu, l’Etat va gérer directement l’assurance-chômage cela sera aussi le cas de la formation professionnelle. Le nouveau président de la République, annonçait aussi dans son programme vouloir renforcer la formation des représentants des salariés. Des formations qui porteront sur les enjeux de la gestion d’une entreprise. Mais aussi de permettre « à chaque salarié d’apporter des ressources financées par l’employeur au syndicat de son choix ».
Est-ce pour donner des gages aux syndicats ? En tout le programme d’Emmanuel Macron prévoit que l’engagement syndical sera reconnu dans les carrières professionnelles et qu’il luttera contre la discrimination syndicale. Dans les deux cas, on ne sait pas bien comment. Suffisant pour doper la cote d’amour du nouveau président ?

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Commentaires
  1. Philippe
    10 mai 2017 - 18h56

    Personne ne parle du chômages des séniors.
    Qui osera légiférer pour que les entreprises arrêtent de licencier les séniors,et aussi de les embaucher.
    Merci de faire suivre,je suis dans ce cas,personne ne s’y intéresse.

  2. REYMOND
    11 mai 2017 - 15h15

    Je suis senior, uniquement à jeter à la poubelle. personne ne veut plus de nous, les entreprises ne répondent même pas à nos mails. c’est nous qui sommes fliqués. On devrait pénaliser les entreprises qui ne répondent pas. UNE HONTE !!! On nous rabâche qu’ailleurs les seniors travaillent, mais en France, personne ne veut de seniors !! Alors, que faire ?????????

  3. Isabelle
    11 mai 2017 - 17h33

    Et peut-on aussi évoquer les CDD à répétition pour les consultants notamment dans les cabinets de Conseils RH, alors que leur but est d’aider les personnes à trouver un emploi pérenne…Comme quoi, ce sont bien les cordonniers les plus mal chaussés 🙁

  4. Féron
    22 mai 2017 - 11h12

    Brigitte
    Je suis senior, et bien entendu pas de travail pour nous, malgré les formations, nos expériences et
    compétences que nous pourrions apporter aux
    entreprises TOUJOURS le même REFRAIN
    pas de réponses à nos candidatures, ou nous
    correspondons au profil mais pas de suite, crainte
    de la discrimination pour les entreprises.
    Au noms de tous les seniors qui veulent restés
    actif pour notre société, nous voulons être
    entendu, après des Employeurs et du Gouvernement………..
    QUELLE LOI POUVEZ VOUS ÉTABLIR POUR NOUS????????????????????? Monsieur le
    Président de la République

    .

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