Fermer
menu
  • Futur du travail

En entreprise, la curiosité est tout sauf un vilain défaut

Nous avons eu le plaisir d’assister à l’allocution de Jamy Gourmaud, le célèbre journaliste de l’émission C’est pas sorcier, durant l’événement GEN 2019 organisé par Grand Est Numérique à Metz. Il y a loué l'importance de la curiosité, un état d’esprit nécessaire pour faire carrière.

Ode à la curiosité, par Jamy Gourmaud lors de l'événement GEN 2019. Crédits photo : Focalize.

L’obsolescence des connaissances s’accélère

Avant le discours de Jamy, d’autres conférenciers nous alertaient sur l’évolution rapide du monde du travail. Les carrières des jeunes d’aujourd’hui ne ressembleront pas à celles de leurs aînés. Ils travailleront pour de nombreuses entreprises. Tous ne choisiront pas le salariat, qui ne sera d’ailleurs peut-être plus, d’ici quelques temps, la forme de coopération travail/capital la plus répandue. Ils changeront de statuts. Les rapports entre les personnes physiques et les personnes morales vont être bouleversées.

Le numérique y est pour beaucoup, car l’évolution des technologies s’accompagne souvent d’un transfert de valeur. Nous consultons toujours des dermatologues pour surveiller notre peau, mais depuis peu, des programmes réussissent à mieux repérer les cancers. Nous entrions autrefois dans les universités et les bibliothèques pour consulter les experts et leurs ouvrages, la plupart de ces ressources sont désormais accessibles en ligne. Ces mutations modifient en profondeur la valeur des compétences professionnelles. L’obsolescence des enseignements initiaux s’accélère. La plupart des expertises ont encore de l’importance aujourd’hui, et les personnes qui les développent ont encore de beaux jours devant elles ; mais il est probable que l’accessibilité des ressources, notamment, entraîne une valorisation plus forte des compétences systémiques.

Les personnes qui arriveront à déceler la bonne information au milieu du bruit ambiant, celles qui seront en mesure de prendre de bonnes décisions, en s’appuyant sur leurs connaissances évolutives, leurs recherches et leurs échanges, auront tout ce qu’il faut pour sortir du lot. Ce contexte doit inciter les salariés – et les personnes en général – à redevenir curieux, à avoir de nouveau envie d’apprendre, pour cultiver leur valeur ajoutée.

Apprendre est un plaisir, pas une contrainte

Cette envie d’apprendre, Jamy Gourmaud ne l’a pas toujours eue. Le déclic est survenu lorsqu’il préparait la première des 570 émissions de C’est pas sorcier, consacré au son. C’était une autre époque : en 1994, il n’avait pas accès à Internet et les ressources qui y étaient référencées étaient immensément moins nombreuses qu’aujourd’hui. Il est donc, littéralement, parti à la rencontre d’experts de l’acoustique. Au départ, il n’a rien compris : “tous ces experts utilisaient un langage ésotérique, comme si cela renforçait leur position, comme s’il s’agissait d’un gage de sérieux”. Il a fini par rencontrer un spécialiste plus pédagogue, qui lui a “montré le son” : il avait enfin compris. Il pouvait à son tour transmettre cette connaissance, en construisant ses fameuses expériences dans son camion. Cette rencontre fut un véritable tournant pour Jamy : “ce moment a généré chez moi un plaisir, une forme de jouissance intellectuelle, ce que Rabelais appelait le “gai savoir” ; ce petit sourire qui se dessine sur votre visage quand votre cerveau conceptualise, qu’il reformate les connaissances que vous venez d’acquérir”.

L’apprentissage de nouvelles connaissances ne doit pas être vu comme une contrainte. Ne pas rester dans sa zone de confort demande effectivement un certain effort, mais ce sentiment se dissipe rapidement lorsque la nouvelle compétence est acquise ou que son assimilation est en cours : on ressent une forme de bonheur, comparable à celle éprouvée par des randonneurs atteignant un sommet. C’est en tout cas l’image que souhaite retenir Jamy : “Apprendre, c’est comme gravir une montagne. C’est long, il faut faire des efforts, mais on peut trouver du plaisir à travers ces efforts. Quand on arrive là-haut, on découvre de nouveaux horizons”.

À lire également :
Comment atteindre l'état de flow ou l'extase au travail

Apprendre et savoir transmettre

Cette mentalité, consistant à chercher plutôt qu’à se reposer sur ses connaissances passées, “chacun peut la générer et l’entretenir” selon Jamy Gourmaud. C’est le message plein d’espoir et de confiance qu’il est venu apporter lors de GEN 2019 à Metz. On passe tous à côté de sujets passionnants au quotidien, il ne tient qu’à nous de nous y intéresser, de creuser ces thématiques. Toutes ne semblent pas glamours à première vue, mais il estime qu’on ressent finalement le même plaisir à les décrypter. Et la difficulté de la problématique importe peu : “j’ai l’intime conviction que lorsqu’on s’arrête sur un sujet, qu’on s’immerge, on est prêt à aller chercher et à recevoir toutes les informations nécessaires pour le comprendre”. Durant les 19 ans de C’est pas sorcier, Jamy a su entretenir cet état d’esprit pour assimiler puis transmettre des sujets complexes à première vue. “Il ne faut pas hésiter à poser des questions, et ne pas hésiter à dire quand on n’a pas compris. C’est à notre interlocuteur de s’adapter, faire preuve de pédagogie, et reformuler si nécessaire. Pour transmettre, il faut avoir ressenti un plaisir d’apprendre, et pour le ressentir il faut vraiment avoir compris. Puis, quand on s’adresse aux autres, on ne doit pas chercher à se montrer, mais chercher à faire comprendre ; et on prend une deuxième dose de plaisir”.

Jamy insiste ici sur deux choses : l’envie d’apprendre et celle de transmettre. En entreprise, les personnes qui ont cette curiosité et qui sont volontaires pour transmettre leurs découvertes à leurs collègues, de la manière la plus intelligible possible, sont ceux qui leur apportent le plus. On doit accepter de se remettre en question ; comprendre que les savoirs ne sont pas figés ; assimiler le fait que ce n’est pas parce qu’un processus fonctionne qu’il ne peut pas être amélioré – voire être totalement remis en cause par un autre procédé plus efficace. Et si le numérique transforme la valeur des compétences, il ne remet pas en cause celle de la connaissance : “la connaissance n’est pas une accumulation de données, c’est un jardin dans lequel on va semer nos savoirs. Ils fonctionnent comme un réseau de racines, ils vont créer des ponts, se lier, un savoir va prendre du volume aux côtés d’un autre savoir… Internet est une bibliothèque où des connaissances sont rangées, notre cerveau est une cuisine où celles-ci sont sur le feu, elles mitonnent, elles évoluent. À une époque où on est submergé d’informations, il faut avoir emmagasiné suffisamment de connaissances pour faire le tri et se forger une opinion. Dire oui ou dire non, mais en étant conscient de son choix, choisir en étant capable d’argumenter. Apprendre, c’est être libre”.

À lire également :
Résolution de rentrée : je sors de ma zone de confort

Apprendre et faire carrière

Au-delà du plaisir que vous éprouverez, apprendre vous permettra d’évoluer dans l’entreprise. Être curieux, chercher des solutions, ne pas hésiter à défricher des zones non-explorées, ne pas se contenter de ses apprentissages et accepter la remise en cause : les salariés qui possèdent cette mentalité sont très appréciés des entreprises, car ils permettent de les faire évoluer. On promet un meilleur avenir aux sociétés qui cherchent à se transformer plutôt qu’à se reposer sur leurs acquis et ce caractère dépend d’abord des collaborateurs qu’elles recrutent.

“Apprendre, c’est aussi rebondir”. Jamy a animé C’est pas sorcier pendant près de deux décennies ans avec Fred, son acolyte. “Nous avons appris durant 19 ans. Durer autant, c’est dangereux. Après tant d’années, nous avions envie de passer à autre chose pour continuer à progresser”. Apprenez, cultivez votre soif, votre curiosité, vous y prendrez du plaisir et vous évoluerez naturellement… dans votre entreprise ou dans une autre. Les salariés curieux de nature mais bridés par leur hiérarchie tenteront quelques temps de faire bouger les lignes, avant d’aller voir ailleurs devant tant d’inertie. Mais encore une fois, pas d’inquiétude : la curiosité fera sans doute bientôt partie des qualités les plus valorisées par les recruteurs. Si ce n’est pas déjà le cas, comptez sur eux pour rechercher et reconnaître cet état d’esprit chez les candidats.

Recevez l'essentiel de l'actualité RH

En cliquant sur "Recevoir la newsletter", vous acceptez les CGU ainsi que notre politique de confidentialité décrivant la finalité des traitements de vos données personnelles.

Ces articles devraient vous intéresser
Commentaires

Ajouter un commentaire

Il est possible d’utiliser les balises HTML suivantes :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
Ce blog supporte le système Gravatar, pour obtenir le vôtre, inscrivez-vous sur Gravatar.

Dossiers à la une