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Réforme de la formation #2 : les organismes de formation et les entreprises au cœur des débats

Après nous être attardés sur les conséquences de la réforme sur les actifs, dans le premier volet de notre dossier, nous allons aujourd’hui aborder son impact sur les organismes de formation et les entreprises. Pour cela, nous avons interrogé Sophie Crespy, Directrice de CESI École de Formation des Managers et CESI École Supérieure de l’Alternance. Elle nous explique les changements opérés par l’État en matière de gouvernance de la formation ; ce en quoi la réforme doit répondre aux besoins des entreprises et comment les organismes de formation s’y sont adaptés.

Simplifier le financement en supprimant l’intermédiation

Un des objectifs affichés de la réforme était de réduire l’intermédiation et de simplifier le financement de la formation en diminuant le nombre d’acteurs. Selon Sophie Crespy, « au travers de France Compétences, l’État a décidé de reprendre en main le sujet de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Un certain nombre d’acteurs continuent néanmoins d’intervenir sur le sujet. Tout d’abord, de 20 OPCA (Organismes Paritaires Collecteurs Agréés), nous passerons à une petite douzaine d’OPCO (Opérateurs de Compétences), dont le champ d’intervention est annoncé comme étant réduit. En ce qui concerne la formation professionnelle, ils vont désormais travailler en priorité avec les entreprises de moins de 50 salariés et assureront le financement et la gestion de l’alternance et de l’apprentissage. La collecte des contributions des entreprises sera faite, par ailleurs, par l’URSAFF à partir de 2020. Ce sera la Caisse des dépôts qui financera directement le CPF, facturé par les organismes de formation. »

Si le fonctionnement change, la simplification n’est pas totalement au rendez-vous. Le nombre d’intervenants reste assez élevé. Le rôle des OPCA (désormais OPCO) et surtout l’attribution des cotisations des entreprises reste un changement majeur dans ce domaine, avec notamment les structures de plus de 50 salariés qui ne devraient plus être refinancées et qui devront donc abonder les formations avec leurs fonds propres.

S’adapter à l’évolution des métiers

La réforme doit permettre de privilégier une offre de formation de qualité, plutôt diplômante grâce aux blocs de compétences mais pas nécessairement sur des parcours longs. Les fortes évolutions des métiers et la recherche de compétences sont un vrai défi pour les entreprises, qui ne trouvent pas nécessairement de profils adaptés sur le marché et qui souhaitent donc faire évoluer leurs salariés. Selon Sophie Crespy, « c’est aux organismes de formation d’adapter leur offre pour répondre à ces besoins. Cela fait quelques années que CESI travaille sur ce sujet, notamment à travers ses nombreux parcours métiers diplômants. Nous avons investi pour mieux comprendre les métiers de demain et pouvoir répondre aux problématiques des entreprises. De manière générale, il est nécessaire pour les organismes de formation d’investir dans la prospective, la compréhension et la transformation des métiers. Cet investissement se traduira nécessairement par des indicateurs performants en termes l’insertion professionnelle ou d’impacts sur les trajectoires professionnelles des personnes formées.

Ce travail sur le fond ne pourra s’effectuer qu’avec la concentration des offreurs de formation. Ils sont actuellement entre 70 000 et 75 000 en France et beaucoup sont en monostructures. Ainsi, pour structurer l’offre et la tirer vers le haut, il sera nécessaire de réorganiser le marché pour disposer d’écoles et d’organismes de formation de dimension importante. Si l’offre s’avère être au rendez-vous, les investissements des entreprises suivront. C’est également pour cette raison que la réforme privilégie les formations diplômantes, des évaluations et des mesures de compétences, car elles permettent d’offrir de l’opérationnalité aux personnes formées, mais donnent également de la lisibilité à leur évolution professionnelle.

 Adapter les programmes de formation

Cette réforme, dans la continuité de celle engagée en 2014, a poussé les organismes de formation à revoir leurs offres sur le fond mais également sur la forme. En passant les droits des actifs à un forfait en euros et non plus en heures, elle pousse les offreurs à optimiser leurs parcours, notamment en limitant les temps de présentiel de manière intelligente pour réduire les coûts : un double volet essentiel, avec d’un côté un travail sur la connaissance et le savoir-faire, qui peuvent être transmis à distance ou par poste de travail ; de l’autre, un savoir-être qui doit, en revanche, être travaillé en présentiel.

CESI travaille sur le sujet depuis déjà plusieurs années, selon notre experte. « À CESI, nous avons retravaillé les parcours et leur pédagogie. Aujourd’hui, les entreprises souhaitent que leurs salariés soient le moins possible absents au cours de leur période formation. Avec la reprise du marché du travail et de l’activité, il apparait compliqué de se passer de ses collaborateurs plus de deux à trois jours par mois. Pour répondre à cela, il est nécessaire d’une part de digitaliser l’offre, non pas pour proposer des formations 100% en ligne mais pour être en capacité de proposer des contenus distanciels venant « optimiser » le présentiel, lequel demeure un fondement de la formation et là où l’expérience stagiaire est la plus forte.  En complément, il convient de proposer des dispositifs diplômants adaptés à chacun des candidats à la formation. Contrairement à la formation initiale, chacun vient avec son propre bagage (formations, expériences professionnelles etc…). Ces compétences déjà acquises doivent pouvoir être valorisées, validées en amont pour ne suivre dans le parcours de formation que le « strictement utile ». La modularisation en blocs de compétences permet cela : adapter la durée du parcours diplômant en fonction des acquis de chacun. CESI est inscrit dans cette logique depuis plus de trois ans maintenant et le résultat est très motivant. Cela suppose une double expertise, en ingénierie de formation et en ingénierie de certification.

Redéfinir le rôle des entreprises

Le rôle des entreprises dans la formation professionnelle reste primordial, même si les cartes du financement ont été redistribuées. Mieux, elle pourrait devenir un argument pour attirer les talents, selon Sophie Crespy : « La formation va devenir un critère d’attractivité important pour les entreprises. Elles vont pouvoir attirer des profils grâce à leur politique d’abondement au financement des parcours éligibles au CPF notamment. Cela fera, à termes, partie des éléments importants lorsque l’on postulera à une offre d’emploi. »

Les actifs auront certes un rôle central dans le choix de leurs formations mais beaucoup d’entre elles se dérouleront pendant le temps de travail, qui suppose l’accord de l’employeur. Les entreprises seront donc au cœur de la problématique et auront un rôle de conseil fort. Notre experte souligne que « cela doit être une co-construction, un projet gagnant-gagnant commun, qui permettra à l’individu d’évoluer dans son entreprise en acquérant des compétences utiles et à l’entreprise de faire fructifier son capital humain. »

Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir le troisième volet de notre série sur la réforme de la formation décryptée avec Sophie Crespy, Directrice de CESI École de Formation des Managers et de CESI École Supérieure de l’Alternance. Il sera dédié à l’alternance.

Cet article a été écrit en partenariat avec CESI.
Crédit photo : CESI

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Commentaires
  1. Herve
    11 décembre 2018 - 7h06

    Je suis surpris de l approximation de cette article…

    Déjà il faut avoir en tête que les fonds collectés de la formation sont très réduits. Que le passage du cpf en euro va avoir un impact sur la qualité des formations mais en baisse.

    Deuxièmement, çe n est pas diplômant mais qualifiant… Ce n est pas la même chose.

    Bref… Je reste à votre disposition pour en parler.

  2. Maurice LABRE
    13 décembre 2018 - 6h16

    Bonjour

    Je me permets de réagir, et vous expose ma problématique, cela fait 2 ans que nous recherchons des stagiaires en ingénierie dans la construction de planchers collaborants pour nous aider à résoudre des calculs de faisabilité.
    Nous avons contacté plusieurs grandes écoles et organismes dont le CESI.
    Réponse quand il y en a une: DEBROUILLER VOUS
    Alors oui réformons et que les entreprises qui cotisent à fond perdue retrouve elles aussi leur pouvoir d’achat.

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