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Réforme de la formation #1 : remettre les actifs aux commandes de leur parcours professionnel

Annoncée en début d’année par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, la réforme de la formation professionnelle a été confirmée au Journal Officiel le 6 septembre. Suite logique de la loi du 5 mars 2014 qui instaurait le Compte Personnel de Formation (CPF), elle entend encore une fois simplifier les démarches, donner plus de lisibilité aux offres et apporter des compétences indispensables, aussi bien aux salariés souhaitant évoluer qu’aux demandeurs d’emploi ou aux étudiants souhaitant se professionnaliser. Pour mieux comprendre les impacts de cette réforme, nous nous sommes entretenus avec Sophie Crespy, Directrice de CESI École de Formation des Managers et CESI École Supérieure de l’Alternance, avec qui, nous vous proposons une analyse en trois volets. Pour ce premier article, nous nous intéressons aux salariés et aux demandeurs d’emploi. Qu’est-ce que la réforme de la formation va changer pour eux ?

Deux mesures pour favoriser l’accès aux formations

La réforme contient deux éléments importants visant à remettre les actifs au centre de leur parcours professionnel : le premier impacte directement le CPF, qui reste le pivot central pour accéder à la formation. Alors que ce dernier se base sur une unité d’heures pour déterminer les droits des salariés à la formation (150 heures maximum cumulées en huit ans), il va désormais disposer d’un montant alloué en euros. Ce dernier sera de 500 euros par an, plafonné à 5 000 euros de droits au bout de 10 ans. Les salariés à temps partiel bénéficieront des mêmes prestations que ceux à plein temps. Les personnes les plus éloignées de l’emploi auront droit à 800 euros par an. « Un compte converti, non plus en heures, mais en euros sera évidemment plus lisible pour tous et c’est une bonne chose » indique Sophie Crespy. Deux questions cependant encore en suspens. La première concerne la conversion des heures actuellement acquises en euros, même si le taux de 14,28 euros est régulièrement évoqué. La seconde, plus importante encore, porte sur l’abondement (désormais en euros) de ce compte par l’entreprise, les branches etc… Il ne faut pas oublier que, si le CPF a connu une forte montée en puissance ces deux dernières années, c’est précisément parce que le mécanisme d’abondement, notamment par l’entreprise du salarié et son OPCA, a très bien fonctionné et permis à bon nombre de bénéficiaires de se positionner sur des parcours de formation diplômants et augmenter ainsi leurs niveaux de qualification et leur employabilité ! »

Le deuxième élément fort de cette réforme repose sur la mise en place d’une application mobile qui « doit permettre à chaque actif de connaitre en temps réel le montant de ses droits, les emplois accessibles autour de chez lui, les formations proposées, et même un calendrier de formations », explique Sophie Crespy. « Cela va clairement dans le sens d’une meilleure lisibilité de l’offre de formation en général. Actuellement, chaque organisme de formation fait lui-même faire l’effort de rendre visible son catalogue. Désormais, il y aura un référencement des offres via l’application. Il convient de veiller cependant à ce que cet outil ne se transforme pas en un simple comparateur de prix mais réponde bien à l’objectif premier de la Loi, qui est de renseigner le plus complètement possible l’actif pour mener à bien son projet de formation ».

Un accompagnement indispensable pour faire les bons choix

Ces deux mesures vont dans le même sens : apporter de la clarté aux choix des actifs pour leur permettre de faire les meilleurs choix de formation et d’évoluer avec les moyens de financer et, d’accéder aux offres plus simplement. Les pouvoirs publics essaient depuis longtemps de faire en sorte que la formation profite à ceux qui en ont le plus besoin mais cela ne se fera pas sans un ingrédient essentiel : un accompagnement personnalisé. Sophie Crespy déclare à ce sujet : « Les conseils en évolution professionnelle existaient déjà. Leurs rôles devraient se renforcer. Pour choisir sa formation, il faut faire un lien entre les compétences dont on dispose déjà et celles visées par le métier ou la fonction cible, qu’il s’agisse d’évolution ou de reconversion professionnelle. C’est un exercice difficile, qui doit nécessairement être accompagné. Ce n’est qu’à cette condition que le pari de « l’émancipation accrue du salarié dans la construction de son parcours professionnel » sera gagné. Ces conseils en évolution professionnelle sont donc la clé pour orienter utilement les individus. Même les organismes de formation à l’échelle de leurs « candidats à la formation » le font pour la plupart déjà et très sérieusement dans le cadre de leur obligation de conseil amont »

Un des axes importants de la réforme est de faire en sorte que le développement des compétences soit désormais la responsabilité de chacun, que ce soit par le passage à des droits en euros pour le CPF ou avec une application mobile dédiée. Il ne faut toutefois pas que le recentrage de cette responsabilité crée deux groupes d’individus : une population qui sait ce qu’elle veut faire, qui prend sa carrière en main, et une autre qui n’y arrive pas.

Les actifs de plus en plus amenés à participer au financement de leur formation

Un des effets clés de la réforme va concerner le financement des formations. Le rôle des OPCA, récemment renommés OPCO, va changer, de même que la manière dont va être utilisée la contribution des entreprises, qui va être orientée principalement vers les structures de moins de 50 salariés, vers les demandeurs d’emploi et vers l’alternance. Cela va avoir des effets notables pour les salariés, selon notre experte. « Très longtemps, on a pensé que la formation professionnelle était gratuite. Et pourtant, et la réforme va dans ce sens, les actifs vont être de plus en plus amenés à financer pour partie leur formation avec leurs propres deniers. C’est un réel changement de modèle social. Sommes-nous prêts à cela ? Le risque n’est-il pas que la formation ne profite qu’à une partie des actifs ?

L’accompagnement de l’individu dans ses choix est d’autant plus important. Ce changement de paradigme arrive, de plus, à un moment où les effets bénéfiques du CPF commençaient à se faire sentir : « À CESI, nous avons vu une réelle montée en puissance des recours au CPF ces deux dernières années, notamment parce qu’ils étaient abondés par les entreprises, et donc par les OPCA qui refinançaient. Ces parcours diplômants se font souvent sur le temps de travail, dans le cadre d’un projet d’entreprise. Il y a donc un co-investissement salarié / employeur. À l’avenir, une partie des entreprises va continuer d’abonder mais il n’est pas évident qu’elles puissent continuer à se faire refinancer par les OPCO. Elles devront probablement le faire sur leurs fonds propres. »

Le sujet du financement est ainsi central dans cette réforme qui rebat les cartes entre entreprises et salariés. Si les premières pourront continuer à faire bénéficier leurs collaborateurs de formations à leurs frais, les projets professionnels des salariés devront désormais être multi-financés, et notamment par eux-mêmes. Ce changement de cap a des conséquences sur l’offre de formation elle-même. Pour en connaître tous les aspects, rendez-vous la semaine prochaine pour le deuxième volet de notre décryptage de la réforme de la formation, avec Sophie Crespy, Directrice de CESI École de Formation des Managers et CESI École Supérieure de l’Alternance.

Cet article a été écrit en partenariat avec CESI.
Crédit photo : CESI

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