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Créer une entreprise avec un ami, pour le meilleur et pour le pire

Hand-shakeSi nos collègues deviennent parfois nos amis, il arrive aussi qu’on se lance dans la création d’une entreprise entre potes. Ce qui peut paraître une bonne idée tourne parfois au vinaigre. Nous avons interrogé plusieurs entrepreneurs qui ont monté leur business avec un ou une amie.
Aucun ne regrette cette expérience « enrichissante » qui ressemble finalement à une histoire de couple : ça commence par un coup de foudre amical, suivi d’une phase fusionnelle, mais quand les divergences arrivent il faut parfois se séparer. Voici 5 histoires qui pourront sans doute aider les porteurs de projets à se poser les bonnes questions avant de s’associer avec un ami, pour le meilleur et pour le pire.

« Monter une société avec un ami c’est comme un mariage en pire, il y a plus d’argent et moins d’amour »

Emmanuel.

Emmanuel s’est associé avec un ami d’enfance.

Il y a quelques années, Emmanuel a lancé avec un ami une entreprise d’animation qui organisait des événements dans des clubs de vacances. « L’idée nous est venue simplement avec un ami car nous étions tous les deux animateurs pendant l’été et nous avons voulu en faire notre métier. Nous nous connaissions depuis l’âge de 10 ans et comme on s’entendait bien on se disait qu’il serait facile de travailler ensemble. C’est une erreur ! » concède Emmanuel. Les deux associés avaient pourtant été avertis. « La personne qui nous a aidé à créer l’entreprise nous avait prévenus : monter une société avec un ami c’est comme un mariage en pire, il y a plus d’argent et moins d’amour ».

Travailler avec un ami, un projet idéal

Pour Thibaud qui a créé une agence de com’ avec un collègue, l’amitié s’est au contraire renforcée autour du projet d’entreprise. « Nous étions collègues et déjà « potes de boulot » dans une société de communication du secteur du recrutement. Nous voulions changer les manières de travailler, appréhender autrement le métier, cela nous a rapprochés, même si nous n’avions pas l’occasion de travailler sur les mêmes projets. D’où l’idée de monter une boite ensemble. En travaillant sur le projet nous avons appris à nous connaître autrement. L’idée de créer une société ensemble s’est concrétisée au début de la crise en 2009 quand j’ai été licencié. Jérémy est venu vers moi et m’a dit que si je lui donnais ma parole d’ami pour lancer le projet, il quitterait lui aussi son travail. Ce qu’il a fait le lendemain. Cette confiance a vraiment été un déclic amical ».

Maxence s’est quant à lui lancé avec un ami d’enfance qu’il connaissait depuis 20 ans pour créer une société audiovisuelle. « Nous avions beaucoup de points communs, c’était comme une évidence. L’illusion c’est qu’on a l’impression de se connaître mais après des expériences chacun de notre côté, nous avions des manières de travailler très différentes ». Les deux compères se sont tout de même jetés à l’eau.

Se lancer entre amis, c’est rassurant

Stephane

Pour Stéphane, se lancer avec un ami a un côté « rassurant ».

Tout comme Stéphane, qui a créé une agence de relations presse avec une amie. « Quand on veut se lancer dans la création d’entreprise pour la première fois, c’est souvent la peur qui nous guide vers les copains. A 30-35 ans, c’est rassurant d’avoir un ami pour monter un projet. Ça peut fonctionner mais ce n’est pas la meilleure des raisons. Il vaut mieux partir sur de bonnes bases : c’est la compétence qui doit lier le projet plus que l’amitié ».

C’est aussi ce qui s’est passé pour Anthony, 38 ans, qui a concrétisé son envie de créer une entreprise en 2008. « Au cours de l’été, pendant des vacances passées ensemble, nous nous sommes rendus compte que nous avions la même envie de start-up. J’avais déjà réfléchi au projet et lui avait des compétences techniques complémentaires. De fil en aiguille nous en avons reparlé et nous avons créé la société quelques mois plus tard. J’ai quitté mon emploi, lui était indépendant, tout s’est passé très vite ».

 L’amitié, un formidable accélérateur

De l’idée à la création, les choses s’accélèrent car dans un premier temps on ne voit que des avantages à bosser avec un ami. « Au début c’est plus facile de se dire les choses franchement. Quand on est amis, le mode de communication est déjà établi. C’est un avantage, mais quand l’entreprise va moins bien, ce mode d’échange risque d’évoluer, il faut s’y préparer chacun de son côté » reconnaît Emmanuel. Cela n’a pas empêché son entreprise de bien fonctionner. « Sur la dernière année nous avions près de 40 salariés » se souvient Emmanuel qui a même poussé la logique de l’amitié jusqu’au bout en embauchant d’autres copains.

Thibaud (à droite) est associé à Jérémy depuis 5 ans.

Thibaud (à droite) est associé à Jérémy depuis 5 ans.

« Au quotidien c’est un avantage d’être amis », confirme Thibaud. « On est connectés, on partage la même vision on sait ce que pense l’autre de manière intuitive. L’histoire de notre duo nous la mettons aussi en avant auprès de nos clients. Nous travaillons sur la communication et les RH, c’est une manière de dire que même les opposés peuvent créer quelque chose ensemble. Le mélange des compétences est au coeur de notre positionnement ».
Même le nom de leur agence, Twinin, rappelle ce côté gémellaire. Et depuis 5 ans qu’ils travaillent ensemble dans leur société, Thibaud et Jérémy ont trouvé leur équilibre.

« La complicité nous a rendu plus forts, notre amitié était aussi fédératrice pour nos collaborateurs »

Pour Stéphane qui travaille dans les relations presse,  il y a des avantages énormes à créer une entreprise avec un ami. « On se pose pas la question de savoir si on va se faire entuber ou pas. On gagne beaucoup de temps et même face aux clients, cette complicité nous rend plus forts. On parle d’une même voix et les clients le ressentent. Quand on dirige une entreprise, on vend toujours un peu de soi. En interne, pour les collaborateurs, l’énergie des fondateurs est aussi fédératrice. Mais ça ne dure pas éternellement. L’amitié est un accélérateur, mais ce n’est pas un ciment ».

Pour Anthony, c’est le même constat : l’amitié fonctionne comme un accélérateur. « L’avantage c’est que c’était un ami, mais pas vraiment proche. Il n’y avait pas d’affect et la répartition des tâches était claire dès le début. Les choses se sont plutôt bien passées. Ça permet d’aller plus vite. L’intérêt de s’associer avec un ami c’est qu’on se dit les choses franchement. Même si parfois on met trop de rondeur pour préserver l’amitié ».

Le temps des épreuves

La première épreuve justement, c’est la répartition des rôles. Et à ce niveau-là, toutes les personnes que nous avons interrogées ont un point commun : elles n’ont pas écouté les conseils de leurs proches.

Pour Emmanuel, la première source de conflit, c’est « la notion de compétence, ce que chacun apporte à l’entreprise. Et notamment quand la compétence porte sur le même domaine. Il vaut mieux avoir des profils complémentaires pour ne pas se marcher sur les pieds, avoir une répartition claire des rôles dès le départ du projet ».

Pour Thibaud et son ami Jérémy, les proches ont aussi appelé à la prudence : « On nous a mis en garde sur nos caractères respectifs, sur le fait qu’on ne pourrait peut-être pas rester amis si on travaille ensemble. C’est le contraire qui s’est passé, nous sommes aujourd’hui plus amis qu’associés. La clé c’est la communication et la confiance qui en découle. C’est important de se dire les choses, de ne pas laisser pourrir une situation, comme dans un couple ».

Pour Maxence la répartition était claire aussi, les deux amis étaient complémentaires. Maxence maîtrisait l’aspect technique de l’audiovisuel, son associé était plus dans la gestion de projet. « La difficulté quand on se répartit les rôles c’est qu’on part sur un modèle d’organisation, mais au quotidien des frustrations apparaissent de part et d’autre. J’étais dans l’artistique, lui dans l’administratif. J’avais l’impression que la réussite de la société reposait sur mes choix ».

« Quand on s’associe avec un ami, on veut tout partager… »

Mais il y avait aussi un autre déséquilibre qu’ils n’ont pas vu venir. « Notre entourage nous a dissuadé de nous associer en 50/50, on nous a conseillé de mettre une troisième personne pour arbitrer en cas de divergences « . Un conseil qu’ils n’ont pas suivi. « Quand on s’associe avec un ami, on veut tout partager, on refuse que l’un soit au-dessus de l’autre, je pense que c’est une erreur. Chacun a ses travers, ses responsabilités. Pour que l’association fonctionne il est parfois nécessaire de renoncer à certaines de ses idées, il faut avoir un bon caractère pour accepter ce genre de compromis ».

Se séparer en bons termes, mission impossible ?

Pour Anthony et son ami, l’histoire de leur start-up a pris fin au bout de deux ans, pour des raisons conjoncturelles. « Ce qui a précipité les choses c’est la crise de 2009, notre actionnaire principal a cessé son investissement et il a fallu penser à la revente et se mettre d’accord. L’autre risque c’est qu’on associe avec un ami, mais l’amitié finit par s’éroder, ça devient un associé. Il faut y penser avant et anticiper ces périodes de turbulences. Pour s’y préparer la solution c’est peut-être de faire un stage commando, d’aller tous les deux sur une île déserte pour voir comment on réagit en situation extrême sur un canot de sauvetage », plaisante Anthony.

Pour Stéphane c’est le projet de vie de son associée qui les a éloignés. « Le problème qui s’est posé pour moi c’est quand mon associée a décidé de changer de vie et de partir en Afrique. Ce sont des choses qui arrivent, mais au bout de trois ans d’association, ses désirs ont évolué. A partir de ce moment-là, elle s’est surtout projetée dans sa vie future. Il a fallu réorganiser la boite, prévenir les clients et surtout régler la question du capital qu’elle avait investi dans la structure. Je n’ai pas pu négocier et nous avons repoussé la question à plus tard. Ça a pris 3 ans et au final nous n’étions plus d’accord sur le prix. Le plus compliqué reste donc la séparation ».

Le divorce est parfois la seule issue

Pour Emmanuel, la séparation a été beaucoup plus rapide. « Nous nous sommes séparés en mauvais termes, nous avions des envies professionnelles différentes et la vie personnelle de chacun entrait aussi en ligne de compte. Nous n’étions plus du tout d’accord sur la manière de gérer la société, j’ai proposé de partir pour mettre fin à notre collaboration. Mais lui s’y est opposé car il considérait que c’était un échec. Finalement, c’est comme dans un couple : on est malheureux ensemble mais quand l’un des deux veut s’en aller, l’autre n’arrive pas à le laisser partir ». Après des discussions très animées, c’est par avocats interposés que le divorce a été consommé.

Maxence a décidé d’arrêter les frais au bout d’un an. « La société allait bien mais il y avait des blocages entre nous au quotidien. A l’époque nous avions 28 et 29 ans, c’est un peu jeune pour savoir les gérer. Nous avons pris la décision d’arrêter tant que la société n’était pas encore très grosse. J’ai recréé une société, l’autre a été liquidée. Depuis nos liens se sont distendus, on ne se parle plus. Nos familles se connaissaient et pour nos amis communs c’est également compliqué ».

Des regrets ? Non merci !

Pas de regrets pourtant. Si c’était à refaire Emmanuel serait juste un peu plus prudent : « ça reste une expérience très enrichissante, comme une relation de couple ». Idem pour Maxence : « il faut poser d’emblée l’éventualité que l’entreprise ne marche pas. Evoquer aussi la possibilité qu’on ne s’entende pas. Avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, c’est simple, avec un ami, ça l’est moins. C’est comme dans une histoire de couple, on ne va pas aborder la question de la séparation dès le début. On est dans l’euphorie du projet, on veut être constructif, c’est le moteur quand on veut créer une entreprise. Pourtant, il faut quand même y penser, c’est plus facile avec la maturité ». Selon lui l’erreur à éviter c’est de ne pas avoir entendu les conseils de son entourage. « Quand on veut créer une entreprise on ne veut surtout pas écouter les avertissements » avoue Emmanuel. « Pourtant, il faut être capable d’entendre que tout ne va pas être rose. Les meilleurs conseillers sont ceux qui sont déjà passés par là ».

Pour Anthony aucun regret non plus de s’être associé avec un ami. « Nous sommes toujours potes aujourd’hui. Tout le monde s’en est bien sorti… »

La réussite du projet pour Thibaud et Jérémy tient finalement dans des valeurs communes très fortes. « Qui dit société dit forcément argent, ça peut créer des problèmes entre amis. Ce qui a été fédérateur entre nous c’est que nous venons du même milieu. Tous les deux issus de familles d’ouvriers, nous avons le même rapport à l’argent. L’argent appartient à la société, pas à ses dirigeants ».

  • Merci à Emmanuel, Thibaud, Maxence, Stéphane et Anthony (son prénom a été changé pour conserver son anonymat) pour leurs témoignages. Si vous avez vécu ce genre d’expérience, n’hésitez pas à la partager en laissant un commentaire.

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Commentaires
  1. Caroline
    20 janvier 2014 - 12h19

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour votre article.

    Il est vrai que de ce lancer dans un projet avec un ami peut-être avantageux pour pleins de choses.

    En revanche il est vrai aussi que lorsque ça ne ce passe pas bien, il y a un gros risque de perdre cette amitié.

    Merci encore, je partage votre article dès mardi sur @Access_Com

    Bonne année 2014 😉

    A bientôt, Caroline

  2. Nathalie
    21 janvier 2014 - 16h44

    Merci pour cet article très intéressant. Comme quoi il y a certaines expériences qui catalysent particulièrement les relations humaines.

  3. clara
    28 janvier 2014 - 12h31

    Monter sa boite, quelle belle aventure… avec un ami de surcroit, par contre c’est vrai qu’il faut anticiper les malentendus et se mettre d’accord sur les bases avant de lancer ce projet, pour etre sur qu’il fasse bonne route, ce qui n’est pas toujours évident en amitié. En tout cas les expériences que vous partagez sont loin d’etre négligeables et permettront aux futurs entrepeuneurs de faire la part des choses.

  4. creer
    21 novembre 2014 - 8h03

    Never give up.

  5. statut sa
    27 juillet 2015 - 14h13

    La création d’entreprise est une très belle chose. C’est un excellent article
    Merci pour le partage

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