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Covid-19 : « Maintenant, j’ai le blues du dimanche soir tous les jours »

Alors que chacun est désormais cantonné à son domicile 7 jours sur 7, peut-on encore parler de dimanches moroses ?

Cet homme ne sait plus quel jour on est et s'il subit le blues du dimanche ( Rene Asmussen / Pexels)

Louise est une déprimée chronique. Enfin, était. « Ça me prenait le dimanche en début d’après-midi, après la digestion. La petite voix de la dépression qui te rappelle qu’il va falloir retourner au boulot, à nouveau régler le réveil à 7h et voir tes collègues relous une heure trente plus tard. Et encore, moi, je fais partie des chanceux : en général, ce sentiment passait vers 18h avec l’idée du plateau télé. Mais je sais que pour plein de gens cela commence dans leur lit, une fois la lumière éteinte, et qu’ils vont passer une sale nuit ». En tout cas, depuis la pandémie de covid-19, c’en est fini pour elle du blues du dimanche soir. « Tout est tellement irréel depuis deux semaines… Maintenant, j’ai le blues tous les jours ! », dit-elle, tout sourire.

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La moitié de la population souffre du blues dominical

Les dimanches moroses concerneraient environ 50 % de la population selon les sondages. Comment expliquer que tant de personnes soient concernées ? Co-auteur de Vaincre le blues du dimanche soir , le psychiatre Florian Ferreri expliquait dans une interview au Figaro que cette mélancolie touche particulièrement les enfants « car ils vivent beaucoup plus que les adultes dans un rythme imposé, le dimanche comme le reste de la semaine, et ils peuvent avoir le sentiment de toujours subir sans jamais être décisionnaire ». Pour certains, une fois adulte, ce sentiment perdure.

Le blues du dimanche soir peut aussi s’expliquer par un problème d’organisation – repousser les tâches pénibles le plus tard possible dans le week-end – ainsi que de changement de rythme. Ceux qui ont l’habitude de sortir le samedi soir, et se lèvent le dimanche à midi, connaissent bien cela. « A mesure que la journée avance, ils s’aperçoivent qu’il leur reste beaucoup de temps pour s’ennuyer mais plus assez pour faire quelque chose. Et le soir venu, au lieu de se coucher pour démarrer la semaine en forme, ils continuent à traîner devant la télé », soulignait, au quotidien de droite, le psychiatre. Il y a aussi ceux qui, anxieux, se préoccupent de la semaine à venir, en se focalisant sur le lundi et voient les heures défiler toute la nuit. Des habitudes ou comportements qui, en plein confinement, n’ont plus les mêmes conséquences.

Le télétravail et un changement d’organisation peuvent également soulager de nombreux salariés. « Je n’ai plus l’angoisse du dimanche soir ni la boule au ventre pour aller à travail : le stress du boulot n’est pas du tout le même, confirme Elsa, cheffe de projets événementiel. J’ai un reporting quotidien à faire mais j’organise ma journée comme je veux et, surtout, je ne suis plus sans cesse interrompue par les collègues ou le téléphone. C’est assez royal. Il faut dire qu’on n’a plus d’événement à organiser avant un bon moment, alors la pression qui va avec est redescendue. Et je trouve très agréable de prendre enfin le temps d’aller au fond des dossiers ».

Interrogée via Facebook sur sa relation au dimanche soir, Lucie, agente immobilière au chômage technique, vit plutôt bien la période actuelle. « Etant donné que je ne bosse plus, et que je ne sais plus quel jour on est, le blues du dimanche soir a totalement disparu ! Et ça me fait un bien fou de ne rien faire et d’apprendre à me poser ! » Un remède qui, malheureusement ou pas, prendra fin un jour Lucie. Mais chut…

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« Demain, c’est quel jour ? »

Si le blues du dimanche soir semble avoir été terrassé par le covid-19, une part non négligeable de la population réagit plutôt mal au confinement, comme Emilio, éducateur spécialisé. « Ce n’est plus du blues du dimanche dont il est question mais de celui du ‘demain c’est quel jour ?’ Je suis déjà un peu perdu dans le temps et je me demande quand je vais revoir mes amis en vrai. C’est surtout le cas après un apéro Skype ». Vitaux pour une part de la population afin de maintenir les liens sociaux, les apéros 2.0 rappellent aussi la solitude du confinement une fois la webcam coupée.

Fabian, social média manager pour une société de services, analyse ainsi les choses : « Ta vie est une semaine qui ne se termine jamais. Ce côté continuum est assez horrible à vivre et très pesant au quotidien ». Ce n’est pas qu’une impression. Une étude du King’s College, à Londres, a fait le point sur les conséquences psychologiques du confinement suite aux dernières épidémies (Ebola, SRAS, MERS, grippe H1N1). Les symptômes sont lourds : anxiété, dépression, irritabilité, confusion, peur, colères abus de médicaments ou de drogues, insomnie…

Le mot de la fin revient à Maeva, juriste en télétravail : « C’est pas évident de répondre à ta question alors qu’en confinement, à chaque jour suffit sa peine. Pourquoi ne pas plutôt écrire un sujet sur le micro-blues de tous les jours ? Comme si l’ancestral blues du dimanche soir était réparti chaque jour. » Un conseil suivi à la lettre…

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