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Comment fait l’Allemagne pour avoir un taux de chômage aussi bas ?

Made in germanyEn France le chômage bat des records avec, chaque mois, un nombre toujours plus important de demandeurs d’emploi. Mais chez nos voisins allemands, c’est le contraire et le nombre de chômeurs n’a jamais été aussi bas. Comment expliquer cette différence ? Eléments de réponse avec Guillaume Duval, Rédacteur en chef d’Alternatives Economiques et auteur du livre « Made in Germany – le modèle allemand au-delà des mythes ».

En France le taux de chômage dépasse les 10% alors qu’en Allemagne il est d’un peu plus de 5%. Est-ce que le niveau de croissance est la principale explication à cet écart ?
C’est surtout la dynamique démographique qui peut l’expliquer. La France a gagné 5 millions d’habitants depuis le début des années 2000 quand l’Allemagne en perdait 500.000 sur la même période. Il faut rappeler également que, depuis le début des années 90, l’Allemagne a créé deux fois moins d’emplois que la France.

Qu’est-ce qui peut encore expliquer que l’Allemagne s’en sort mieux au niveau du chômage…
Le développement massif des petits boulots, les fameux « mini-jobs ». En Allemagne, plus de 5 millions de personnes travaillent ainsi pour moins de 400 euros par mois. C’est un statut, développé par Gerhard Schröder au début des années 2000, assez analogue à celui d’auto-entrepreneur. A la différence près qu’il s’agit d’un statut salarié pour lequel il y a très peu de charges sociales à payer, mais aussi aucun droit à la retraite.
Par ailleurs, il n’existe pas de Smic en Allemagne. 3 millions de personnes travaillent donc pour moins de 6 euros de l’heure. Il existe donc plus de travailleurs pauvres en Allemagne qu’en France. Ce sont d’ailleurs plus exactement des travailleuses pauvres. Vaut-il mieux avoir des travailleurs pauvres que des chômeurs ? L’Allemagne a clairement fait le premier choix pour avoir plus d’emplois.

Le marché du travail allemand est donc très dual, beaucoup plus que chez nous. Avec d’un côté un secteur assez protégé, des syndicats forts, des conventions collectives… Et de l’autre, un grand nombre de salariés qui ne sont pas protégés par des conventions patronales, ce qui représente tout de même près de la moitié des salariés, alors qu’en France 98% des salariés sont couverts.

Quelles sont les conséquences sur la société allemande ?
Cela pose tout un tas de problèmes et il y a un débat sur les travailleurs pauvres et la question du Smic. Il est d’ailleurs probable qu’un salaire minimum soit créé après les prochaines élections.

Quelles sont les autres spécificités allemandes qui expliquent le faible taux de chômage ?
L’Allemagne a créé aussi beaucoup d’emplois en faisant de la réduction massive du temps de travail. Cela ne s’est pas fait comme chez nous avec les 35h, mais essentiellement en développant le temps partiel, encore une fois, surtout pour les femmes. D’après les données Eurostat, un salarié homme allemand travaille une heure de plus par semaine qu’un salarié français, mais une salariée allemande travaille 3 heures de moins qu’une salariée française.

Et là aussi ça pose des problèmes de société sur les carrières des femmes, la maternité qui a lieu de plus en plus tard…
Oui, l’Allemagne est un pays très conservateur qui vient juste de sortir de la tradition de l’homme qui rapporte l’argent et la femme qui reste au foyer. Ils sortent peu à peu de ce modèle, mais avec encore de très fortes inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. C’est un des pays d’Europe où il y a par exemple le plus d’écart de salaires entre les hommes et les femmes. Mais cela contribue à la bonne situation de l’emploi, notamment des femmes qui ont un taux d’emploi globalement plus élevé que chez nous. Mais ce sont des temps très partiels.
Ces mécanismes ne sont d’ailleurs pas forcément défavorables à la bonne tenue de l’industrie allemande, un secteur encore plus masculin que chez nous. Le fait que les femmes occupent des petits boulots mal payés aident aussi à justifier l’austérité salariale des hommes. C’est comme ça que s’expliquent les bons résultats de l’Allemagne au niveau du chômage.

Est-ce que le système de formation avec le recours à l’apprentissage depuis très longtemps permet aussi de mieux former en fonction des besoins réels des entreprises ?
L’apprentissage fonctionne bien en Allemagne car ce n’est pas une voie de garage. Quand vous démarrez un apprentissage en Allemagne, vous pouvez reprendre des études. Le meilleur exemple c’est Gerhard Schröder qui a démarré dans la vie comme apprenti en vendant de la porcelaine sur les marchés. Il a ensuite repris des études pour être avocat et est devenu chancelier. Il n’a pas eu besoin de faire l’Ena pour être à la tête du pays ! L’ancien patron de Mercedes avait également démarré comme apprenti. Les Allemands acceptent de commencer par l’apprentissage et de ne pas faire de grandes études, notamment parce qu’ils savent qu’ils pourront le faire par la suite et avoir d’autres chances. En France, ce n’est pas la même chose.

Vous dites aussi dans votre livre que le diplôme ne compte pas autant en Allemagne qu’en France…
Oui il existe beaucoup plus de possibilités de mobilité interne dans les entreprises allemandes. On peut commencer en bas de l’échelle et atteindre les sommets de la hiérarchie, y compris dans les grandes entreprises qui ont des structures d’apprentissage intégrées.

La semaine dernière, Paris et Berlin ont annoncé le lancement d’un « New Deal » pour lutter contre le chômage des jeunes en Europe. Que peut-on en attendre ?
Pas grand-chose, compte tenu des sommes allouées : 6 milliards d’euros d’ici 2020, c’est très peu. L’autre problème que pose la politique allemande sur ce terrain-là c’est leur volonté d’attirer les jeunes des autres pays. Les Allemands le perçoivent comme une aide qu’ils apportent aux pays en crise. Mais si la crise de la zone euro se résout en incitant les jeunes diplômés grecs, italiens portugais ou espagnols à aller travailler en Allemagne, ce sera une catastrophe.

Pourquoi ?
D’abord parce que ce sont des pays qui sont dans une situation démographique très difficile. Contrairement à la France, ils ont très peu de jeunes et un faible taux de natalité : autour de 1,3 enfant par femme depuis des décennies. Si leurs quelques jeunes qualifiés partent en Allemagne, il ne se passera plus rien dans leur pays d’origine pendant 50 ans. Et l’Europe ne pourra exister qu’à condition que l’Allemagne accepte de payer pour les entretenir. Cela ne peut pas être une solution à la crise.

Guillaume duval

  • Guillaume Duval est rédacteur en chef d’Alternatives Economiques et auteur du livre « Made In Germany » paru récemment aux Editions Seuil. Il connaît bien l’Allemagne pour y avoir travaillé pendant plusieurs années en tant qu’ingénieur. Dans son livre sous-titré « Le Modèle allemand au-delà des mythes », il décrypte la réussite de l’économie de nos voisins et porte aussi un regard critique sur les dernières réformes menées Outre-Rhin. Il est est aussi l’auteur de « Sommes-nous des paresseux ? » « 30 autres questions sur la France et les Français » (Le Seuil, 2008) et de « La France d’après. Rebondir après la crise » (Les Petits Matins, 2011). 

(Photo : Hermance Triay)

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Commentaires
  1. L’ECONOMISTE
    26 juin 2013 - 8h18

    Explication du faible taux de chômage en Allemagne

    http://www.leconomiste.eu/decryptag

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